LE SUD DE L'ALGÉRIE-TUNISIE
Voici bien des années que nous sommes arrêtés presque au même point de la lisière du Sahara. El Goléa, où le général de Galliffel a poussé notre domination, est demeurée notre avant-garde dans le désert. Dans le Sud-Oranais, la révolte de Bou-Amama nous a pourtant fourni Toccasion de prolonger jusqu a Aïn-Sefra le chemin de fer des Hauts-Plateaux et de nous avancer un peu vers Figuig. Mais qu'est-ce que cetU
timide pénétration en face des immensités qui s'ouvreni devant nous?
Notre immobilité se justifie aux yeux de nombre de gen^ par trois raisons principales :
1^ Aucune puissance rivale ne nous disputera le Sahara — nous ne sommes donc pas pressés d'agir ;
2* 11 y a des difficultés assez sérieuses à vaincre : la natun du sol et le climat d abord', puis l'hostilité des populationstouareg ;
3** Enfin on vqit bien la dépense qu'occasionnerait tout tentative de pénétration ; on 'discerne moins le profit qu. nous en pourrions tirer.
Or, il n'est plus exact de dire qu'aucune puissance rivaM!Ue ne nous dispute le Sahara; au contraire, comme je l'expl tiquerai tout à l'heure, le Maroc, obéissant à certaines sugger ^tions, émet la prétention de s'installer dans les oasiç du Tou^sef et du Tidikelt et de nous couper ainsi la route du Sud.
C'est aussi une erreur de croire que la traversée du Saha^ra présente en soi de sérieuses difficultés provenant des hommes ou du climat. On sait maintenant quelles sont les causes de l'échec et de la mort de Flatters. Cela ne prouve rien contre les tentatives futures de pénétration. M. Foureau avait foftne l'an passé le projet de traverser le Sahara à la tête d'une troupe armée. Matériellement, je ne vois pas ce qui l'eût empêché *de réuèsir. Il reste à examiner — et je n'ai pas la^om- |^^^
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pélence nécessaire pour Aie prononcer — si le résultat obtenu eut été proportionné à leffort et si c'est ainsi qu'il est préférable de procéder vis-à-vis des populations sahariennes. En tout cas, de quelque façon que s'opère la pénétration il est aujourd'hui connu qu'elle ne rencontrera pas de résistance vraiment redoutable.
Assurément toute entreprise saharienne coûtera fort cher de premier établissement. Mais il n'est aucunement démontré queues résultats ne seront pas, dans un avenir assez rapproché, proportionnés à l'effort. Le tout est justement de mesurer l'effort aux résultats qu'on peut d'avance considérer comme assurés.
11 n'y a donc pas de raison sérieuse de demeurer en Algérie-Tunisie dans l'état d'immobilité où nous sommes depuis trop longtemps. Nous avons, au contraire, de sérieux motifs d'agir et de marcher vers le Sud.
Mais comment? Quelles sont les entreprises urgentes? Quelles sont celles qui peuvent être différées?
Ici je suis bien forcé de dire nettement mon opinion sur la grosse question qui a été posée ou disculée notamment par Mm. le général Philebert et Rolland, Fau et Foureau, Fock, 1^ commandant Déporter, Duponchel, Mclchior de Vogiié, etc. Mais je me prononcerai seulement sur la question de principe et de date^ non sur la question de tracé qui me paraît secondaire. En effet, il faudra toujours, lorsqu'on passera à l'exécution, partir de la Méditerranée et se diriger vers le Tchad, avec embranchement vers le Niger. Moins importent les détails.
Veut-on faire une ligne purement stratégique et politique ? Si oui, j^ réponds que le résultat à atteindre est hors de proportion avec l'énormité de la dépense.
Veut-on, au contraire, Aiire une ligne visant'en premier lieu Vin but commercial et servant du même coup à asseoir notre domination?
• Ici, je déclare, contrairement à l'avis de beaucoup et des
iHi A LA CONQUÊTE DU TCHAD.
plus sages, que la chose me parait possible et utile. 11 est e effet hors de doute, au train dont vont les choses, que TAfriqu va être, avec une rapidité vertigineuse, mise en exploitatio] par les nations civilisées, qui ont besoin d écouler le trop plein de leur population et de leurs produits. Ce n est pa* sans doute de sitôt que le Sahara, modifié par la civilisatioi intensive, deviendra une contrée peuplée et prospère. Mais avant un demi-siècle, sans doute, si les explorateurs ont di vrai, les rives du Niger et plus encore les environs du Tchac compteront parmi les pays les plus riches du monde. Pour quoi donc le chemin de fer qui serait leur instrument d^ trafic, ne pourrait-il pas payer ses frais? Surtout s'il servai en même temps au transport des troupes et des munitioa chargées d'assurer la domination des nations européennes On a parlé de la concurrence de la Bénoué, On oublie qu lorsqu'on aura vaincu les obstacles jusqu'ici insurmontable qui séparent le Tchad de cette rivière, il faudra encor compter avec l'irrégularité du régime de ses eaux et avec le transbordements successifs.
L'idée de relier le Niger et le Tchad h l'Algérie par une vo i ferrée est donc une idée juste en soi. 11 reste maintenant faire les calculs de rendement. Possédons-nous à l'heure a.< luelle des éléments suffisants pour les établir? Je ne le cro pus. Et cela, non pas parce qu'une partie de la route mènr est entièrement inconnue, mais parce qu'il est nécessaire c: savoir au préalable où l'on aboutira et dans quelle situatio économique et politique se trouveront les pays h desservir p^ la station terminale.
Le chemin de fer de l'Algérie au Tchad n'a de raison d'êti sérieuse que s'il peut drainer commercialement, dès le débu les produits de l'Afrique centrale. Or cela ne peut être qu la condition d'aboutir en terre française. Qu'irions-nous faîi là-bas, si nous nous trouvions en présence de territoires f(e mes en fait, sinon en droit, à nos entreprises?
On dit : mais le chemin de fer lui-même, comme le Tra:^:^
Vues densemble. <8?
^îaspien, sera un instrument de conquête. La situation, en Asie et en Afrique, n'est pas du tout la même : dans les conditions les plus favorables, ce n'est pas avant un assez bon nombre d'années que le Transsaharien pourrait aboutir au Tchad. Or, d'ici là il y aura beau temps que les territoires qui avoisinent le lac seront partagés entre les nations européennes. Si donc, par l'effort de Crampel et de ses successeurs, le riche bassin du Chari nous appartient, et si la communication est politiquement établie entre l'Algérie et le Congo, oui, alors, il faudra nous hâter de construire ce chemin de fer qui ne saurait arriver à temps pour aider à notre conquête, mais qui sera un instrument merveilleusement propice pour l'affermir et la développer.
Sinon, si le Tchad ne devient pas un lac français, je ne crois pas à la vitalité prochaine d'une voie ferrée, au moins dans cette direction.
L'entreprise du Transsaharien doit donc être entièrement subordonnée à la conquête de la région comprise entre l'Oul>anghi et le Tchad, objet immédiat et nécessaire de nos efforts. Et je crois même indiquer une solution juste en disant que la compagnie qui se chargerait de la construction du Transsaharîen pourrait trouver un sérieux encouragement dans la concession de certains avantages visant le bassin du Chari.