FRANÇAIS
Qu'est-ce que le Congo français? Posez cette question au premier venu et il y a bien des chances pour qu'il vous réponde : « C'est un endroit où est allé iM. de Brazza ». Là se bornent les notions populaires et, ce qu'il y a de plus singulier, c'est que, si vous interrogez les gens au courant des choses d'Afrique, ils ne vous en diront pas beaucoup plus :
« Nous avions là, sur la côte, une vieille colonie, le Gabon. M. de Brazza est entré à l'intérieur; il a traité avec le roi Makoko, ce qui nous a donné d'immenses territoires. M. de Brazza est ainsi devenu, avant M. Trivier, 1' « émule de Stanley ». Les puissances ont reconnu notre nouvelle colonie; on lui a voté une subvention actuelle de 1200000 francs. On y a envoyé des fonctionnaires et nous n'en avons plus entendu parler. »
Cette appréciation est peut-être un peu superficielle, mais elle est assez exacte dans son ensemble. 11 n'y a, pour mettre les choses au point, qu'à préciser.
HISTORIOUE SOMMAIRE
Sans remonter aux découvertes géographiques des voyageurs portugais, je rappellerai que les premiers établissements officiels français au Gabon datent du milieu de ce siècle-
ci. Nous avions des comptoirs sur la côte: on y créa un poste de ravitaillement destiné à nos croiseurs de TAtlantique.
A partir de ce moment, les tentatives de pénétration vers l'intérieur se succédèrent presque sans interruption. Qui n a lu les récits attachants de du Chaillu (1855), que certaines exagérations — et l'absence de prétention scientifique — ont placés beaucoup plus bas qu'ils ne le méritaient dansl'estime des gens sérieux. Durant quatre années, du Chailli^^ chassa dans les parages de l'Ogooué : presque en même temp^ (ienoyer, puis, en 1862, Serval exploraient la même région, semblant avoir la prescience de l'importance qu'elle devait acquérir plus tard. Je citerai encore en passanl les pointes du commerçant anglais Walker et les recherches des officiers du Pionnier, dirigées par Tamiral Fleurîot de Langle.
Vers 1870, les voyageurs anglais et allemands avaient fo^é les problèmes des sources du Nil et du cours supérieur di3 r.ongo et ces problèmes passionnaient tous les esprits. Des deux côtés du continent, des explorateurs allemands; angljiiSi américains, français s'enfonçaient dans le continent noir poi:» r en chercher la solution.
A louesl, ce furent M. Marche et le marquis de Compiègrm^ qui, sans être mus par d'aussi grandes ambitions, poussèrem.1 le plus loin vers l'intérieur. Sans autres ressources qu ux^< maigre et tardive subvention de 1500 francs, donnée par lî Société de géographie, ils remontèrent, en 1874, le fleu^^< Ogooué jusque chez les Okandas, au delà du confluent ^< rivindo. Leur découverte produisit alors un grand effet nm^)rai et plusieurs personnes songèrent à tirer parti, dans l'i *térèt national, des territoires qui venaient d'être explorés*
Aussi lorsqu'on 1875, M. Savorgnan de Brazza, appuyé p^^r l'amiral de Montaignac, alors ministre, résolut de reprendre l'exploration de l'Ogooué, put-il trouver des concours noxnbreux et eflicacics. MM. Marche et Ballay Taccompagnaie ï^t- Sans arriver jusqu'au (longo, il lui fut du moins [/ossible <1^ pousser trèsloin sa reconnaissance versrintérieur(juilletl8T ^)
A Ja même époque, Stanley, parti en 1874 de Bagamoyo, tTectuait son étonnante traversée de l'Afrique et résolvait le )roblëme du Congo. Celte merveilleuse suite de découvertes causait dans le monde un étonnement universel. Notre amourpropre national, ne trouvant pas matière à s 'enorgueillir dans la comparaison des faits accomplis, opposait aux res'sourcesénormes de l'aventurier américain, à sa brutale trouée au travers des populations noires, les modestes moyens d'action de la mission française et ses procédés pacifiques. C'est ainsi que par contre-coup l'opinion, jusqu'alors assez indifférente, commença de s'intéresser à nos entreprises entre l'Atlantique et le Congo.
Le roi des Belges, aidé par l'Association internationale, îu'il avait fondée, confiait alors à M. Stanley la mission de
créer, sur l'autre rive du fleuve, un véritable empire-. Le gouvernement français, quoiqu'il fut, comme toujours, assez mal ''enseigné sur les choses d'Afrique, ne pouvait demeurer odifférent aux avertissements de ceux qui lui montraient des erritoires si faciles à conquérir. M. deBrazza, mieux pourvu le ressources, partait de nouveau en décembre 1879, suivi de ^.Ballay. En même temps, le lieutenant de vaisseau Mizon, nvoyé par un comité particulier, allait agir dans le même tens.
Les trois jeunes officiers déployèrent, pendant plusieurs innées, une admirable activité. En 1881, M. de Brazza réussissait à atteindre le Congo, et l'on peut dire que, par cette [X)inte hardie vers l'intérieur, la nouvelle colonie française était fondée. Il restait k la développer. C est a quoi M. de Brazza s'employa avec une remarquable habileté. Laissant Mm. Ballay (descente de l'Alima, 1883) et Mizon (traversée parterre de Franceville à Mayoumba) continuer l'œuvre com- Dîune, il revint à Paris recueillir les fruits de son intéres- ^nte expédition.
"iussi adroit diplomate que bon voyageur, il commença ^^ véritable campagne de conférences : un chef de village,
iU A LA CONQUÊTE DU TCHAD.
Makoko, devint, par la consonance comique de son nom, extrêmement populaire. L'opinion le sacra bientôt chef d'immenses régions et pensa qu'il nous avait concédé toute une colonie. Le pauvre Makoko, chef de quelques nègres et propriétaire de cabris peu nombreux, n'a jamais soupçonné qu'il possédât en France une telle popularité! M. Brazza laissa croire tout ce qu'on voulût et il eut raison \ Qu'importe que Makoko fût ceci ou cela : il fallait que, par u fait tangible, l'opinion publique apprit à s'intéresser à notr colonie du Congo. Makoko a plus fait pour cela que les t vaux de dix explorateurs. Gloire à Makoko !
Notre colonie naissante eut tous les bonheurs. Le mome n'était pas favorable aux entreprises coloniales : elles co mençaient à devenir des arguments de polémique contre Tle parti au pouvoir. Mais justement le Congo eut la rare chan^ire d'être cité en exemple par les opposants. De même que M. <dle Brazza avait été mis en parallèle avec Stanley, on dressa la « conquête économique et pacifique » du Congo contre « l'ave kture ruineuse et sanglante du Tonkin ». Et alors que sur tc^mis les murs de France, des additions électorales relèvent mi™.iitieusement les moindres crédits affectés à nos possessions d'Extrême-Orient, qui a jamais songé à reprocher au Coim^o français les 1 500 000 francs qu'il absorbe annuellem€3fll depuis 1882?