‹ A la conquête du TchadChapitre 13 sur 33 · SUR LE NIGER · texte numérisé non relu

SUR LE NIGER

Cette fois encore, aussi longtemps que les préparatifs relaient faits à Paris, le secret avait été à peu près gardé. Vlais le moyen de dissimuler quelque chose sur les paquebots ît sur la côte! On vit bien que lentreprisc de Mizon était connue, lorsque, quinze jours plus lard, il tombait une nuit Jans Tune des branches du Niger, sous les balles des indigènes, à la porte même des factoreries de la Hoyal Niger liompany.

Voici, d'après les lettres même de Mizon, le récit de cet ittentat et des incidents qui suivirent :

« Rivière Noun, le 2 novembre 1890.

« Le dimanche 10 octobre, à sept heures du matin, nous )éné trions dans la rivière Forcados. Un indigène parlant un

i30 A LA CONQUÊTE DU TCHAD.

peu anglais nous servait de pilote et, à trois heures, nous arrivions à Ouaré, qui est un centre commercial pour Thuile de palme. Il y a, à Ouaré, trois factoreries anglaises et deux allemandes. Nous passâmes la nuit dans une de ces dernières. On m'y donna lès renseignements suivants : la rivière Ouaré est sous la dépendance de la Royal Niger Company, mais celle-ci n'y a ni établissement ni représentant. Elle a abandonné la rivière Ouaré au libre commerce. J'appris qu'il me fallait aller jusqu'à la crique Assay, qui va de la branche Ouaré à Abo ou Ibo, sur le Grand Niger, ou à Agberi, dans la rivière Noun, î\ cinq milles au-dessous de Domé. C'est en ce point que réside le commandant de cercle du Delta, tandis qu'Assay Creek est un établissement de commerce et le dépôt des soldats haoussas qui surveillent les peuplades pillardes delà branche Ouaré. Il me fallait cinq jours pour atteindre ces points. Le Niger, au maximum de sa crue, inondait tout le pays et l'eau descendait en lames avec un courant de trois à quatre nœuds.

(( Le chef de Ouaré, moyennant cent francs, consentit à me donner un homme pour faciliter mon voyage jusqu'à Essama. dernier village placé sous son autorité ; mais il fut convenu qu'en aucun cas cet homme n'irait au delà d'Essama, à cause du peuple des Patanis, qui ne récolte pas d'huile de palme et ne vit que de rapines, malgré la guerre incessante que lui font les troupes de la Compagnie.

« De fait, je n'eus qu'à me louer du guide que m'avait donné le chef de Ouaré. Deux jours avaient été nécessaires pour atteindre Essama. Le troisième jour se passa sans événement digne d'être signalé. Le quatrième jour, 14 octobre, nous ne fîmes que quelques milles : une avarie survenue au condenseur nécessita une réparation qui occupa presque toute la journée.

« Le cinquième jour, nous passâmes devant de nombreux villages patanis qui armaient leurs pirogues pour venir audevant de nous. Sur la demande de quelques chefs, je leur

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donnai deux dames-jeannes de rhum et quelques feuilles de tabac. A six heures, nous dépassions le dernier village patani, et, à sept heures, nous mouillions à deux millesen amont. Notre provision de charbon était épuisée; d'autre part, la hauteur du fleuve, inondant ses rives, ne nous avait pas permis de faire du bois. Le chef du dernier village me demandant du rhum, je le prévins que je lui achèterais, le lendemain, du bois contre du rhum et du tabac. Il parut satisfait et retourna dans son village.

« Les rives du Niger sont bordées de hauts roseaux, pour le moment à demi submergés. Nous avions jeté l'ancre et nous avions accosté à ces roseaux: La garde fut bonne jusqu'à une heure du matin. A ce moment, le factionnaire laissa tomber à l'eau le fanal qui éclairait les embarcations. Tout à coup, une longue pirogue, longeant les roseaux, arriva avec toute la vitesse de ses pagaies et du courant, et envoya à la chaloupe à vapeur une volée de balles qui, heureusement ne trouèrent que la tente et la cheminée. La pirogue nous aborda aussitôt après ; presque en même temps, neuf autres pirogues fusillèrent les canots Berlon qui étaient à la remorque et les abordèrent.

« Je repoussai d'un coup de crosse un noir qui essayait d'entrer dans le canot à vapeur. Son voisin tira sur moi à bout portant; une balle ronde, analogue aux nôtres, me traversa l'avant-bras gauche; ma main gauche fut brûlée. Une autre balle pénétra dans ma cuisse gauche, la parcourut du genou à la hanche, contourna celle-ci et vint se loger dans le dos. Notre Arabe Miloud, qui s'efforçait de tirer le hotchkiss, en fut empêché par les noirs qui lui sabrèrent les bras et les mains, le renversèrent au fond du canot et lui firent à la tête et aux membres six blessures graves. Les sabres n ont été arrêtés que par les os.

« Les noirs poussaient des cris assourdissants. Le chef, voyant deux Européens sur trois hors de combat dans la chaloupe à vapeur, se décida à y entrer pour m 'achever avec

son sabre. Jcus encore la force dappuyer le bout du canon de mon fusil contre sa poitrine et de faire feu.

<c Tout ce drame avait duré moins de deux minutes. A ce moment, Silvestre, malgré les coups de feu tirés sur lui et qui l'avaient heureusement manqué, et les coups de sabre dont on menaçait ses mains, était parvenu à atteindre les cartouches. Un feu roulant commença; les indigènes s'enfuirent, emportant sept morts et de nombreux blessés.

•< Notre pilote indigène avait le bras cassé par une balle; plusieurs laptots avaient reçu des blessures insignifiantes provenant de sabres et de lances. Ils s étaient d'ailleurs admirablement conduits. Surpri«( dansr leur sommeil par une nuit profondément obscure, aucun d'eux n a songé un inâtant à sauter à terre. Leur fermeté au feu a été pour moi une grande consolation dans cette circonstance et une garantie pour lavenir.

(( Il fallait, par cette nuit noire, panser les blessés, tout eu demeurant sur le qui-vive pour repousser au besoin un retour offensif des indigènes. Par malheur, nous eûmes la pluie.

« 1513 octobre.

« Je vous ai conté les détails de l'attaque que nous avoiis' subie. Quand le jour vint, après cette nuit terrible, nous aperçûmes, de l'autre coté du Niger, une case isolée près de laquelle un noir agitait un drapeau blanc. Nous répondîmes par le môme signal. H traversa alors la rivière et vint à nous. 11 nous engagea à nous éloigner de quelques milles et nous apporta du bois, dont nous manquions pour faire route : puis il s'offrit à aller porter une lettre au premier établissement européen en amont. M. Silvestre écrivît un billet adressé « à tout Européen établi dans la Rivière », le priant de nous envoyer une pirogue, avec du bois et du charbon.

« Nous fîmes roule pendant deux heures avec le bois que le

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noir nous avait donné, et, trouvant une place favorable pour en couper, nous jetâmes Tancre. A quatre heures, nous ftmes route de nouveau, à la recherche d'une position favorable en vue de la défense pour la nuit. Nous ne fûmes pas inquiétés. Au jour, une grande pirogue portant le pavillon de la Compagnie nous accosta et nous donna une tonne de bois avec laquelle nous fîmes route immédiatement. Cette pirogue était celle d un chef allié à la compagnie. A dix heures, nous rencontrâmes le vapeur de la compagnie, Zaria, qui, prévenu par les noirs, descendait au-devant de nous, ayant à bord le commandant du cercle de Ouaré. Il prit à bord les blessés et donna la remorque à nos canots. A trois heures du soir, ïïous arrivions à Agberi. En me prenant à bord du Zaria^ le commandant m'avait demandé le but de ma mission et une ''équisition de passage pour couvrir sa responsabilité. « Voici le texte de ce document :

<( 17 octobre 1890.

« Bedrord Esquire Senior, executive Officer.

« Monsieur,

" 'ï"*ai l'honneur de vous informer que l'expédition que je commande a pour ^^ lie remonter le Niger et la rivière Bénoué pour se rendre par terre au '^c Xchad au point appelé Barroua, fixé comme limite entre les possessions ^'^gl élises et françaises (i) dans cette partie de l'Afrique, et de là envoyer une ^^P^dition à Alger.

. ** J'ai rhonneur de m'adresser à la Compagnie royale du Niger pour favo- ^*s^x» ma mission et lui donner aide et assistance dans la rivière Ouaré, où je J'*^ sans combustible avec trois hommes blessés. En conséquence, je prie ^' ftedford Esquire Senior... de me donner la remorque avec son vapeur

^*"^ jusqu'au premier établissement où je pourrai m'arrèter. i *^ Je suis, etc. « L. Mizon.

<< A Agberi, un employé de la Compagnie, qui avait été ^'^Vtdiant en médecine, refit nos pansements et procéda avec

( t.) Ici M. Mizon emploie une expression inexacte : Barroua est la limite

^ la zone actuellement reconnue d'influence française, mais non pas des

Possessions anglaises, qui, jusqu'ici, ne comprennent pas le Bornou. Cela

,^^sorl avec évidence du texte de la convention anglo-française, texte que

^^^ trouvera aux documents annexes.

pLein guccès à lextraction de la balle qui restait dans mc^ corps. Le 18 au matin le vapeur Aoî/Ati, venant de Ija Bénou mouilla, à Agberi. J'en profitai pour descendre, avec Ic^^^sî blessés, à Akassa à lentrée de la rivière Noun, où se trouver-^^ t la résidence de Tagent général et Thôpital de la Compagnit^? .

« Le 19, à trois heures du soir, nous arrivions à AkassL?^ . Depuis cette époque, grâce aux bons soins que nous recevons^^ , notre guérison avance rapidement. Mon bras est complètes — ment guéri et je pense pouvoir un peu marcher dans quelques jours et me retrouver prêt à faire une longue étape daa^^i une quinzaine. 11 me restera de tout cela deux doigts de lii^ ipain gauche paralysés. Miloud en a pour quinze jours om.m trois semaines s'il ne survient pas de complication. Notr*^. pilote indigène sera amputé du bras droit. Les autres blessés sont guéris.

« Le lendemain de mon arrivée, j'ai vu M. Flint, agenl^ général de la Compagnie. Je lui ai exposé le but de ma mission : une double expédition remonte le Niger et la Bénou é, profitant d'une voie connue, courte et économique pour so rendre au centre de l'Afrique. A la tête de la Bénoué, elle î=i€3 divise en deux : la première partie se rend h Barroua et explore la nouvelle zone d'influence française entre la ligii^^ Say-Barroua et l'Algérie, tandis que l'autre descend par 1^* rivière Sangha et le Benito, explorant le nord de nos po^ — sessions du Congo.

« M. Flint a immédiatement télégraphié au conseil de 1^"^ Compagnie et au gouvernement anglais, et, le lendemain -;• ayant reçu la réponse, il m'assura que je n'avais aucun *-^ inquiétude à avoir pendant ma guérison, que la Cômpagnî^^ se chargeait de l'entretien de jnes hommes pendant ma m^^ '^ ladie et qu'elle me remonterait à Yola avec un grand vapeuï* dès que je serais en état de continuer mon voyage; qii'î* suffisait de remplir une formalité nécessaire, tant au poin *de vue de la responsabilité morale de la Compagnie qu'ai-^ point de vue de la garantie pour les dépenses.

LE LIEUTENANr MIZON. J37

a Yoici, d'ailleurs, le texte de la lettre officielle qui me fut adressée, le 22, par M. Flint :

« Akassa, le 22 octobre.

« Monsieur,

(< J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que les instructions reçues du conseil de la Compagnie à Londres portent qu'il serait contraire aux lois et règlements de la Compagnie de vous laisser pénétrer sans son consentenaent dans les territoires du Niger.

« Je dois aussi vous dire que la navigation de la rivière est libre, mais que, si vous n'êtes pas muni de l'autorisation en question, il me sera impossible ^^ TOUS laisser toucher terre à aucun endroit dans les territoires. »

La singulière doctrine qui est exposée dans cette lettre lïo tendrait à rien moins qu u détruire, au profit de la Royal Niger Company, les effets de l'Acte de Berlin, qui établit l^ubsolue liberté de la navigation sur le Niger et sur la Bénoué.

Aussi cette prétention a-t-elle donné lieu à des incidents diplomatiques et parlementaires dont on trouvera le récit ^ux documents annexes.

« Akassa, le 11 novembre.

<< La Compagnie royale du Niger, en acceptant le gouver- ^^ttient du pays et la charge des dépenses de souveraineté, ^^lendait ne point partager les bénéfices du commerce avec ^^^ Compagnies qui n'avaient pas la même part dans les ^hî^j-ges. Or, TActe de Berlin a établi la liberté de la navigatioix du Niger et de la Bénoué ; en apparence, des Compagnies '^^^^les auraient donc pu s établir dans les bassins du Niger. -'^ïciîs pour cela, deux choses auraient été nécessaires : des *^^ï*rains pour établir des factoreries et du bois pour chaufler ^^ vapeurs, qui ne peuvent emporter assez de charbon pour ^^î^e des voyages assez fructueux.

^> La Compagnie royale a racheté les deux Compagnies •^î^ïiçaises, et, par conséquent, leurs terrains. Restaient les *^^ï*res des indigènes. A son arrivée sui** le Niger, la Com-

pagnie avait trouvé un traitant noir, originaire de Sierra- Leone, qui, depuis de longues années, était Tintermédiaire commercial entre les Européens et les indigènes du Niger et de la Bénoué, et, par sa connaissance de toutes les langues de ces contrées et ses relations avec les chefs, avait acquis une grande influence. La Compagnie lui a assuré un titre élevé, lui a donné de la considération et 15 000 francs annuellement; elle en a fait, en quelque sorte, son agent diplomatique. Depuis deux ans, et sans bruit, cet agent a remonté le Bas-Niger, traitant, prétend-on, avec tous les chefs qui ont aliéné leurs terres en faveur de la Compagnie, tout en en gardant la jouissance sous la surveillance de celle-ci. Des traités auraient été ainsi conclus avec les sultans du Sokoto, du Gando, du Nupé, de TAdamaoua, dont les terres seraient devenues propriétés de la Compagnie. Ainsi, personne ne peut acquérir des terres pour fonder des établissements, et les noirs «e peuvent disposer, sans l'autorisation de la Compagnie, des produits du sol, entre autres du bois.

« Les Allemands et les autres Compagnies anglaises établies aux diverses bouches du Niger ont adressé dé vives réclamations à Londres contre cette façon détournée d'annuler TActe de Berlin, mais le gouvernement anglais a tou — jours donné gain de cause à la Royal Niger Company.

« La Compagnie a évidemment des visées sur le Bornou,-^ — le bruit court même qu'elle a envoyé récemment des agents à Kouka pour y obtenir un traité, — mais je ne crois pas qu'elle ait aucune prétention de s'étendre au delà du bassia du Niger et de la Bénoué, qu'elle peut exploiter avec soa matériel naval qui, bien que suffisant, ne vaut pas, à mon estimation, plus de 2 millions. Au delà de la Bénoué, il faudrait construire des chemins de fer, dont quelques kilomètres seulement coûteraient aussi cher que son matériel naval et augmenteraient peu son commerce, auquel les 10 millions d'habitants du Niger suffiront pendant longtemps.

« Depuis la chute des royaumes créés dans le Haut-Niger

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par El-Hadj-Omar, Sokoto est devenu le centre de la race foulbé, qui domine de Tombouctou au lac Tchad. Les peuples foulbé sont industrieux, agriculteurs et commerçants. Leur civilisation est aussi avancée que celle de la Tunisie ivant la conquête. C'est par Sokoto que la Compagnie, et >ar conséquent l'Angleterre, régneront dans ces contrées. V l'heure actuelle, la Compagnie ne peut suffire au commerce lu Niger, quoiqu'elle ait doublé son capital; à peine a-t-elle commencé à exploiter la Bénoué, la rivière de Sokoto ; elle i^a fait qu'un voyage dans les affluents sud de la Bénoué. Elle n'a jamais pénétré dans l'intérieur ni quitté les rives du Niger; à peine est-elle en relations directes ou indirectes avec un dixième de la population. Jusqu'ici, elle s'est contenté d'acheter l'huile de palme du Bas-Niger et un peu d'ivoire et de caoutchouc dans la Bénoué. Ce dernier produit, ainsi que l'ivoire, est très abondant dans le Nupé et dans TAdamaoua. Le Sokoto, le Gando, ont de grandes cultures de coton et d'indigo. Les immenses troupeaux des '^oulbés pasteurs donneront des cuirs. A Oualchi, à Outchi 't a Lukodja, la Compagnie a des jardins d essai dans lesl^els le café est très prospère, et elle compte sur ce produit *our son commerce futur.

^< La Compagnie a établi depuis cinq ans, ou occupé après ^ rachat des deux Sociétés françaises, 42 stations commer- -^5iles et militaires, dont 8 sur le haut Niger et 33 sur le bas ^iger, ou la Bénoué. Les trois principales sont Akassa, -^ssaba et Lukodja.

« Akassa, à l'embouchure de la rivière Noun, est le dépôt de la Compagnie et la résidence de l'agent général qui, le plus souvent, parcourt la rivière avec un yacht qui file 15 nœuds. C'est là que s'arrêtent les vapeurs fluviaux et que relâchent cinq paquebots par mois. Tout le commerce de la Compagnie passe donc par Akassa, qui possède une infirmerie avec un docteur, et les ateliers de réparation des vapeurs de rivière.

i40 A LA CONQUÊTE DU TCHAD.

« Quelle différence, au point de vue du nombre des fonctionnaires, avec n'importe laquelle de nos colonies! L'agent • général avec son second, qui va en Europe en alternant avec lui, et un jeune secrétaire, représentent toute ladministration centrale, politique et commerciale. Ajoutez le i docteur, l'ingénieur chargé des ateliers et l'agent commercial chargé des affrètements, avec l'aide de quatre jeunes écrivains noirs de Sierra-Leone, et vous aurez tout le personnel d'Akassa.

« A Agberi, il y a un chef de district, qui commande l^ delta, et un agent commercial. Sabergucia, Ekolé, Ekoro-, qui sont des stations d'huile, ont un noir de Sierra-Leon à leur tête. Assaba, considérée comme la capitale, possèd deux officiers de troupe, un médecin, un chef de district, u juge et un agent commercial. 11 s'y trouve en outre une mis — sion anglicane et une mission catholique (frères * et sœurs»— Lukodja a le même personnel, moins le juge. Les autre?== Européens somt répartis dans les stations et sur les vapeur^ de la Compagnie, où ils occupent les postes de capitaine et d mécanicien.

» En tout, pour 10 vapeurs et 4^ stations, 71 Européens, compris l'agent général, son second, 3 médecins, un juge e'^ - 6 officiers.

» Après un séjour de deux ans, dont un an dans le Haut- - Fleuve et un an dans les marais du Bas-Niger, les agent ^ ont droit à un séjour de six mois en Europe. Le congé e?^ ^ sans solde, bien que la solde soit peu élevée pour le pays • 500 francs par mois pour le médecin et 500 francs par moi>' pourl'agpnt commercial d'Akassa, par exemple.

« Ici, où les changements politiques sont sans influence, où le gouverneur de Londres et l'agent général résident sont fixes, on exécute un plan général déterminé. La Compagnie n'est pas seulement préoccupée de son commerce.* Elle pense à l'avenir et anglicise le pays. Elle est aidée dans ce travail apr six missions, trois catholiques et trois protestantes; elles

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a 'ont pas de subvention, mais la Compagnie leur donne les transports gratuits à. l'intérieur. Deux des missions catholiques comprennent des sœurs. Leurs écoles instruisent un grand nombre d enfants. Les missions emploient, en outre, au service de leurs maisons ou de leurs jardins, de* petits indigènes (40 à Akassa) qui parlent anglais et feront de futurs I auxiliaires. 11 y a deux observatoires météorologiques à Akassa et Assaba ; le premier possède même une lunette méridienne! Et dire que le Sénégal, avec un budget de 9 millions, n'a pas un observatoire ! H est vrai qu'il faudrait un directeur, un second et un commissaire pour l'administrer, tandis que l'ingénieur à Akassa et le juge a Assaba se chargent des observations.

« La Compagnie entretient 500 Haoussa, bons soldats et en fflème temps bons travailleurs. Le personnel indigène est peu nombreux, les chargements et les déchargements étant ^aits parles Kroumen des vapeurs.

« Une seule chose semble troubler la confiance des agents de la Compagnie dans l'avenir, c'est notre projet de Trans- ^^hîjrîen, qui permettrait au commerce fran(;ais de pénétrer dî^ns ces régions par le Nord, et nous donnerait une telle ^^fluence sur l'esprit des noirs qu'il est probable que les sul- '^^^Us de Sokoto et de Kano respecteraient fort peu les traités Qu'ils ont passés, mais dont ils ne comprennent d'ailleurs Pï'obablement pas la portée. »

A la suite de ces incidents, le gouvernement français ouvrit des négociations avec le gouvernement anglais à l'effet d'obtenir que la Royal Niger Company respecti\t les dispositions de l'Acte de Berlin relatives à la navigation du Niger et autorisât M. Mizon à poursuivre sa route.

On trouvera aux documents annexes le texte de l'interpellation dont M. le prince d'Arenberg, député, prit à ce propos l'initiative et la réponse que lui fil M. Hibot, ministre des aflaires étrangères.

Le gouvernement anglais donna toutes les assurances qu'on voulut, mais laissa la Royal Niger Company faire tout ce qu'il lui plaisait.

Le document suivant, dont on appréciera Timportance , montre de quelle façon cette Compagnie anglaise se comporte et contient en même temps un récit complet des dernier-is incidents relatifs au voyage de M. Mizon.

Le procès de la Royal Niger Company.

Le Syndicat de Haut-Beniio et de F Afrique centrale a adres. à M. le Ministre des Affaires Étrangères la lettre suivante :

Monsieur le ministre, On dit souvent que les négociants français n'ont ni initiativ^^^

ni esprit d'entreprise. Le Syndicat du Haut-Benito, uniqueme composé de négociants parisiens, avait, dès le mois d'août 189 fourni une nouvelle preuve du contraire en sollicitant une co cession temporaire dans la région à peine connue du Hau Benito, et prenant en retour divers engagements avantageux pour TEtat. L'agent principal que nous avions choisi pou exécuter, le cas échéant, nos desseins, était M. Mizon, lieutetenant de vaisseau, placé dans la position d'officier mis à 1^ disposition de l'industrie.

A ce moment venait d'ôtre signée la convention anglo-française '■ En atlendant l'octroi de la charte, qui paraissait longue à venir^^ ^ M. Mizon nous proposa Je le charger d'une mission qui devai ^ '\ Otre fort profitable à l'avenir de notre entreprise : il s'agissai ^ ' (comme Ta fait avec succès le Syndicat du Haut-Laos, composa "^ à peu près des mûmes hommes) d'envoyer une mission commer-^ "*'^" ciale pousser une sorte de reconnaissance aux environs du la Tchad, dresser un véritable catalogue des objets dont Timpor tation ou l'exportation peuvent être faites au Bornou, a Baghirmi et dans la région comprise entre le Chari, l'Oubanghiei

LE LIEUTENANT MIZON. U3

i Sangha. M. Mizon se proposait d'entrer dans le Niger et la dénoué, de remonter cette rivière jusqu'à sa source, de passer'de 1 dans le bassin du Chari, puis de descendre vers la Sangha, en reversant des pays inexplorés où nous avions et où nous avons Qcore Tespoir d'ouvrir au commerce français et européen de LTges débouchés.

La proposition de M. Mizon fut acceptée et le Syndicat lui >iimit les moyens d'exécuter son dessein. C'est à ce moment Lie le Syndicat s'est appelé Syndicat du Haut-Benito et de Afrique centrale. Le 10 septembre, notre agent s'embarquait

Bordeaux, emportant avec lui 240 ballots de marchandises, t notamment la plus belle^collection d'échantillons qui ait été tmais envoyée en Afrique. Il s'agissait moins, en effet, nous avons dit, d'une opération devant donner un bénéfice, que 'une reconnaissance commerciale, permettant de dresser uh a(alogue en vue de l'avenir.

Peu de temps après, un télégramme d'Âkassa nous appor- ^ii la nouvelle d'un attentat dont notre agent avait été la vicnie de la part des indigènes du Niger. Notre premier moulinent fut de nous étonner qu'il existât si peu de sécurité ïx portes des établissements de la Royal Niger Company, «trticle 30 de l'Acte de navigation du Niger ne dit-il pas, en fet :

La, Grande-Bretagnfe s'engage à protéger les négociants étrangers toutes les nations faisant le commerce dans les parties du cours Niger qui sont ou seront sous sa souveraineté ou son protectorat,

^me s'ils étaient ses propres sujets.

^ïous vous adressions alors (21 octobre), une lettre contenant passage suivant :

^ans connaître encore les circonstances dans lesquelles l'attentat a - commis, le Syndicat français du Haut-Benito et de l'Afrique cen- ^le fait, dès maintenant, appel à votre haute intervention, monsieur Hiinistre, pour qu'il soit indemnisé du préjudice qui lui est causé •^ les sujets de la Royal Niger Company, et pour que ses agents dissent poursuivre leur mission commerciale jusqu'à Yola; après loi, entrant dans les pays indépendants, ils auront le devoir d'assu- ^ï eux-mêmes leur sécurité.

Nous attendons, d'ailleurs, les renseignements détaillés qu'annonce

notre agent pour savoir s'il n'y a pas en jeu d'autres responsabili que celles des indigènes.

Ces renseignements, il y a huit jours, nous les attendio encore. En dehors d'un premier courrier, apportant le récit i Tattentat, nous n'avons guère reçu, par des voies indirecte que des demandes successives de fonds pour faire face ai exigences de la Royal Niger Company vis-à-vis de notre agen

Au premier abord, nous avions naïvement pensé que la Coi pagnie anglaise, comprenant la responsabilité qui lui incoi berait aux yeux de toute société civilisée pour avoir lais s'accomplir l'attentat contre M. Mizon, s'efforcerait de rachet par sa bonne volonté et son entier concours, la façon défectueu dont elle assure la sécurité sur le fleuve.

Combien nous étions loin de compte !

A partir du moment où la Royal Niger Company a eu M. Miz entre ses mains, elle n'a eu qu'une pensée ; enipècher celuide poursuivre sa route, de réussir dans sa mission et d'ouvi ainsi dans l'Afrique centrale de nouveaux débouchés au commer français. Cela résulte d'une façon évidente et irrécusable, U des lettres échangées entre M. Mizon et les représentants de Royal Niger Company que des correspondances récemme reçues de notre agent.

C'est le 10 octobre que M. Mizon pénétrait dans la rivi^ Forcados, l'une des embouchures du Niger. Dans la nuit du 15 16 il est attaqué et blessé. Il redescend alors à Akassa, M. Flint, agent de la Compagnie, lui écrit le 22 octobre :

« Monsieur,

« J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que les instn tions reçues du conseil de la Compagnie à Londres portent qx serait contraire aux lois et règlements de la Compagnie de vc laisser pénétrer sans son consentement dans les territoires Niger.

« Je dois aussi vous dire que la navigation de la rivière libre, mais que si vous n'êtes pas muni de l'autorisation question, il me sera impossible de vous laisser toucher lern aucun endroit dans les territoires. »

Il faut, dès ce moment, rappeler les passages de l'Acte

LE LIEUTENANT xMIZON. 145

Berlin de 1885 (navigation du Niger), dont cette lettre constitue une violation directe.

Art. 36. — La navigation du Niger... est et demeurera entièrement "^- 1 libre pour les navires marchands, en charge ou sur lest, de toutes les nations tant pour le transport des marchandises que pour celui ^es voyageurs...

*•• Les sujets et les pavillons de toutes les nations seront traités,

^^s tous les rapports, sur le pied d'une parfaite égalité, tant pour la

^f ûaWgaiion directe de la pleine mer vers les ports intérieurs du Niger

^* ^'ce-versa, que pour le grand et le petit cabotage, ainsi que pour la

d^ellçple sur le parcours de ce fleuve.

;•• 11 ne sera fait aucune distinction entre les sujets des États rive- ^âiûs et il ne sera concédé aucun privilège exclusif de navigation...

^^^ dispositions sont reconnues par les puissances signataires ^om Kxae faisant désormais partie du droit public international.

'^'*'^ . 27. — La navigation du Niger ne pourra être assujettie à aucune entr^^-ve ni redevance basées uniquement sur le fait de la navigation. El l ^ ne subira aucune obligation d'échelle, d'étape, de dépôt, de '^°^I> re charge ou de relâche forcée...

A^^^^t. 28. — Les affluents du Niger seront, à tous égards, soumis au ™^^*>^« régime que le fleuve dont ils sont tributaires.

A^*^ t.. 30. — La Grande-Bretagne s'engage à appliquer les principes de la lifcerté de navigation énoncés dans les articles 26, 27, 28, 29, en t*°^ que les eaux du Niger, de ses affluents, embranchements et issu^^s sont ou seront sous sa souveraineté ou son protectorat.

^^^s règlements que la Grande-Bretagne établira pour la sûreté et le coat^^i^l^ de la navigation seront conçus de manière à faciliter autant Q^^ possible la circulation des navires marchands.

• • La Grande-Bretagne s'engage à protéger les négociants étrangers ^^ toutes les nations faisant le commerce dans les parties du cours <itt ISiger qui sont ou seront sous sa souveraineté ou sous protectorat, ^^ïïxme s'ils étaient ses propres sujets....

^^es articles sont sufTisamment clairs. Ils montrent que la Royal ^*ger Company a manqué à son devoir et aux engagements pris P^^ le gouvernement anglais en ne protégeant pas plus efficacement les négociants étrangers.

Quant aux règlements particuliers de la Compagnie, nous les

^Sï^orons encore à l'heure actuelle. Mais ce que nous savons, c'est

^^'ils ne sauraient être contraires à l'Acte de Berlin. Or, la pré-

^^xilion de M. Flint d'obliger les commerçants à demander le

<^Oïisentement de la Compagnie pour pénétrer dans le fleuve est

une violation formelle de la lettre et plus encore de Tesprit de l'Acte de Berlin.

Il en est de même de la prétention de la Compagnie d'être personnellement propriétaire de toutes les rives du Niger et de ses affluents et d'empôcher par conséquent les négociants étrangers d'y atterrir. Cela est une façon odieusement hypocrite de violer l'Acte de Berlin. Comment faire du commerce sans toucheT les rives? Comment s'approvisionner de combustible? Quan.^ même la Compagnie serait réellement propriétaire des rivets sa prétention ne serait encore pas admissible. Mais comment ixicme telle prétention pourrait-elle être prise au sérieux?

Nous venons de voir quelles conditions mettait dès le début la Royal Niger Company à laisser notre agent poursuivre sa rout -e.

Dans le but de gagner du temps, M. Flint exige que la permt =ssion soit demandée à Londres au conseil de la Compagnie. Avis ^■^s de cette exigence, et tout en en faisant nos réserves sur sa légali ^^ nous vous avons prié, monsieur le ministre, de faire les démarch^^s nécessaires.

Or, c'est seulement le 9 décembre, après un mois et demi les eaux de la Bénoué baissaient toujours — que notre agei recevait avis qu'il pouvait continuer sa route. On verra soi — — ^^ quelles conditions. Voici d'ailleurs la correspondance échangCiiS^^ à partir de ce moment entre notre agent et le représentant de K-^^ Royal Niger Company :

Akassa, 9 décembre 1890.

« Monsieur,

« J'ai l'honneur de vous informer que le Conseil de la Roy Niger Company vous a autorisé, ainsi que votre personnel, poursuivre aux conditions suivantes :

« 1° Que vous déclarerez toutes vos armes, munitions, effets bagages, etc., en transit;

« 2** Que vous observerez les lois et règlements des territoires du Niger;

« 3° Que vous vous engagerez à ne pas vous servir de vos armes

LE LIEUTENANT MIZON. 147

à feu aussi longtemps que vous n'aurez pas dépassé les territoires delà Compagnie, au delà de Yola sur la rive sud (de laBénoué), et lOO milles au delà de Ribago sur la rive nord ;

« 4* Que vous ne voyagerez point au travers des terres, sans avoir obtenu au préalable l'assentiment du conseil de la Compagnie à Londres.

« En considération de ce qui précède, la Compagnie vous accorde le droit de passage et vous permettra de toucher aux ports d'entrée dans les territoires du Niger pour vous procurer le combustible et les provisions que vous demanderez. « Incluse est la liste des ports d'entrée.

« Je vous prie de prendre les engagements ci-dessus dans une lettre signée de vous.

« J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.

« Joseph Flint,

(« Agent général des territoires du Niger ».

Tout, dans la lettre qui précède, est une violation du droit des gens. Quels que soient ses règlements particuliers, qui ne sa\xraient prévaloir contre l'Acte de Berlin, la Royal Niger ^cnupany n'a pas le droit d'empôcher le commerce sur le Niger ^t la Bénoué et de forcer à déclarer les marchandises en transit. ^^1^ n'a pas le droit d' « accorder » un passage qui est de droit ^^QQmun. Sa prétention môme est une entrave à la liberté de ^^v-igation.

Quant aux « lois et règlements des territoires du Niger »,

^^ Vis verrons tout à l'heure que, pas plus que nous, M. Mizon n'a

P^ les connaître. On l'a donc forcé à prendre des engagements

'* ^n blanc ». On remarquera que l'agent général, pour toute

î^^stion, s'en réfère au conseil de Londres. C'est à Londres qu'il

'*^-^t aller pour obtenir la moindre réponse. Comme cela on

P^ ^^r*d du temps, on se décourage, on renonce à son entreprise.

^"^^is n'est-ce pas justement ce que veut la Royal Niger Company?

^^In fait, M. Mizon n'avait ni le mandat ni le dessein de com-

°^ ^^reer dans les territoires du Niger. Impuissant, devant la

^^^^istance de M. Flint, à continuer son voyage sans accepter

^^ ^^ conditions que lui imposait celui-ci, il les a contresignées.

^^ais nous tenons à constater ici que ce cas de pression et de

^^^ ^*ce majeure ne saurait légitimer les abus commis par la Royal

^V|ger Company. Ni nous, négociants français, ni, nous l'espé-

rons, notre gouvernement, n'accepteront cette audacieuse x^îo lation du droit des gens.

M. Mizon part donc — ses lettres nous diront tout à l'hexire dans quelles conditions, — et il atteint Assaba. Là, M. Fliot 1 ni remet de la main à la main la lettre suivante :

« Assaba, 15 janvier 1891.

« Monsieur,

« Apprenant que vous avez vendu des armes à feu (l)à Akass- -^^ je présume que cela provient de votre ignorance des règlemeiu- — ^^^ de la Compagnie; j'ai Thonneur de vous aviser que vous contrvenez aux engagements pris vis-à-vis de la Compagnie qui voi a concédé le privilège d'atterrir et d'acheter le combustible et C ^^ bois dont vous auriez besoin dans vos stations.

« Je serai heureux d'avoir une entrevue avec vous à ce suje' ;^^^*i qui est des plus importants, et j'espère que l'infraction que jj;^ ]^ vous signale ne sera pas continuée après notre entrevue. J'ai l'honneur, etc.

« Flint. »

« Assaba, 16 janvier 1891.

Le lieutenant de vaisseau Mizon A Monsieur l'Agent général de la Compagnie royale au Nige

« Monsieur,

(( J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que voi m'avez envoyée hier touchant l'achat des vivres avec des fusils Ayant vu vendre des fusils aux indigènes par le dépôt d'Assabî je m'étais cru autorisé à me servir de cette marchandise. Vou avez bien voulu m'expliquer que l'exemption de droits qui m'étaS accordée, en me permettant de donner un prix double pour le=^ vivres, avait pour conséquence de nuire à rapprovisionnemeim des stations de la Compagnie et d'apporter un trouble dans l ^ commerce avec les indigènes.

« A l'avenir, je ne donnerai plus de fusils aux indigènes, tan^ que je serai sur les territoires de la Compagnie.

« Comme suite à la lettre que j'ai dû vous écrire le 10 décembre

(1) 11 s'agit bicu cutcndu d'armes de traite, de commerce, d'une vente courante I tù^ dans toute l'Afrique. 1 ^

LE LIEUTENANT MIZON. 149

dernier pour quitter Akassa, je vous prie de m'cnvoyer les lois et règlements de la Compagnie, que je suis exposé à violer par ignorance, et ceux qui régissent les droits des étrangers à acquérir des propriétés. Je vous serai obligé de me donner un croquis des territoires de la Coiiipagnie, à la date de cette lettre, indiquant les frontières à cette date.

« L. MizoN,

« LieuteDant de vaisseau. »

(Ici une lettre du 17 janvier, où M. Flint déclare que les thalaris de Marie-Thérèse, 1780, ne seront pris en payement dans les st€Ltions que pour la somme de trois shillings par pièce.)

« Abiitshi, 17 janvier 1891.

« Monsieur,

« J'ai rhonneur de vous accuser réception de votre lettre du 16, ^ï*gente, et de la note par laquelle vous réclamez les lois et règlcîxnents de la Compagnie, ainsi que ceux qui régissent les ^ï*oits des étrangers à acquérir des propriétés.

« La permission vous a été donnée parle Conseil de Londres, de P^^ser au lac Tchad en transit, et il est généralement admis que 1^^ étrangers qui entrent sur les territoires d'un gouvernement ^^**^nger, sont toujours en possession de la connaissance des lois et :^èglements relatifs à leur entrée. Si vous avez manqué à cela, J^ ^fcae contenterai de vous donner quelques renseignements ou de ^^-^Xjs autoriser à lire mes exemplaires à votre convenance, pour y ^•"^^uver les renseignements que vous pouvez souhaiter, et si vous

^irez avoir les lois et règlements de la Compagnie, je dois vous voyer au conseil, à Londres, qui les délivre aux personnes

cireuses d'entrer sur ses territoires.

^< En ce qui concerne les droits des étrangers à acquérir des

^priétés, cela est aussi de la compétence du conseil à Londres.

« T. Flint. »

« Âssaba, 17 janvier 1891.

« J'ai eu l'honneur de vous adresser trois demandes dans ma lettre du 16 janvier, à laquelle vous avez répondu le 17 : La prej mière concerne les règlements de la Compagnie : tout étranger î entrant dans le territoire d'un gouvernement est censé en con-

naître les lois, mais il est d'usage, quand on entre dans un port, de recevoir communication des règlements particuliers.

« La deuxième demande a trait aux droits des étrangers d'acquérir des propriétés dans les territoires du Niger. Me renvoyer au conseil de Londres, dont la réponse ne peut arriver que dans trois mois, alors que je remonte le fleuve, doit être considéra comme un refus de répondre à ma demande.

« Je me suis engagé à respecter les lois et règlements sur les territoires du Niger. Je regrette profondément que vous refusiez de me fixer les limites de ces territoires, ce refus étant absolument contraire à Texécutiou de rengagement que j'ai pris et me forçant, le cas échéant, à bénéficier du doute.

« J'accepte le change que vous avez bien voulu me fixer pour les thalaris.

« L. MizoN. »

« Abutshi, 17 jauvier 1891.

« J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en date de ce jour.

«La permission a été donnée pour une expédition scientifique, d'entrer sur les territoires du Niger, aux conditions énumérées dans ma lettre du 9 décembre dernier et acceptées par vous dans votre lettre du 10. J'ai Tespoir que vous vous conformerez aux différents points de ces conditions.

« Je ne comprends pas ces controverses écrites lorsque vous avez eu le temps de discuter ces points verbalement quand j'étais à Assaba, le 15 courant.

« J. Flint. »

Vous remarquerez, monsieur le ministre, la mauvaise foi et la mauvaise volonté qui ressortent des lettres de l'agent général de la Royal Niger Company. Vous jugerez comme nous que les prétentions qu'il affiche et les conditions qu'il impose ne sont aucunement compatibles avec les termes de l'Acte de Berlin.

En droit, la navigation du Niger et de la Bénoué doit être libre. En fait, par tous les moyens, môme les plus abominables, la Royal Niger Company prétend n'y supporter aucun concurrent.

Qu'est-ce que cette prétention d'imposer des demandes d'autorisation? De renvoyer à Londres pour obtenir les moindres renseignements? D'imposer le caractère uniquement scientifique

vions coucher chaque nuit sur des bancs de vase, recouverts d'une mince couche de sable. A chaque instant le canot s'échouait, il fallait se mettre à l'eau, chercher un chenal plus profond. C'est ainsi que nous avons mis neuf jours à atteindre la station d'Abutshi-Onitcha, alors qu'un mois auparavant il m'eût fallu à peine deux jours. Là, j'ai dû encore m'arrèterime semaine : tout mon monde était malade de fièvre et de dyssenterie; mon interprète l:m arabe, Miloud ben Abdessalam, avait succombé la veille aux fatigues du voyage ; moi-môme, j'avais un commencement de dyssenterie. Il fallait s'arrôter, tant au point de vue de l'état physique que de Tétat moral de mon personnel, très impressionné par la mort d'un membre de l'expédition. J'ai envoyé à la mission catholique d'Onitcha mon mécanicien, atteint de dyssea— terie et de pleurésie, et je suis remonté à Assaba, chauffant moimême la machine, avec une chaleur de 35 degrés. Le résultat 3. été une exaspération de ma dyssenterie, et j'ai dû m'arrêter ât Assaba depuis une semaine. Je vais remonter bientôt à Lukodja- Félix Tréhot, quoique atteint de dyssenterie, montera avec moi ^ il a une volonté de fer et une énergie rare et je compte beaucouf^ sur lui. Nous allons chauffer tour à tour, et si nos forces a^^ nous trompent pas et que la rivière nous soit un peu indulgentes ^ nous atteindrons Lukodja en une semaine. Après deux jours d. "^ repos, je descendrai avec la chaloupe à vapeur seule en un jou et je remonterai en deux jours. De là, j'entrerai dans la Bénou où il ne restera qu'un pied d'eau, alors que ma chaloupe en né-cessite trois et, qu'il y a un mois, j'en aurais trouvé quinze. ^ ^^

« ... La Compagnie prétend que sa charte lui concède huiU ^ ^ milles de chaque côté du fleuve. Si cela est exact, cela constitue:^^ V^^ un monopole de fait et le traité de Berlin est violé. Les indigènes ^^ n'ont pas, d'ailleurs, admis cette concession, et dans la plupart des endroits, à Abutshi, Onitcha, Assaba, le territoire qu'occupent ses établissements n'a pas été cédé de bon gré par les indigènes. Je ne sais quelles lois régissent plus haut la propriété et si un sultan a le pouvoir de céder la propriété du sol; mais dans tout le Bas-Niger jusqu'à Assaba, il n'en est rien. Il n'y a pas de « chef du village ». Chaque ville est partagée en quartiers habités par une famille dont le chef porte le titre d'Igoué et est indépendant de son voisin. En disant qu'à Assaba, qui est peuplé de 12 à 15 000 habitants, il y a trois cents Igoués, vous comprendrez l'impossibilité où se trouve la Compagnie de traiter avec chacun d'eux. D'ailleurs, je puis vous expliquer, d'après un

LE LIEUTENANT MIZON. 153

tifmoin oculaire tout à fait sûr, comment la Compagnie a acquis les terrains qu'elle possède à Assaba, qui autrefois bordait la rivière, tandis qu'aujourd'hui il en est séparé par les établissements de la Compagnie. Celle-ci a fait part aux Igoués de la décision royale lui donnant les terres du Niger et leur a laissé un naois pour reculer leur ville à deux cents mètres du fleuve. Comme Tordre était donné devant une compagnie de soldats haoussas, il a été exécuté. Cependant, un mois après, quelques entêtés qui avaient peut-être lu ce qui était sur le pavillon de la Compagnie, PAX, JUS, ARS, ont voulu revenir à l'exercice de leurs anciens droits. On a mis le feu à leurs cases. Le résultat est que la Compagnie n'ose pas laisser Assaba sans garnison et que l'entretien d'une troupe lui coûte plus cher que n'eût coûté vine entente amiable avec les indigènes, toujours heureux d'avoir une station chez eux. A Abutshi, les indigènes ont attaqué la station et àOnitcha ils refusent de vendre quoi que ce soit à la Compagnie et ils attendent, hélas ! le retour des Français.

«... Comptez sur ma prudence dans la lutte que j'ai entreprise : je passerai dans le Niger en exécutant les lois et règlements de la Compagnie, en tant qu'ils ne seront pas contraires à la dignité de la France dont je porte le pavillon. Quant aux injures personnelles, comme, dans chaque station, de me forcer à soumettre ma lettre d'entrée au dernier commis noir chargé d'ache- -er Thuile aux indigènes et non à l'Européen qui y commande, ^^la m'est égal et la grossièreté du procédé n'abaisse que ceu3t ^i l'ont inventé. »

« Assaba, 17 janvier 1891.

*< Je profite d'une occasion sûre pour vous faire parvenir cette ^ttre. J'ai reçu, le 9 décembre, l'autorisation du Conseil de la ■^^ïïipagnie de remonter le Niger et la Bénoué, dans les condi- *^ïls indiquées par une lettre dont copie est jointe : fai dti, par ^^€^e majeure^ accepter ces conditions. Il me fallait quitter Akassa ^^ plus tôt. Mais ces conditions que moi, isolé, en face d'une ^^î*ce supérieure, je suis impuissant à repousser, sont la négation ^^ traité de Berlin et créeraient, si elles étaient reconnues, un P^^cédent fâcheux.

« Je n'avais reçu aucune nouvelle de France ; à mes dépêches ^û^diquant le changement de caractère qu'on faisait subir à ma Ittission, devenue impossible si elle gardait son caractère com-

mercial, je n'ai reçu aucune réponse. J'ai dû écrire une réponse à la lettre que m'avait adressée Tagent général, réponse qui n'est que la paraphrase de sa lettre. J'ignorais quelles avaient été les négociations engagées à votre demande entre les deux gouvernements et ce qui avait été résolu, lorsqu'il y a deux jours V agent général nia écrit pour me rappeler que ma mission devait être exclusivement scientifique.

« J'ai dû le croire sur parole, de même que lorsqu'il m'affirme que je dois remonter la Bénoué jusqu'à 100 milles au delà de Ribago sans avoir le droit de débarquer, de sorte que si, en deçà de cette limite, il y avait un obstacle absolu à la navigation, je me serais engagé à rester prisonnier dans la Bénoué.

« Je me trouve dans une position assez difficile : je veux rester correct et ne violer aucune des conventions qui ont pu ôtre faites à propos de ma mission et, d'un autre côté, je ne désire pas être la dupe de la Compagnie. S'il avait plu à l'agent général, je serais encore à Akassa, puisque je n'ai reçu de France o-i lettre ni dépêche. Le 9 décembre, il a cru devoir me rendre 1^ liberté pour les raisons suivantes :

« Les agents de la Compagnie redoutent évidemment, sansqaje sache au juste pourquoi, que mon passage aux bords du Tcha ne soit préjudiciable à leurs entreprises politiques. C'est saa^ ^ doute pourquoi, au commencement de novembre, l'agent gén^^ rai est remonté jusqu'à Lukodja, d'où il a dirigé vers Kouka un "^ mission commandée par M. Charles Mac Intosh. Cette missioi devait, paraît-il, remonter la Bénoué jusqu'au point où elle eî navigable pour les grands vapeurs, et de là se rendre par tern au Bornou.

« En temporisant de la façon que vous savez, l'on m'amenai- ' au milieu de décembre et je ne pouvais être rendu dans L^ moyenne Bénoué avant la fin de janvier, après une navigatio: pénible dans une rivière ayant baissé de 8 mètres entre L' moment du passage de la mission anglaise et le moment démo passage. On me condamnait ainsi à attendre la crue des eaux, e mai 1891.

« En même temps, par le séjour à Akassa et surtout à Agberî «» les deux points les plus malsains du Niger, on diminuait leschan--' ces de succès de ma mission, mon personnel s'anémiant chaqiE^ jour par la fièvre et se décourageant par une attente aussi éner^ vante.

« J'avais eu Thonneur de vous signaler ces points par une dé-

LE LIEUTENANT MIZON. 155

^che que radministration a dû vous transmettre : « Blessés guéris, urgence monter, personnel éprouvé fièvres Bas-Niger,

Bénoué baisse. »

« Le 10 décembre, j'ai quitté Âkassa pour rejoindre à Agberi non convoi, que j'avais laissé à la garde du capitaine Silvestre. ilon intention était de visiter mon matériel rapidement et de quitter Igberi après un séjour de quarante-huitheures. Le 1 3 décembre, les ix Européens qui m'accompagnaient étaient malades de la fièvre t ce n'est que le 20 que j'ai pu quitter Agberi. La navigation tait devenue extrêmement difficile ; le Niger avait baissé de i mètres depuis le commencement de novembre, ne laissant il 'un chenal tortueux au milieu des bancs de sable et de vase, ous montions très lentement, à cause des échouages répétés,

température dépassait 35*. Les fatigues, la chaleur n'ont pas rdé à produire de funestes effets. Miloud ben Mohammed affaiblissait à vue d'œil. Le 29 décembre il s'est éteint sans mffrances, épuisé par l'anémie, devant le village d'Alenso.

« Le 30 au soir, nous avons atteint Abutshi-Onitcha, une des étions de la Compagnie. Le quartier-maître mécanicien, blessé Li bras par un accident d« machine et atteint de dyssenterie, fut avoyé immédiatement à Onitcha, k la mission française du aint-Esprit ; j'y envoyai en môme temps le tirailleur algérien -bmed, dont les accès de fièvre prenaient un caractère 'armant.

« Grâce aux admirables soins et au dévouement des Pères et ss Sœurs, Ahmed ne tarda pas à aller mieux. Le mécanicien, ^ut la blessure était fermée, avait échangé une dyssenterie titre une pleurésie. Je remontai le convoi jusqu'à Assaba, laiscit aux Pères de Lyon, qui ont une mission sur ce point, mon ï^ent-fourrier, atteint de dyssenterie et je redescendis avec la ^loupe à vapeur seule chercher le quartier-maître mécanicien. 'Iheureusement, je dus chauffer moi-même, d'Abutshi à ^aba, pendant les deux voyages et la chaleur que l'on éprouve v-ant une chaudière, alors qu'il fait 35° à l'ombre, me donna clyssenterie : Quand tout le monde fut réuni à Assaba, l'expé- 'ion comptait un malade de plus. Grâce à une médication ^rgiqueet à mon moral, qui reste excellent au milieu de ces t^euves, je ne tardai pas à surmonter la maladie.

M Le 15, le médecin de la Compagnie m'avertissait que la «iladie du quartier-maître mécanicien prenait un caractère ^^rmant et me faisait part de sa crainte de le voir succomber à

une phtisie galopante. Il a été enlevé en quarante-huit he le 18 au matin, le R. P. Zeppa, directeur de la mission cath venait m'annoncer sa mort, arrivée à quatre heures du Pendant mes vingt-deux années de service actif, je i jamais rencontré un serviteur aussi dévoué et aussi fidè milieu de fatigues inouïes, une seule pensée le guidait : ^ chaloupe flotter sur le lac Tchad. Il est mort à la pein« murmurer, parlant jusqu'au dernier moment des perfect ments à apporter à la machine du canot. Il est mort sur le ( de bataille, laissant une veuve et un entant de six mois.

«J'ai reçu l'avis deM. le docteur Cross, chef du service m( que la dyssenterie du sergent-fourrier Coché s'aggravait considérait comme impossible sa guérison en Afrique, et qu gardait comme urgent son retour en Europe. Je laisse cet of marinier à la disposition des Pères de Lyon, qui ont montr< l'expédition un dévouement absolu et auxquels nous d beaucoup. Je souhaite que l'humanité dont ils ont fait j: envers nous ne leur attire pas de mauvais procédés de la p la Compagnie.

« Il me restera doncle'capitaineSilvestre(l), letirailleui rien et M. Tréhot, que vous avez bien voulu mettre à ma sition. Après-demain, je partirai pour Lukodja, où j'< arriver dans huit jours, si mes forces ne me trompent pa je devrai être désormais le mécanicien de l'expédition, quelque bonne santé que jouisse un Européen, il est diffic rester devant une chaudière dix heures par jour, alors c température a atteint hier 37", et qu'elle va augmenter en tant vers le Nord. Après quelques jours consacrés au re à la visite du matériel, j'entrerai dans la Bénoué, que je r< terai aussi haut que possible, de façon à pouvoir me trans rapidement au Tchad en juin ou juillet, quand les eaux n ront. Si l'on m'avait laissé quitter Akassa un mois plu alors que les eaux étaient encore hautes, j'aurais pu arri^ Tchad en février !

«La grande difficulté sera le passage de Lukodja à Loko, oi a, paraît-il, que 20 centimètres d'eau, et où je devrai passe embarcations par terre sur une longueur que j'ignore. Ai de Loko, la Bénoué est navigable pour une chaloupe jusqu'à

(1) On sait que Tétat de sa saoté a également obligé le capitaine à re^ Europe.

LE LIE(JTE.\AM MÏZO>. Ij7

<' J'ai reçudes coupures de journaux, dont l'une, prise dans le Journal officieC, reproduisait riaterpellation de M. Deloncle. M. le ministre des affaires étrangères a répondu : " Nous avons flemandé au gouvernement anglais de vouloir bien rechercher les causes de cette attaque et les conditions dans lesquelles elles s'étaient produites ». Il sera difficile au gouvernement anglais d« connaître la vérité, puisque l'enquête ne peut pas être contra-

ii'^loire, à cause de mon absence. Je vous envoie quelques renee^ements pour être opposés à ceux que fouroira peut-être le gouvernement anglais.

«La Compagnie prétend que j'ai violé ses règlements en entrant par la rivière Forcados etleOuaré. Je devais, d'après cela, entrer par Akassa. Comment concilier cette prétention, — ou ces r^lements, — si vous le voulez, avec l'Acte de navigation du iViger?

« Qui donc est dans son tort? ou moi, qui poursuis une entreprise commerciale et scientifique, sur la foi des traités internationaux, ou la Royal Niger Company qui a cru devoir édicter des règlements contradictoires avec ces traités?

« Ne voulant donner prise à aucune critique, je m'étais muni d'une quantité de charbon suffisante pour remonter jusqu'au premier port d'entrée, c'est-à-dire Agberi, sans avoir besoin de communiquer avec la terre, sur laquelle nous n'avons pas mis le pied^ jusqu'au moment où nous avons été attaqués par les Patani. La nuit qui a suivi le combat, j'ai envoyé à terre des factionnaires, pour éviter les surprises de ce côté.

« La Compagnie donnera, sans doute, au gouvernement anglais la version que son agent fait courir à Agberi : à savoir que je descendais couper du bois dans les propriétés des indigènes sans leur donner aucune indemnité. Cet agent d'Agberi, dont la conduite envers moi a été d'autant plus brutale que j'étais blessé, m'a dit que les Patani m'avaient attaqué parce que je n avais pas respecté les règlements de la Compagnie.

« Je doi^ ajouter que, le lendemain de l'attentat, un chef indigène ayant armé sa pirogue pour venir se joindre aux Patani, il a suffi d'un mot d'un Européen pour qu'il vînt, au contraire, à mon aide en m'apportant du bois. D'ailleurs, les Patani qui m'ont attaqué sont voisins (6 milles) du poste d'Assay et sont en relations avec celui d'Agberi. Les chefs venaient voir l'agent du district qui les recevait bien.

« J'ai des raisons de croire que l'agent d'Agberi avait connaissance de ma montée dans la rivière Ouaré.

« Le chef de district d'Agberi, M. Bedford, prétend aussiquej ai été attaqué par les indigènes parce que je portais le pavillon français. Cela suffit pour faire juger de la bonne foi de cet agent.

« Bien au contraire, les indigènes demandent partout quand reviendront les Compagnies françaises, qui, étant purement commerciales, n'ont jamais eu d'affaires avec eux, tandis que les canonnières qui portent le pavillon de la Compagnie ont dû souvent bombarder et brûler leurs villages. Cela est tellement vrai qu'à Agberi même, dans la maison du chef de district, il y a un drapeau français entrelacé avec celui de la Compagnie, pour confirmer aux indigènes la fable que la Compagnie est francoanglaise.

« D'ailleurs, dans les traités que la Compagnie impose aux chefs, elle introduit la condition de ne permettre à aucun étran-

LE LIEUTENANT MIZON. 459

ger ie mettre le pied sur leurs territoires. En un mot, cette Compagnie, en dépit de TActe de navigation du Niger, s'est assuré, par des moyens détournés, le monopole de la navigation dans le fleuve ; et, pour cela, loin d'assurer la sécurité de la part des indigènes, elle passe avec eux des engagements qu'ils considèrent comme une permission de se livrer à tous les excès visà-vis des étrangers.

« Je suis, etc.

« L. MizoN. »

Assaba, le 26 janvier 1891.

« Je vous écris encore d'Assaba, que je ne quitterai pas d'ici huit à dix jours, ayant de grandes réparations à faire à nos canots. Je dois attendre maintenant que Teau monte dans la Bénoué, c'est-à-dire les mois d'avril ou de mai. Le quartier-maître mécanicien est mort le 17 janvier ; je suis obligé de renvoyer en France le sergent-fourrier, convalescent de sa dyssenterie, mais très frappé par la mort des deux autres. Le capitaine Silvestre rentre également en convalescence. Il me reste Félix Tréhot, plus vaillant que jamais, travaillant toujours avec entrain. Il prétend que deux morts et un convalescent sur sept personnes est la proportion qu'il a toujours vue dans les colonnes du Haut-Fleuve du Sénégal et que maintenant personne ne sera plus malade. Je possède aussi un bon auxiliaire dans le jeune Arabe, grand ami de Félix et plein d'admiration pour lui. Je vais chauffer moinaême en faisant la leçon à mes deux compagnons et ensuite ils pourront conduire tour à tour.

«Je suis peiné du retard apporté à ma mission mais je ne désespère pas, je ne désespérerai jamais et je ne m'inclinerai, le cas échéant, que devant l'impossibilité absolue ou devant la mort.

« La Compagnie me fait payer ce qu'elle me fournit 25 pour 100 plus cher qu'aux indigènes. »

Telles sont, monsieur le ministre, les lettres que nous avons reçues de notre agent et qui jettent une éclatante lumière sur la situation qui est faite aux étrangers dans le Niger, contrairement aux termes de l'Acte de Berlin. Il ne nous appartient pas Je déterminer si la dignité des nations permettra à la Royal Niger Company de se moquer ainsi de leurs conventions et de

ibO A LA CONQUÊTE DU TCHAD.

prendre dans ce but les dispositions les plus illégales, les plu: arbitraires, les plus barbares et les plus inhumaines.

Ce que nous demandons, parce que cela est notre droit, à nous commerçants français qu'on accuse parfois de manquer d^initiative, c'est d'ùtre protégés par notre gouvernement dans l'exercice de nos droits les plus légitimes.

Il est établi, par les lettres de M. Mizon, que Tattaque dont il a été victime est la conséquence des instructions données parla CiOmpagnie aux indigènes, el qui vont directement contre les engagements pris par le gouvernement anglais d'assurer la sécurité sur le fleuve.

D'autre part, tant cet attentat que les retards qui sont directement le fait de la Compagnie, nous ont déjà occasionné des frais considérables :

2000 francs envoyés à Akassa à M. Mizon;

7450 francs réclamés par la Royal Niger Company pour trais d^ séjour ;

1050 fr. 60 de télégrammes remboursés à la Compagnie ^ Londres ;

Soit en tout : 10500 fr. 60.

De plus, les retards causés par le fait de la Compagnie viola"^ l'Acte de Berlin ont causé la mort de deux de nos homme ^ ruiné la santé des autres, et nous causent un préjudice inca c niable.

C'est le 22 octobre 1890, en effet, que nous avons reçu l'avi que M. Mizon désirait qu'on demandât pour lui, à Londres, TaC^ torisation de remonter le Niger. Cette demande a été immédi^ tement transmise à Londres par votre département.

Le 12 novembre, sur une seconde demande de M. Mizon, qi^ était guéri, nous renouvelons notre démarche.

Mais ce n'est que le 29 novembre que nous sommes avisés q\^ la Royal Niger Company va télégraphier à son agent généra-^ On nous fait même payer le télégramme.

Et, fait qui dévoile bien les calculs de la Compagnie, ce n'e^ que le 9 décembre, les eaux du Niger étant suffisamment basse.^ que M. Mizon est avisé, h Akassa, qu'il peut poursuivre sï route.

La responsabilité de la Compagnie est complète d'un bout à l'autre. Or, les articles suivants de la charte concédée à la Royal Niger Company attestent que le gouvernement anglais, signataire de l'Acte de Berlin, doit porter la peine de sa violation, cat

Dans ma lettre du 10 juillet à M. Etienne, je faisais allusion à une expédition dirigée de Bammako vers le Tchad, à travers la boucle du Niger.

J'appris bientôt que cette expédition se préparait et que son premier objectif — peut-être sa première étape seulement — ^ serait Say sur le Niger, l'un des points qui déterminent la limite sud de Tinfluence française. Le hardi voyageur lui se lançait dans cette entreprise était le capitaine Monteil, le l'infanterie de marine.

Je le connaissais un peu : je savais que quelques mois au- ^«ïravant déjà, il avait failli entreprendre un voyage analogue. Monteil est un de ces Sénégalais dont les travaux, les explora- *ons, les campagnes sont malheureusement trop peu connus n France. Sa première expédition là-bas date de 1877 ; peu 'g temps après, il devint adjoint aux affiiires indigènes; il en ^t ensuite la direction. En 1884, il était chef de la mission ^pographique dont Binger faisait partie. Divers travaux ^îentifiques ont attiré sur lui lattention. Les qualités maî- ''^sses du capitaine Monteil sont une énergie peu commune '- une vérilable obstination à poursuivre le but qu'il s'est ^^5^ igné.

Kn même temps qu'il me contait ses desseins, le capitaine ^^onteil me mettait au courant d'une autre expédilion qui, pour être moins aventureuse, n'est guère moins intéressante :

<-Vst

A l.\ CO.NQIÊTK DU TCHAD.

olk- lie son camiirndo le capitaine Méoard. de l'iofaDdt' niiiriiu'.

lui-fi iivait aiTcptû lu mission tie remonter de Grand- [)ni \('rs le (lonrmîi et le Mossi. puis de se rabattre &

l'ouest vers la côte, en

pomplétant ainsi les remarquables travaux ' du capitaine Binger.

Ces deux expéditions me paraissaient également bien conçues; elles se rattachaient direelemenl au plan d'ensemble que j'avais esquissé dans ma première lettre à M. Etienne. L'administration des eolonies, qui les a or^nisées, doit ftre louée encore une fois de sou esprit d'initiative et de sa dérision. Que de résultats peuvent être obtenus ainsi avec de minimes ressources 1 MM. Moutt'il et M(''nard partirent ensemble par le batt'au du io septembre, quelques jours seulement après .Mi/on.

Voici di's exlrails îles lellrcs reçues d'eux depuis lors.

LES HISSIONS MOMEIL ET MÉNARI). 165

EXTRAITS DES LETTRES DU CAPITAINE i MONTEIL

[ « Kayes, 38 octobre 1890.

; « Le 9 octobre, nous quittions Saint-Louis, à bord de la Camargue j ^ de la maison Buhand-Teissère ; le 18 nous arrivions à Kayes, ou 1^ je campais à l kilomètre 1/2 du fort.

a La question des porteurs n'était pas facile à résoudre : d'une I *part, c'est le moment des récoltes et les noirs ne louent que difficilement leurs services à cette époque; d'autre part, la pépinière des porteurs est le cercle de Médine ; or, la campagne ; d^hivernage autour de Koniakary a déterminé le passage sur la \ rive droite, comme auxiliaires, de la grande majorité des Khas-

sonkais.

,^ « Je ne savais trop comment sortir de cette impasse, lorsque " le colonel Archinard m'offrit fort obligeamment de faire transporter tout mon matériel à Kita, par un convoi de mulets qu'il I doit y envoyer. A Kita, je trouverai facilement à recruter des ; porteurs pour le reste de la route et, sur le parcours, je compte faire des achats de bourriquots, que je compléterai avant de passer le Niger.

« Ma santé est excellente. Je souhaite qu'elle reste telle, car c^est pour moi le seul nuage qui puisse obscurcir l'avenir ; fatigues, privations, travail, déceptions, cortf'^ge habituel de la vie du voyageur, rien de tout cela ne saurait influencer mon moral, si la santé demeure... »

u Ségou-Sikoro, 20 décembre 1890.

<c Partis de Bafoulabé le o novembre, avec le convoi sous les ordres de M. le capitaine d'artillerie Parizot, nous atteignons Badumbé le 9. Badumbé, petit poste sur le Bakhoy, a été très fortement endommagé par les inondations exceptionnelles de cet 'hivernage. Le poste a dû être évacué et plusieurs bâtiments se sont écroulés. On avait dû établir auprès de la montagne un poste provisoire, en attendant que les réparations qui étaient en cours d'exécution lors de mon passage fussent terminées.

« Partis de Badumbé le 10, nous étions le H en face du gué

(le Toukoto. Le 13 seulement, le convoi se trouvait sur Taul rive du Bakhoy et pouvait reprendre sa marche sur Kita; gué était en effet très difficilement praticable : la profonde était de I",30 dans le rapide, et un courant très violent rendait passage des plus dangereux. Je pus, en cette circonstance, exf rimenter mon petit canot Berton, avec lequel je fis passer m instruments, mes caisses d'argent et mes cantines. Je suis tr satisfait de cette embarcation, si légère qu'un homme la poi aisément, peu encombrante, et cependant solide et stable.

« Ayant quitté la rive droite du Bakhoy le 14 au matin, no atteignions Kita le 17 au matin. Cette partie de la route a ( jusqu'à ce jour la plus fatigante. L'habitude des convois de par entre deux heures et trois heures et demie du matin ne me ce vient nullement : la nuit, aussi bien en Afrique qu'en Fram est faite pour se reposer, et je crois qu'il est nuisible de s'écarl de ce principe; quant à moi, du moins, j'en ai toujours resseï de très mauvais effets. Partir au jour, marcher jusqu'au momc où la chaleur devient trop pénible pour les animaux, c'e à-dire vers- dix heures, repartir le soir entre deux et trois heui et prendre campement avant la nuit venue, me semble préférai à tous les points de vue. J'ai toujours appliqué cette méthc de marche, aussi bien ici qu'en Annam, où cependant je coi mandais une compagnie de 2S0 Européens, et j'en ai obtenu meilleurs résultats. Si je compare la marche de Kayes à Kit celle de Kita à Ségou, je constate que dans cette dernière par je n'ai pas eu un instant d'indisposition, que Badaire n'a eu qu' accès de fièvre au départ de Koundou, tandis que de Badun à Toukoto j'ai eu un très fort accès de fièvre et que Badaire pas été bien portant un seul jour.

« A Kita, le 24 novembre, quatre-vingt-dix porteurs, réunis a^ toute la diligence possible par les soins de M. le capitaine Conr commandantle poste, me furent remis, et le lendemain matinm étions en route. Nous arrivions à Koundou le 28 et à Bamms le 2 décembre à midi.

<( Là, je pris de nouveaux porteurs et nous étions de nouv( en route le 4 au matin, et à Koulicoro le 6. En ce point je ré{ les porteurs et, autant par économie que pour gagner du tem j'apprêtai huit grandes pirogues qui, parties de Koulicoro le une heure de l'après-midi, m'amenaient à Ségou le 10 à dix heu du matin. Pendant ce temps, Badaire continuait par la voie terre avec la plus grande partie du personnel et les anima

Allant de Koulicoro à Nyaminà, sur la rive gauche du Niger, puis passant à ce point sur la rive droite, il arrivait à Ségou sans incident le 14 décembre au matin.

«... La route la plus courte pour gagner le Mossi traverse les territoires d'Ahmadou Addou, qui avait été jusqu'ici assez malveillant pour les étrangers. Or, ces jours passés, le capitaine Underbeg, résident de Ségou, a reçu d'Ahmadou Addou une lettre dans laquelle celui-ci proteste de ses bonnes dispositions à notre égard et annonce l'envoi d'un de ses hommes de confiance. « Voici probablement la raison intéressée de cette démarche : « Vous savez que le cheick Tidiani a eu pour successeur dans leMacina, Mounirou, frère du cheick Ahmadou et comme lui fils d'El Hadj Omar. Or, Mounirou ne jouit d'aucun prestige personnel. 11 est soutenu par une poignée de sofas fanatiques qui s'en servent comme d'un centre de ralliement en attendant mieux. Ce mieux peut être Ahmadou, lorsqu'il sera chassé de Nioro.

« Ahmadou Addou, héritier direct de la couronne du Macina,

a sans doute pensé que si cette éventualité se réalisait, nous ne

supporterions pas le voisinage d' Ahmadou, et que, pour gouverner

'e pays, nous ferions volontiers appel, commo dans le Ségou, à

'ancienne famille régnante. 11 songe probablement à poser sa.

candidature.

« Je puis profiter de ces bonnes dispositions et traverser son ^^rritoire, qui m'offre la route la plus directe vers le Mossi, ou '^î en redescendre par Sikasso, capitale de Tiéba.

<< Tous les officiers qui ont approché ce potentat indigène ne ^^vissent point en éloges sur son compte. Allié loyal et dévoué, ^i^ba est le chef incontesté de l'immense pays qu'il a soumis à ^^ domination. 11 est actif, brave, intelligent, trèsénergi([ue. Notre ^^sident auprès de lui, le capitaine Quiquandon, a su prendre une position de conseiller très écouté.

« De Sikasso part la route suivie par le capitaine Binger, qui, par Niantenombo, Bobo-Dioulassou, Ouakara, conduit à Ouaghadougou. Cette route vient d'être parcourue de nouveau par le docteur Crozat, qui est de retour et a rejoint, devant Kinian, le lieutenant Spitzer, le capitaine Quiquandon, ïiéba et Bodian, fama de Ségou.

« Je vais d'abord essayer de passer par le Nord, pays plus neut à notre point de vue ; mais si je rencontre des difficultés, je redescendrai vers Sikasso et Ouaghadougou.

« J'ai fait, le long de la route de Kita à Ségou, un assez gra nombre d'observations astronomiques dont j'enverrai lesdlémei de calcul à M. de Lannoy de Bissy.

« Mes calculs de longitude n'ont pu encore ôtre tenninés. . compte les établir aussitôt que seront arrêtées les observatioi que je fais ici de concert avec M. l'enseigne de vaisseau Hours commandant de la flottille.

« Voici les latitudes :

Kita 13o 02' i8"o4 N. (Moyenne de trois obser>'alions)

Guenikoro.... 1 2» 08' 56" N. —

Koundou 13o 11' 13"o7 N. —

Bamraako . . . . 12* 38' î)4''37 N. —

Manarabôugou 12o 45' 07"09 N. —

Koulikoro.... i2o 55' 03" N. —

Ségou-Sikoro. 13o 37' N. (Moyenne de deux observations

théodolite faites par MM. Monteil et Hourst.)

« Toutes mes observations, sauf celle de Ségou, ont été fait à rhorizon artificiel et au sextant et soigneusement calculées. 1 position vraie de ces points sur les cartes est seule à modifie car les positions relatives d'un point par rapport à l'aul demeurent sensiblement identiques.

« J'envoie à la Société de géographie commerciale et à Société de géographie de Lille une plante des plus intéressant Je n'ai point la prétention de l'avoir découverte, car Mage 1 môme en parle dans son ouvrage. Cette plante croît dans le b sin du Sénégal et, dans les jardins du Bas-Fleuve, j'en ai souvent. Elle porte en ouololF le nom de bissago bouki\ ne l'appelons, nous, oseille sauvage, parce que son fruit rappe vaguement le goût de l'oseille. Mais, sur les bords du Nig elle est cultivée en champs, à l'instar du mil, et atteint comi tige dos dimensions de trois et quatre mètres. Les Bambaras nomment da. Le ligneux de la plante qui, scientifiquement, nomme ihisciis canabinus, est la partie intéressante. Il don une fibre textile très longue, dont les Somonos (pôcheurs) servent, après l'avoir laissée rouir sous l'eau, comme m faisons du chanvre, pour en faire une filasse grossière qu'ènsu ils tranforment en corde pour leurs embarcations. Le mode préparation est des plus rudimentaires et le séjour sous l'e (dix ou quinze jours) insuffisant, je crois, pour détacher comp tement la gomme adragante contenue dans le ligneux. Je cr qu'avec une préjKiralion meilleure on obtiendra un produit ti

supérieur à celui que fabriquent les Somonos. Cette plante n'est pas une ramie; c'est une plante annuelle qui vient de

semis. »

« San, 15 janvier 1894.

Latitude : 43* 19' 1.7*40 — longitude : 7o 15' 30'

« San est une sorte de ville libre avec territoire neutre, couvert (le rizières, sur la rivière de Bani (Mayel Balével des cartes), à environ 20 kilomètres de ce cours d'eau. Il est à peu près bien placé sur la carte de Binger. Au milieu de voisins pillards, Talmamy Alassana a su conserver Tindépendance de sa ville, en ne prélevant aucun droit sur les caravanes. Aussi celles-ci affluent-elles de toutes parts et la situation commerciale de San est bien supérieure à celle de Ségou ou de Bammako. L'almamy trouve son compte à cet état de choses, car, sous forme de cadeaux librement consentis, il obtient plus qu'il ne tirerait d'un impôt fixe. J'ai tenu à maintenir dans le traité cette coutume.

<c A San, les Maures de Timbouktou et les Armât (population ûoire de Timbouktou) apportent le sel; les Marcas et Bambaras, 1^ mil, le riz, la corde; le colon y vient du Bendougou, les gens "U Haoussa offrent des étofi*es, des crins et des métaux ou- ^^és. Il se fait un grand commerce d'ouvrages de cuir, que fes Bobos travaillent très bien. Ces derniers élèvent aussi de 'ïombreux chevaux très robustes. Enfin les couvertures (dampés), l^s boubous et pantalons brodés, les selles du Macina, font l'objet d*vin commerce actif.

« Notre voyage de Ségou ici n'a pas été sans difficulté. Nous a^vons dû deux fois, aux villages de Faneté et de Ouakoro, sur les confins du Sarro, passer la nuit sur la défensive; mais j'ai réussi à éviter toute collision.

« La route, fort mauvaise de ce côté du Bani, a fortement éprouvé mes animaux; nous avons mis sept à huit heures pour *^Pe des trajets de 5 à 6 kilomètres, parce que nous avions à franchir des marais de 400 mètres de largeur parfois, au travers ^^squels les animaux ne pouvaient passer avec leurs charges ^^bituelles.

*< Notre santé se maintient excellente.

*< Voici les longitudes des points dont les latitudes vous sont P^r^enues par ma dernière lettre de Ségou.

^< Longitude adoptée Manambougou 9^*52'.

« (Toutes les longitudes ont été rapportées à celle-ci.)

Bammako longitude i(^> 12'

Koulicoro — 9° 43' 45"

Ségou, latitude 13o 37' 06" — 8» 33' 43"

Kala — 13» 28' — 7» 53' 08^4

Fatené — 13 33 ' 38"61 — 7o 36' 09"

San — 13- 19' 17"40 — 7o 13' 30"

« Toutes ces positions sont les résultats d'obiservations ^ calculs astronomiques.

« J'ai réussi à faire signer le traité suivant à Falmamy de Sa (texte français-arabe). »

Traité entre la France et l'almamy de San

• Entre nous, Monteil (Parfait-Louis), capitaine à l^état-major hors cadres de Tinfanterie de marine, chevalier de la Légion d'honneur, officier d'Académie, représentant du gouvernement de la République française, muni des pouvoirs nécessaires, et Almamy Alassana, almamy de la ville de San, a été conclu le traité dont la teneur suit :

Article I".

L'almamy de San, en son nom et au nom de ses successeurs, place son pays sous le protectorat de la France.

Article II.

La France reconnaît l'indépendance de la ville de San sous l'almamy et ses successeurs. Elle s'engage à assurer cette indépendance contre les entreprises des pays voisins.

Article III.

L'almamy de San s'engage à protéger par tous les moyens en son -g pouvoir le commerce des caravanes.

Article IV.

Le commerce sera entièrement libre à San, comme il est présente — ment ; les caravanes n'y seront assujetties à aucun droit, soit à l'arrivée, sbit au départ.

Article V.

Dans tous les pays de domination ou de protectorat français, les caravanes venant de San seront efficacement protégées et aucun droit ne sera prélevé sur elles. A cet effet, pour que leur provenance soit incontestée, elles devront, au départ de San, faire viser leur laisser passer par l'almamy.

LES MISSIONS MONTLIL ET MÉNARD. ri

Article VI.

Les Français ou sujets français qui viendront s établir à San pour y faire le commerce seront, eux et leurs biens, sous la sauvegarde directe de l'almamy, qui sera responsable de tout pillage ou vexation commis contre eux.

Article VII.

Les contestations entre indigènes seront soumises à Talmamy et jugées par lui.

L.es contestations entre indigènes et sujets français, si elles ne peuvent être arrangées à Tamiable par lalmamy, seront portées devant le résident de Ségou.

Article VIII.

L'almamy de San s'engage à ne passer aucun traité avec une puissance européenne étrangère, sans le soumettre au préalable à la sanction du gouvernement français.

Article IX.

Comme signe efficace de notre protection, dont il pourra user comme de droit, Talmamy de San a reçu un pavillon français, qu'il s engage à conserver.^

^''ait à San, le li janvier 1891, en quadruple expédition, dont une a ^^^ laissée entre les mains de Talmamy Alassana, pour lui servir ce ^^e de droit, trois conservées par nous : Tune pour être envoyée à ^- le président du conseil des ministres, la deuxième pour le» comïï^audant supérieur du Soudan français, la troisième pour nous-même.

Signe : Monteil, Badaire, membre de la

mission, Macoura Sik, interprète.

Almamy Alassana.

« Souro, le 2 mars 1891 et Samoroghan, le 4 mars 1891.

« En quittant San, je comptais marcher au sud jusqu'à liougounso ou au plus loin Oulenguena, et de là prendre une route à l'est; mais je me rendis compte, au cours de la route, qu'un interprète parlant le miniankha et un autre parlant le bobo m'étaient indispensables. Or, malgré les offres les plus séduisantes, je n'a'i pu décider personne à m'accompagner ; aucun jXqs indigènes ne pouvant se faire à la pensée de s'entendre traiter au village voisin, s'il est tant soit peu hostile, de « captif de blanc », nom qu'ils donnent aux noirs qui nous accompagnent et qui est une expression de souverain mépris.

« Je viens de parler de la langue miniankha. Je ne me doutais pas moi-môme de son existence avant de quitter San. Or, les gens qui la parlent sont des Bamanas (Bambaras) bien purs; ils se disent tels eux-mômes. La consonance peut prêter à lïUusion, mais le fond môme de la langue est complètement différent du bambara. Ce n'est point, à mon avis, un dialecte ; car entre un dialecte et la langue mère il y a toujours des affinités que l'on peut saisir. Là rien de semblable, du moins au premier examen, nécessairement un peu superficiel.

« En dehors du défaut d'interprète, je devais tenir compte de la remarque suivante : A Test de la route San-Sikasso, au sud des territoires des colonies Peuhls, les villages forment des groupes complètement indépendants lés uns des autres, entretenant entre eux des relations généralement peu sympathiques et n'obéissan à aucune autorité supérieure.

« Enfin nos animaux, en grande partie blessés, marchaien avec peine et je ne pouvais maintenir à mon convoi la cohésio; nécessaire. Souvent la tète et la queue étaient séparées par plu de deux heures de marche. Cependant j'avais déjà dû, pourm'alh ger, laisser sept caisses de ballots et mon bateau même à San.

« Dans ces conditions, je pris le parti de laisser reposer quel qiies jours mon convoi à Oulenguena et de pousser jusqu Kinian, pour y voir le capitaine Quiquandon et le docteur Croza Le 28 janvier, je quittai Oulenguena dans l'après-midi, dac d'assez mauvaises conditions de santé. J'emmenais trois engagé mon interprète et trois porteurs que l'on changeait de villa§ eu village, souvent avec bien des difficultés. Le 31, j'arrivais Kinian à cinq heures du soir, complètement épuisé, ayant eu, dai les quarante-huit heures précédentes, deux très violents accès d fièvre.

« Je fus reçu à bras ouverts par le capitaine Quiquandon, 1 docteur Crozat et le lieutenant Spilzer. Ce dernier était, dans! journée, venu au-devant de moi avec les deux famas du Kém dougou et de Ségou et une nombreuse suite de cavaliers et d fantassins. Je trouvai le capitaine Quiquandon très fatigué, min par une dyssenterie qui durait depuis cinq mois.

« J'exposai au capitaine Quiquandon la situation dans laquell je me trouvais. Il me dit avoir tous les moyens d'y porter remède qu'on me trouverait des porteurs et des animaux. En ce qi concerne la route à prendre, il me conseillait de faire venir mo convoi à Sikasso et de prendre là la route suivie par le docteu

LKS MISSy}NS MONTEIL ET MÉNARI). 113

Crozat. Celui-ci avait ramené du Mossi et du Dafina des hommes qui me serviraient «le guides et d'interprètes.

'< Dès le lendemain, nous envoyions chercher le convoi qui, sans passer par Kinian, devait directement se rendre à Sikasso où je le rejoindrais : douze porteurs, avec un envoyé du fama du Kénédougou, partaient en même temps pour San, afin d'y chercher ce que j'y avais laissé.

« Le 12, mon convoi était rendu a Sikasso, mais mes hommes ne revenaient de San que le 24, après avoir été attaqués en route, pendant le retour, dans le Kénédougou môme. Cela indique qu'il ne règne qu'une sécurité toute relative, m<>me dans les pays où Tautorité semble, la mieux établie; car Tieba, fama du Kénédougou, est craint et respecté dans le pays qu'il a en partie con(|uis et qu'il a victorieusement défendu contre Samory, il y a quatre ans.

« Tieba, que j'ai vu très souvent pendant les quatorze jours

que j'ai passés à Kinian, est une physionomie très particulière

et très sympathique à la fois, (^est un chef dans Taeception

qiie nous-mêmes attachons à ce mot ; il tient admirablement son

^nnée, qui lui est très dévouée. Il forme, notamment au point

^^ vue de la prévoyance, un frappant contraste avec Samory,

9^i tue les adultes et vend les femmes et les enfants des villages

^oat il s'empare.

« Tieba n'opère pas de mùme : après s'c'^tre défait des chefs, y transplante les populations, d'abord à Sikasso, sa capitale, ^ïïiinense village de deux mille mètres de tour, avec tala de six Mètres de haut; puis il les envoie dans des vilhiges de culture ^Ui lui appartiennent.

« Enfin, lorsqu'au bout de (juelques années il est satisfait de *^Ur conduite, il les autorise h fonder de nouveaux villages, mais ■^Ors de leur territoire primitif.

« Tieba donne à l'agriculture une attention toute spéciale et je ^ ^i vu encore aucun pays dans lequel elle soit aussi bien com- Pï"îse. Le daba dont on se sert dans le Kénédougou a jusqu'à "^O centimètres de long et autant de large et les terres sont dé- *^ticées jusqu'à 50 et même 70 centimètres.

«( Le fama a, autour de Sikasso, d'immenses lougans, dans

^^squels il va lui-môme travailler. Dans chaque village, il est

^Ultivé pour lui un lougan dont le produit lui appartient ; les

"Villages qu'il fait fonder lui doivent la moitié de la récolte, (^eci

explique que lorsque Samory vint mettre le siège devant Sikasso,

qui renfermait alors 10 000 personnes, les* assiégés avaient des provisions pour trois ans.

« Tieba saisit immt^diatement les avantages d'une chose nouvelle qu'il a vue et sait très bien Tadapter à son milieu. Chose rare chez un noir, c'est un esprit posé, réfléchi, qui n'abandonne rien au hasard. A l'inverse de la plupart des autres noirs, qui ne voient dans leur famille que des rivaux et des ennemis et qui l'éloignent, Tieba conserve auprès de lui ses frères qui ont pour lui une profonde affection et la lui témoignent en toute circonstance.

« Tieba est d'une bravoure à toute épreuve et porte les cicatrices de nombreuses blessures reçues en combattant.

« On comprend que toutes ces qualités en fassent un personnage très particulier dans ces régions, et qu^il ait produit une vive impression sur les officiers français qui l'ont approché.

« Le capitaine Quiquandon qui, depuis un an bientôt réside auprès de Tieba, a acquis sur lui une influence personnelle considérable. Cette influence, due d'abord aux qualités personnelles du résident, a été accrue encore pas les circonstances suivantes : Au siège de Lantana, auquel le capitaine Quiquandon assistait en spectateur, le diasa (poste fortifié) du capitaine a été attaqué; grâce aux mesures prises par lui, le combat qui s'en est suivi a été une victoire complète, où iles centaines d'assaillants sont restés sur le carreau. Otte attaque venait pt*écisément des gens de Kinian, qui avaient envoyé cette colonne pour faire lever le siège de Lantana. Depuis cette époque, une afl'ection très réelle unit le capitaine et Tieba.

u Ce serait, je crois, un des procédés d'extension les plus rapides et les moins coûteux, que d'avoir ainsi des résidents auprès des . grands chefs noirs ; mais les chefs noirs de l'envergure de Tieba ^ sont rares et les résidents de Thabileté du capîtaiiie Quiquandon^*ne le sont guère moins.

(( Lors(jue JJinger vint au camp de Samory dev,ant Sikasso, '\T i examina l'aspect de la vilhî et celui des assaillants et il dit S Sanioiy que jamais il m» prendrait Sikasso. Mon camarade n»pouvait prévoir <|ue par surcroît l'armée presque entière d- Samory resterait sous les murs de Sikasso. Tieba ayant appris 1 propos de Hinger et aussi qu'il offrait sa médiation, envoya de=- cavaliers vers Tengrola j)our le saluer, le remercier et lui assure T bon accueil; mais les cavaliers arrivèrent trop tard, Bingex* n'ayant pu entrer à Tengréla, avait continué sa route.

le médicament sous mes yeux et, alors seulement, je pourrai juger en connaissance de cause.

« De Sikasso, je vous ai adressé de la soie du pays. C'est là, je pense, un produit des plus intéressants, étant donnée surtout la forme sous laquelle il se présente. Au lieu d'être un cocon unique renfermant une chrysalide, c'est une agglomération de chrysalides enveloppée d'une tunique extérieure de soie blanche et fine. La forme est variable suivant que l'essaim est venu se former contre le tronc de l'arbre ou à la commissure de deux branches. Le cocon simple existe aussi, mais c'est une rare exception.

« C'est dans le Mossi seulement que l'on file et tisse cette soie. Elle vient de Sati (carte Binger) ou du Kénédougou, à un jour au sud de Sikasso; mais on la trouve aussi, m'a dit le capitaine Qui(iuandon, dans le Macina et le Fouladougou. J'en ai fait préparer une partie suivant la méthode du Mossi : on fait bouillir dans une eau mêlée de cendres, jusqu'à ce qu'il se forme une sorte de filasse. J'ai joint à mon envoi la soie ainsi préparée, ainsi que quelques mètres de fils de soie ainsi obtenus, Tune à peu près blanche, l'autre brune. Un des paquets pourrait être envoyé à la chambre de commerce de Lyon, par exemple. Avec de meilleurs procédés de préparation, peut-être pourrait-on obtenir de bons résultats. Cinq kilos de cocons valent de 10 à IS francs.

« Voici les points déterminés par coordonnées géographiques :

San. — Longitude rectifiée !<> 09' So' au lieu de 7° 15' \ Latitude 13o 14' 40'

Scienso. . ,

SzanKatori

( Longitude 7» 11' bu' Latitude 12« o9' 04"6

^ Longitude 7" 19' 4:i'

V Latitude 12° 41' 14"4

Bougounso : - ... «„ oi» «i^

" f Longitude /° 31 41 '

Koumbéri. Latitude 12° 27' 40"

Kouoro... Latitude 12o 02' 08"

\ Latitude 11" ol' 51" (moyenne de trois observations)

'( Longitude 8 19'

\ Latitude 11<» 18' 57" (moyenne de trois observations)

/ Longitude 7° 52' 02"

Kinian.. .

Sikasso..

» Los latitudes sont toutes exactes; les longitudes devro^r?/ être revues. )>

« Yacaggé, 1«r décembre 1890.

« Je suis parti de Grand-Bassam le 22 novembre seulement. J'ai été retardé par une brûlure sérieuse que je m'étais faite au bras droit en manipulant une lampe à pétrole. Il m'a fallu attendre la cicatrisation complète.

« Depuis quelques jours, je vis seul dans la brousse. Mon plus grand ennui me vient des noirs, dont je dois supporter les discours. Certains jours, les palabres durent dix heures, cinq le matin et cinq le soir, me laissant à peine le temps de manger. On ne saurait croire combien ces gens sont bavards. Heureusement, je suis assez calme : j'allume une pipe, je les écoute et de temps en temps on fait circuler un vase rempli de vin de palme, qu on goûte avant de me le passer, afin de prouver qu'on ne veut pas m'empoisonner.

« Le pays est superbe; la végétation est tellement fournie qu'il serait presque impossible de passer ailleurs que dans les chemins. Les arbres, gigantesques, sont d'un vert magnifique. 11 est vrai qu'il pleut sans cesse. Mais je crois que je serai bientôt arrivé à la fin de la saison des pluies et alors je marcherai plus rapidement. »

« Bestiéf 22 décembre 1890.

« Mon voyage se continue dans les meilleures conditions. J^ n'ai pas encore eu la plus légère indisposition. MalheureusemeKit, les pluies n'ont pas encore cessé et j'ai grand'peur qu'elles n'endommagent à la fin mes marchandises et mon matériel.

(( Les nuits sont fraîches et la chaleur est moindre qu*^** Sénégal. Mais lorsqu'on s'arrête dans les villages à l'époque ^^ la lune, — actuellement par exemple — il faut supporter 1^ soir d'affreux charivaris, parfois donnés en mon honneur. Hi^^"*!' il est mort un homme : toute la nuit, parents et amis n oi^* cessé de hurler, avec accompagnement de tambours.

« J'ai été bien reçu ici, par un chef puissant, qui me fourni* abondamment de vivres. J'ai des œufs et du poisson frais toi*^ les jours pour ma table, des moutons et des bananes pour m^^ hommes.

« Le pays est toujours superbe; c'est la végétation tropical^ dans toute sa splendeur. »

On a su, depuis lors, que le capitaine Ménard était arrivé ev J bonne santé à Kong. I

Dans 1 été de 1890, mes études et mes réflexions m'avaient amené aux conclusions générales que j'expose plus loin relativement aux trois possessions françaises qui doivent servir de base d'opérations à la constitution de notre empire africain : TAlgérie-Tunisie, le Sénégal et le Congo. Je laisse naturellement de côté, dans l'exposé de ces vues d'ensemble, tout ce qui n'est pas d'une utilité immédiate, tout ce qui tendrait seulement à la consolidation d'un état de choses déjà a.cquis. Pour les territoires occupés ou non contestés, nous a-urons tout le temps de discuter à perte de vue pendant des années et des années, sur les beautés respectives du régime cWil ou du régime militaire, du système des grandes compagnies à charte ou du système d'administration directe. Pour 1^ moment, il y a une œuvre plus urgente à accomplir : courir ^iix territoires encore vacants ou nos rivaux pourraient nous ^^vancer; fermer les enclaves par lesquelles ils s'efforcent de pénétrer au cœur de notre zone d'influence.

C'est à ce point de vue spécial que je me suis placé dans les ^^pides études qui vont suivre, semées au courant de la plume, J^ l'avoue, de réflexions et d'observations qui s écartent par- ^^is un peu du sujet.

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