PREMIÈRES DÉCOUVERTES ET PREMIERS ÉTA- BLISSEMENTS À LA BAIE D'HUDSON
Per ignem et aquam.--Un déluge.—Le conseil. —La retraite. — 1, hospitalité. — Le foyer.— Une soirée délicieuse. —Une journée de loisir.—Hudson— Son hivernement.—Il cest trahi.—Punition.—Champlain—Button.—Travaux pendant l'hiver—Opinion du sieur Hubart,—lles Boutons.—.Fox — James.— A l'ile Charleston.—Un bon point.—Latour.—Bourdon,—Le père Druillettes.—Des Groseilliers au port Nelson.-—Ses griefs.—Chez le Prince Rupert.—Le Nonsuch,—Le fort Charles. —La compagnie de la Baie d'Hudson.—Le Père Albanel.—Nouvelle trahison de DesGroseilliers.—Ex pédi. tion du chevalier de Troyes.—L'armée.—La marche —Relation de M. de Catalogne, —Le fort Monsonis.—French Creek —L'attaque.—Marche sur le fort Rupert.—Un vaisseau capturé par deux canots.—La prise du fort.—Le général Briguer (?).—Le retour à Monsonis.—Le fort Quitquetchouan —Préparatifs du siège.—Le bombardement.—La capitulation.—Le
É butin.—Le retour à Montréal,—Une réflexion originale Trois raisons de
s'arrèter.—Un théâtre d'exploits militaires — Le Jean Bart du Canada —
Le combat des Horace. —Les traités de Ryswick et d'Utrecht—bPetit poisson
deviendra grand,
Cd) Lu à
Moose, 7 JUILLET 1884.
Mon cher ami,
Transivimus per eremum terribilem et maximum, pouvonsnous dire avec Moïse. Pour arriver jusqu'ici, nous avons dû passer par d'épaisses forêts, par des chemins âpres et rudes, entre des précipices et des abîmes, dans de vastes solitudes où l’on ne rencontre que Dieu. Nous pouvons ajouter pour ces jours derniers : fransivimus per ignem et aquam, par les
rayons d'un soleil brûlant, par l’eau surtout, par des torrents intarissables, sous les cataractes du ciel entr'ouvertes, un vrai déluge.
Toute la nuit du samedi au dimanche, la pluie continua de tomber comme si on l'eût jetée avec un seau : la prairie, au loin et au large, devint comme une mer à la surface de laquelle flottait la tête des foins. L'élément liquide fit invasion dans nos tentes, nos lits se trouvèrent à la nage, littéralement nous étions inondés, submergés, noyés. Le vent du Nord, rageant, tordait les tentes, menaçait de les arracher et de les emporter au gré de ses caprices. Nous grelottions, les dents nous claquaient dans la bouche, sous la crudité d'un froid humide. A la clarté renaissante, le conseil est assemblé. Le président pose la question : “ Dans les circonstances présentes, quel parti est-il expédient de prendre ? ” Tot sensus tot capita. Les opinions sont diverses, il y a du pour, il y a du contre, la discussion se prolonge. Au dehors la tempête, de son côté, argumente, tonne, presse avec une éloquence à la fin irrésistible. En définitive, voici quels sont les motifs qui l’emportèrent :
“Il fait froid. Pour nous chauffer il nous faut aller glaner des morceaux de bois rares, ici et là, à 10 et 20 arpents dans la prairie et sur les grèves ; du reste aurionsnous du combustible, que le vent et la pluie nous empêcheraient de nous en servir. Nous ne pouvons rester plus longtemps, de la sorte, assis dans l’eau. Irons-nous dans la forêt à la recherche de quelque petit côteau pour y établir notre camp ? mais tout y est mouillé, terre, herbes, arbres, feuillages. Nos couvertes dégouttent, nous sommes trempés et glacés jusqu’à la moelle des os, pouvons-nous entreprendre prademment de passer une autre nuit dans ce triste état ? N'est-ce pas, de gaité de cœur, courir au devant des douleurs, de la goutte et des rhumatismes ? Si, à 10 heures, le soleil ne nous a pas montré son visage riant, avec promesses de nous sécher dans le courant de l’aprèsmidi, rappelons-nous que Moose n'est qu'à dix milles ; allons nous y mettre à l'abri, jusqu’à ce qu'un ciel plus
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