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qu'elles soient hors des atteintes des bêtes sauvages, des provisions en farine et en viande sèche, que les chasseurs de ces terres ont mis en dépôt, pour la saison des froids. Nous ne pouvions cacher notre étonnement : les passants respectent-ils ces objets quasi abandonnés ? N'y a-t-il pas de danger qu'ils soient volés ? —“ Aucun, nous répondit Okouchin, parce que, vois-tu, par ici il ne passe pas de blancs.” Le compliment était flatteur pour notre civilisation orgueilleuse. Heureux pays où la propriété, pour être en sécurité, n’a pas besoin d'hommes de police, de serrures, ni de clefs !
De distance en distance, nous apercevons des cabanes de castors, et nous voyons sur les rives, coupée en sifflet, la souche des arbres, comparativement gros et élevés, que ces industrieux petits animaux, n'ayant à leur service d’autres instruments que leurs deux tranchantes incisives, ont abattus pour bâtir leurs digues. Nous traversons un des plus beaux pays de chasse de l'Amérique ; le climat est assez froid pour donner à la fourrure : n fourni et son velouté ; mais ce ne sont pas encore les rochers abrupts, les bois rabougris, les marais glacés du nord de la baie d'Hudson, pays misérables qui ne peuvent nourrir qu’une faible population d'animaux forestiers. Les forêts ici sont vigoureuses, les eaux abondantes, les nourritures à profusion ; la hache des chantiers et la charrue de l’agriculture ne sont pas encore venus troubler le repos des bêtes à poil, Aussi, les castors, les martres, les visons se multiplient-ils, en repos, comme aux beaux jours du passé. Un bon chasseur veille sur les bêtes de sa terre, comme un bon pasteur sur son troupeau. Il en connaît le nombre et le lieu d'habitation, il suit leur migration, il respecte leurs affections domestiques, laissant les pareïts éléver en paix leur progéniture ; il épargne la jeunesse, espoir de l'avenir, et il ne fait sa récolte précieuse qu’au temps où la peau a tout son prix et toute sa valeur. Si la colonisation et l’industrie, avec leurs champs de blé et leurs usines, n’envahissent pas ces solitudes, nos petits neveux, longtemps encore comme nous, pourront porter des capots de castor, des casques de loutre et des mitaines de yison,
Nous avions devant nous une journée terriblement laborieuse. Ici, dans un espace de quelques dizaines de milles, le sol subit une dépression de plus de deux cents pieds ; descendant de marche en marche, déboulant de niveau en | niveau, il ne faut pas demander si la rivière affolée en exécute Î des sauts vagabonds. Nous fimes sept portages, dont le | plus court mesure trois arpents, et le plus long deux milles : le Lop-stick, le Little Long, qui a bien quinze arpents, le Rocheux, une sauvagerie du Saguenay, un quatrième portage dont j'ignore le nom, le Bouleau, la Canistre d'huile, où les eaux, sortant comme du fond de la terre, s’'épanouissent à la surface, à la façon d’une huile graisseuse qui s’épand, et le Grand Portage.
Le Grand Portage, l’un des plus revêches, outre sa lon- | gueur, est tout obstrué de branches nombreuses et de broussailles épaisses. Depuis sept à huit ans, la compagnie a cessé de l’entretenir ; ses grands canots n'ont plus d'’occasion d’y passer, vû que le Fort d’Abbitibi a fini de tirer ses approvisionnements de Moose, les communications étant devenues plus faciles avec les grands centres commerciaux du f Canada, par la voie de Témiscamingue, qu'avec Londres, par la voie de la baie d'Hudson. Sous nos petites charges de cinquante à soixante livres, nous arrivons à l'extrémité du portage, hors d’haleine, dégoutant de sueur, le jarret moux ; : d que dire de nos hommes chargés du double, du triple, surtout des quatre malheureux coiffés du canot ?
L'embarcation, renversée, les couvre jusqu’à la ceinture, ils ne voient qu'à trois verges devant eux ; aveugle, irrésisble, fonçant en avant comme un sourd, solide comme un éléphant, elle s'ouvre, au milieu des branchages, nn passage pénible, lent mais sûr, pliant, cassant, renversant tout. Vous diriez un monstre nouveau, jaune, chamarré de” noir, amphibie sans tête, sans queue, sans ailes, avec huit pieds, qui navigue à travers le feuillage.
Il était dix heures, quand notre équipage put prendre le souper, par une soirée chaude et un temps pluvieux, harcelé d’escadrons ailés et bourdonnants, En attendant le repas, è ceux d'entre nous qui s'en sentaient le goût, s'étaient ra- | fraichis, au pied du rapide, non dans les courants qui les î
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