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masse liquide qui nous descend vers la mer. Elle arrive du Mattawagamang et traverse, dit-on, un pays riche en forêts de pins ; en la remontant, on peut arriver à la belle plaine de la Blanche, rivière qui se jette dans le lac Témiscamingue. D'après certains explorateurs, ici se trouverait le futur grenier du versant septentrional de la Puissance du Canada. Toujours est-il qu'au confluent des deux rivières, le sol est d'une générosité qu'on ne lui supposerait pas dans ces latitudes ; les arbres atteignent une hauteur superbe, le feuillage déborde, les herbes se développent avec une vigueur tropicale. Si j'étais un chasseur de ce pays, c'est en cet endroit que j'établirais mon wigwam d'été, ma cabane de plaisance. Atitimou est de mon avis, il y a choisi le lieu de son repos.
Voyez-vous sur ce mamelon, où les arbres ont été abattus pèle-mêle, ce long coffre en bois rond et ces quatre tréteaux supportant une petite charpente, c'est le mausolée d'Atitimou, autrement dit l'Ecureuil, enfoui en ce lieu, tout comme un esprit fort, après être passé de vie à trépas il y a cinq ans. Le dit Ecureuil était païen, sa femme est catholique, et il permettait qu'on baptisât ses enfants ; mais pour lui, il ne voulut jamais que l’eau régénératrice conlât sur son front, car un sorcier lui avait prédit que de ce moment il mourrait. Cependant son sorcier ne put le défendre des atteintes de la consomption galopante ; et bon gré mal gré il lui fallut prendre sa feuille de route pour les terrains de chasse de l'autre vie. Lui-même dicta, jusque dans les plus minutieux détails, les dispositions de sa sépulture, suivant les rites des anciennes coutumes. On devait donc, après l'avoir enroulé dans une écorce de bouleau, l’enfermer dans une tombe, placée sur le sol sous une tente neuve ; près de lui on déposerait, au haut de quatre poteaux, pour les soustraire aux atteintes des ours, tous les objets qui lui seraient nécessaires pour voyager, chasser et pêcher dans le pays des àmes : fusil, plomb. poudre, couteaux, et dans un coffre pantalon, chemise, mitasses, bas, couvertes, tabac, pipe, savon, et que sais-je ?
. Ses deux beaux-frères furent assez fous pour travailler pen-
dant six jours, afin d'exécuter à la lettre les dernières volontés de ce cerveau malade. Atifimou, qui avait crevé de
faim pendant sa vie, se trouva dans l'abondance après sa mort. Latente l’abrita pendant trois ans ; aujourd'hui il n'en reste plus que les lambeaux que le vent a attachés aux ronces des buissons. Il est venu chercher son fusil et son couteau, ou bien quelqu'un de ses parents les a enlevés, avec ou sans sa pe.mission. Ces restes d’un paganisme qui s'éteint amènent sur les lèvres des Sauvages un sourire de compassion, et ils servent à leur faire apprécier davantage les bienfaits de cette foi qui élève plus haut leurs espérances. Une autre histoire. Il y a une dizaine d'années, deux Suédois engagés au Fort de Moose, s'ennuyant dans leur retraite de la baie d'Hudson et voulant retourner à l’activité du grand monde, désertèrent dans le secret de la nuit et des forêts, et ils entreprirent de se rendre à Montréal, à la raquette, en suivant la rivière Abbitibi jusqu’à la hauteur des terres. Arrivés à la fourche de la Frédéric, ils crurent que c'était là le cours d'eau principal, et il s'engagèrent dans une fausse direction, Reconnaissant leur erreur, ils rebroussèrent chemin, mais il était trop tard ; le plus faible s’affaissa de fatigue et d’inanition ; l’autre alla s’ensevelir dans les neiges quelques jours de marche plus loin. Au printemps, les sauvages retrouvèrent leurs cadavres auprès de leurs raquettes, et ils les confièrent à la terre. Pauvres exilés, qui tombèrent dans le silence d'un désert glacé, sans | uue parole amie pour soutenir leur âme défaillante, et qui Fe n'eurent pour pleure: sur leur trépas que les gémissements des vents dans les arbres dénudés !
L'après-midi et le canot coulèrent rapidement entre deux rives unies, et ce soir nous a vus engagés dans les Trois-Portages, par un chemin des plus difficiles, coupé de ravins profonds, montant et descendant des rochers abrupts. Nous voici assis pour la nuit, en face d’un grand remous, où la rivière change de direction presque bout pour bout, sur une côte fortement tourmentée. Le sol a été bouleversé par quelque grande commotion intérieure ; les lits de granit brisés, entassés, sont couchés presque perpendiculairement, les collines se donnent des airs de montagne. Ce sont les premiers à aspects rudes et sévères que nous rencontrons depuis le lac Fe Abbitibi ; tout jusqu'ici était coquet, gentil, mignon. $ l
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Je vous écris au grand air, sur la tête d'un caillou, Notre tente est dressée sur les galets, et nos couvertes sont étenduos sur une roche plate. Les ombres de la nait tombante viennent embrouiller ma plume et mes idées. Bonsoir ! Je vais aller goûter les douceurs du duvet d’Abbitibi,
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