‹ A la conquête du TchadChapitre 15 sur 33 · L^EXPÉDITION DU TOUAT ET DU TIDIKELT · texte numérisé non relu

L^EXPÉDITION DU TOUAT ET DU TIDIKELT

Paut-il conclure de ce qui précède qu'il n'y a rien d'immé- ^iài à tenter vers le sud de l'Algérie, dans le sens de la pé- '^^tration saharienne, avant que les rives du Tchad soient

^^finilivement attribuée

A.U contraire, un acte s'impose à nous avec un caractère

dm ^ *

^Cnpérieuse urgence : c'est l'occupation du Touat et du

*^ikelt. Les populeuses oasis de ces régions forment la

^J:iendance immédiate et naturelle de nos possessions ac-

tuelles; elles nous séparent du pays des Touareg avec lesquels elles entretiennent des relations permanentes et à qui elles servent de centre d'approvisionnement à Touest, comme Ghadamès et Ghat à lest. Elles serventaussi de refuge à tous les agi).ateurs qui s'enfuient de T Algérie. Enfin elles menacent de se placer sous la domination d'une puissance étran- — gère qui nous barrerait ainsi la route du Sud.

Nous avons trois raisons d'occuper le Touat et le Tidikelt : ir

D'abord. la raison de sentiment : c'est ici le lieu de repro .

duire un document que j'ai récemment publié et qui établit*^ t la participation des chefs d'In-Salah (principale oasis dim^^i

Tidikelt), dans tous les crimes qui ont été commis au détri

ment de nos compatriotes.

« Au commencement de Tannée 1886, les notables du Tidi- ^kelt se trouvaient réunis en assemblée extraordinaire sous 1 présidence d'El Hadj ABd-el-Kader ben Badjouda, Tun des chefr les plus importants d'In-Salah. Il s'agissait d'une affaire impo tante. On venait en effet d'apprendre qu'un voyageur françai ' un officier, se trouvait à quelques journées de là, au »Touat, i qu'il se proposait de venir jusqu'à In-Salah. Quelle condui devait-on tenir dans la circonstance? Tel était l'objet de la délr bération de cette grave assemblée, qui comprenait, outre la dj maa d'In-Salah, les chefs les plus considérés de tout le Tid kelt(l).

« Les avis étaient partagés; un petit nombre opinait po qu'on laissât passer l'officier sans l'inquiéter, comme on Tava-^ :ît fait autrefois pour le major Laing et pour Gerhard Rohifs, ^st qu'on ne donnât pas aux Français un nouveau grief contK^e In-Saiah.

« Les autres au contraire étaient d'avis qu'on Tempèchàt, pai^r tous les moyens de venir J on avait pu autrefois laisser en paî^

(1) Étaient présents, notamment, le frère d'Abd-el-Kader ben Badjouda, Hadj Mohammed ben Badjouda; son fils Bou-Amama; El Hadj Ahmed RherdaX^^ des Oulad Bahamou ; El Hadj Mahmoud Mohammed. ben Selmi, des Oulad Mokht^^^ ^ Ould Ahmadou, du ksar d'Ingher; Sidi Kaddour, du ksar de Timboatem; El H^t^^^^ Mohammed ben Scfrcd, du ksar Djedid (Aoulef) ; Ahmed Daha, des Zaouîet HatnoL»-^*^^ ' Bou Naama de Takarraft (Aoulef) Sidi Djelloul; Mohammed Ould Sidi el Habi Moulay Chérif ; Moulay Izzin, El Medbouha des Cheiirfa du Touat.

Ws voyageurs européens, parce qu'ils étaient Anglais et Allemand (1). Mais il n'en était plus de même pour un Français qui pourrait, si on le laissait voir le pays et ses routes, revenir ensuite avec une colonne française.

« D'ailleurs, disaient-ils, ce n'était pas le renvoi de ce voyag'eur qui pourrait influer beaucoup sur les dispositions dé la France à l'égard du Tidikelt. N'avail-on pas déjà chassé Soleillet, qui était venu jusqu'en vue des oasis d'In-Salah et menacé Largeau, qui remontait l'Oued-Mia pour y arriver? N'était-ce point xin Oulàd Bahamou d'In-Salah, qui avait assassiné deux Pères blancs, près d'El Golea?

« Enfin, les gens d'In-Salah n'avaient-ils pas contribué, par leurs conseils, à lancer les Hoggar contre l'expédition Flatters, et n'avaient-ils pas eux-mêmes pris part au massacre du colonel, auquel assistaient un trentaine de Mehara des Oulad-Bahamou et du ksar d'Ingher? En vérité la mort d'un nouvel explorateur ne pouvait pas beaucoup modifier les dispositions des Français vis-à-vis d'In-Salah et d'ailleurs, s'ils ne s'étaient pas vengés des précédents aflronts, il n'y avait pas beaucoup de chances pour que ce nouveau les émût davantage. On avait donc peu à risquer sous ce rapport et, par contre, on gagnait peut-être encore plusieurs années de répit, durant lesquelles il pourrait surgir tels événements qui empêcheraient les Français de songer à In-Salah. « Ce fut donc la seconde opinion qui prévalut et, en se séparant, les chefs du Tidikelt s'en remirent à El Uadj Abd-el-Kader ben Badjouda du soin d'empêcher, de quelque manière que ce fût, l'officier français d'arriver au Tidikelt.

« Le chef d'In-Salah choisit un homme sûr, le propre fils de sa sœur (2) et l'envoya au Touat pour qu'il s'y mît, comme guide, ^ la disposition de l'explorateur français.

(1) Le major Laing et Gerhard Rohlfs. Tous deux avaient été reconnus pour des ^•uropéens. Gerhard Rohlfs le déclare, pour ce qui le concerne, dans son ouvrage. ^ ^utre part, Barth et le docteur Lenz, disent que te major Laing ne déguisait pas ■^ nationalité.

^ (^) C'était le nommé Abd-el-Kader Ould bou Addi. Il s'adjoignit trois Oulad Bahar

^ ksar Djedi(i Ae TAoulef, un indigène d'Ingher et un d'Akabli, et alla au Touat,

^ U se fit mettre en rapport avec le lieutenant Palat. Celui-ci, auquel on le recom-

^ï^dait, le choisit comme guide avec un de ses affidés. Les autres restèrent en

'^'^i^re, pr^s à toute éventualité. '

I '^près l'assassinat, le neveu de Badjouda revint à In-Salah ; mais quand on lui

*^anda Tor et lès effets précieux du voyageur, qu'il devait rapporter, il ne donna

I . ^ 50 francs. Palat n'avait, en effet, presque plus rien. On crut qu'il avait fait

^f^firaltre le reste, on l'emprisonna, on le bâtonna et on le marqua du feu comme

« Quelques jours après, le Tidikelt apprenait la mort du liei tenant Palat, assassiné par son guide dans TOued Âfflissar, à tro journées d'In-Salah.

« En 1889, un autre explorateur français, Camille Douls, aus téméraire que son devancier, s'avançait vers le Niger. Il vena de traverser le Touat sans être inquiété par les populations pac fiques du pays, bien qu'on Teût reconnu pour Français, et ton faisait prévoir que son voyage, commencé heureusement, s'ac complirait avec facilité.

« Mais il avait compté sans In-Salah !

« En arrivant à Toasis d'Aoulef, à trois journées d'In-Salah les guides touareg qu'il avait pris furent instruits de ce qu'il avait à faire quand on conduisait un Français dans le Tidikelt e le 6 février 1889, pendant qu'ils étaient en marche entre les oasi d'Aoulef et d'Akabli, ils profitèrent d'un moment de repos d Camille Douls pour l'étrangler.

« Les ossements de Palat et de Camille Douls ont été rapporté? mais ces courageux explorateurs n'ont pas été vengés. La poigne de marchands d'esclaves et de bandits qui domine à In-Salah s croit désormais sûre de l'impunité. Notre indiflTérence leur don nant raison en apparence, les populations du Touat et du Tidi kelt se courbent sous leur domination et nous ferment les route du Sud. Les bandits encouragés méditent même de reprendr l'offensive et chez eux Bou-Amama recrute des troupes pour nou attaquer.

« Peu d'efforts suffiraient à mettre à la raison ce foyer de bri gandage et de rébellion; nous assurerions du même coup notr domination sur le Touat et le Tidikelt, nous ouvririons les chc mins du Sud et nous prendrions contact avec les Touareg, qu dès demain dépendraient de nous.

« Pourquoi les préparatifs faits contre In-Salah n'ont-ils pa servi? Pourquoi l'opinion n'exige-t-elle pas que Flatters, Palal Douls, les Pères blancs, soient vengés, que le Touat ne puiss plus servir de refuge aux intrigues de nos ennemis et peut-êtr de thème aux prétentions du Maroc et de ceux qui le mènent Pourquoi? Pourquoi? »

Telles sont les raisons sentimentales et de police, pou ainsi dire, que nous aurions d'aller au Tidikelt.

voleur. Mais, en réalité, il n'avait presque rien pris. Plus tard, on retrouva sur corps de Palat une ceinture qui contenait un peu d'or.

Néanmoins, je l'ai dit, les motifs qui précèdent ne sont ni les plus importants ni les plus urgents. C'est surtout Vattitude du Maroc qui nous oblige à établir notre dominalion effective sur le Touat et le Tidikelt.

Le traité de 1845 a reconnu l'indépendance absolue de la région du Touat, qui d'ailleurs, géographiquement, ne saurait relever du Maroc. Tout au plus le sultan de cet État exerce-t-il une suprématie religieuse sur la plupart des habitants des oasis. Sans doute, il n'aurait pas de lui-même, s'il n'y avait été invité, cherché à modifier la nature de ces relations. Mais il faut signaler ici l'intervention de certaines puissances européennes qui, dès 1870 et depuis lors, notamment iors de l'occupation de la Tunisie et de la révolte de Bou- Amama, s'efforcèrent de nous créer des difficultés dans le Sud- Algérien. Comme cela serait commode, si, par l'intermédiaire du Maroc, un foyer permanent de fanatisme et de haines antifrançaises était installé parmi les deux cent mille habitants des oasis du Touat et du Tidikelt et si les ksouriens pouvaient être au bon moment lancés contre nous ! Aussi a-t-on persuadé au sultan du Maroc qu'il était de son intérêt de transformer en souveraineté réelle, Tinfluence religieuse qu'il exerçait sur ces régions. Depuis dix ans, cette entreprise se poursuit avec ténacité, sans que jusqu'ici nous ayons rien fait pour sauvegarder nos intérêts si gravement menacés. Mettant à profit les divisions locales, les passions religieuses, le ^^Itan a provoqué de la part de quelques ksours, des démarches réitérées pour l'établissement de sa suzeraineté. Des ^^ttres ont été échangées entre eux et lui ; il a reçu à Meknés, ^'^ 1887, une délégation chargée de lui offrir la soumission ^ Touat; ayant été informé que la France n'admettrait pas ^^t envahissement derrière ses territoires, il a cependant '^^Voyé une mission chargée de parcourir les oasis. Elle a "^i^oué, mais la tentative sera renouvelée.

C!^s empiétements du Maroc constituent à mon avis, pour "'Algérie, la plus grave des menaces. L'annexion du Touat au

Maroc limiterait notre possession au sud par une frontière étrangère et nous enlèverait toute action future sur le Sahara. 11 faudrait renoncer à notre eppire d'Afrique el se résoudre à demeurer sous le coup d'une perpétuelle menace du désert.

Pour toutes les raisons que je viens d enumérer, il faut que la France ocêupe le Touat et le Tidikelt. D'ailleurs, cela devient de plus en plus nécessaire à notre propre sécurité : l'ancien organisateur des massacres de Saïda, le chef de l'insurrection du Sud-Oranais, Bon-Amama, entretient dans toute la région des oasis, où il s'est réfugié, une agitation de jour en jour croissante. Des attaques isolées se produisent à chaque instant dans le Sud, où il ne règne plus aucune sécurité. Je sais de bonne source que Thiver dernier, roccupatio d'In-Salah était décidée; hommes et matériel, tout étai prêt, puis tout à coup un contre-ordre est venu et l'on s'es , ravisé. Pourquoi?

Sans doute, toujours pour la même raison, par peur d r « opinion » ; je veux dire des attaques de quelques personnelspour qui la critique des entreprises coloniales est simplemenf j un argument d'opposition.

Or, quoi que fasse un ministère, ces mêmes personnes n^ seront-elles pas toujours acharnées conlre lui? Et puis cikt sommes-nous à ce point qu'un ministre ose mettre en balanc -= son intérêt personnel avec ce qu'il sait être l'intérêt du pa\~~^ dans le présent et plus encore dans l'avenir?

De tous les sentiments que mettent en jeu les questio coloniales, je l'ai dit et je le répète avec une foi profonde, en est un qui est légitime : c'est le désir qu'ont les paysaL français de ne pas voir leurs enfants combattre involontair m^w/ ailleurs que sur le sol de la patrie continentale. Mais, attendant que.l'organisation tant attendue des troupes col niales donne satisfaction à ce sentiment, ne peut-on, pour 1 respecter, composer les troupes d'expédition au Touat ur quement d'indigènes cncadf es par des volontaires? Rien n'

Qu'on ne se représente pas, d'ailleurs, la pointe vers le Touat comme une opération dangereuse et difficile : si je conseille un certain développement de forces, c'est parce qu'on a chance, justement par ce moyen, d'éviter les combats. Envoyer une colonne dans les oasis; installer des postes de surveillance; en .dehors des, garanties d'ordre et de sécurité, ne gêner en rien l'indépendance des ksouriens, les laisser se gouverner comme ils l'entendent; entrer de là en relations pacifiques avec les Touareg, voilà le programme que la raison impose et que nos officiers du Sud-Algérien sont prêts à exécuter. Mais encore faut-il que le gouvernement — je veux dire l'opinion — le leur permette. C'est à elle à qui je fais ici appel.

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