CONCLUSIONS
^^ pourrais consacrer de longues pages à célébrer les richesses naturelles de la région du Tchad : il me suffirait aouvj*i|. au hasard et de citer un des voyageurs qui l'ont "^^sitée : Denham, Clapperton, Overweg, Barth, Vogel, Beurr- ^^nn, Nachtigal.
^Isiis il ne s'agit pas actuellement d'exploitation; il s'agit ^^ Conquête, ou, pour parler plus exactement, de terri- '^^^ï'es à placer sous notre influence, au moment où les nations ^^^^Hsées se partagent l'Afrique. De bien minimes efforts suffi- '^^^nt pour atteindre ce résultat si enviable : un peu d'appui ^^ï^n^ à Paul Crampel, peut-être une concession accordée ^^-dolà du 4* degré nord à une Compagnie munie d'une
charte et opérant librement à la façon des grandes eompa.^ gnies anglaises, sous le contrôle direct d'un commissaii du^ gouvernement français.
Je citais tout à Theure la ll usion d'Elisée Reclus ayx Inde ; les laisserons-nous une fois encore nous échapper? L Jexem] même du passé atteste (^ue les gra njjfiS^ompagDJ n e^ s; pas chez nous si difficiles à former, pourvu que ce soie^ji réellement des compagnies commerciales et agricoles et qu'uxK spéculation financière ne vienne pas, au point de départ, les frapper de stérilité.
J'entends dire de toutes parts qu'on ne sait que faire chez nous des capitaux qui sont trop abondants et qui demeurea t sans emploi. Quant aux bonnes volontés, elles ne sont pas rares non plus : le développement subit de l'instruction gratuite, l'évolution industrielle, une série de causes qu'il serait trop long d enumérer ont créé une foule de déclassés dont l'ambition inassouvie est chez nous un danger et peut-être, en Afrique, une source de fortune et de grandeur nationale.
SENEGAL ET SOUDAN
Le Sénégal proprement dit appartient à la catégorie des vieilles colonies, que je n'ai pas ici à étudier. Au nord, il est séparé des possessions espagnoles par une ligne qu'il faudra irrêter dans l'intérieur. Les enclaves de la Gambie anglaise ît de la Guinée portugaise sont délimités.
Il en est autrement des Rivières du Sud. Malgré le traité le protectorat conclu avec Samory par le capitaine Péroz, Qalgré d'autres conventions passées avec des chefs moins apportants, les Anglais n ont pas renoncé à étendre vers intérieur soit leurs possessions de Sierra-Leone, soit la é publique de Libéria, dans laquelle ils exercent une ^fluence occulte. De nouvelles missions nettement limitatives -ï*aient fort utiles.
Sur la Côte de fJ voire, de sérieux efforts ont été faits dans -s dernières années. Néanmoins les traités passés avec les >^«fs de la côte auraient besoin d'être appuyés par de nou-
— 51UX voyages ; déjà les habitants de Libéria prétendaient
— culer à nos dépens leur frontière au delà du Rio Cavally.
Plus loin, les Anglais de Cape Coasi Castle et les Allemands ^ Togo font de vigoureuses tentatives pour s'étendre vers, intérieur à travers le pays des Achantis et le Gondja. Il faut ^ hâter de faire valoir les droits que le magnifique voyage du ^^pitaine Binger a donnés à la France et relier Grand-Bassam ^\i Dahomey par une ligne limitative des Achantis et de Togo,
puis prolonger notre zone influence en ligne directe du D^ ^ homey jusqu a Say sur le Niger, à travers le Gourma.
Voilà pour la côte.
A rintérieur, entre le Haut-Sénégal et le Haut-Niger, noLj^ marche en avant se poursuit avec le caractère d'une véritah::^::: conquête militaire. Bien des systèmes ont été successiveme^û employés : traités avec les grands princes musulmans, opgi^osition des Bambaras fétichistes et des Toucouleurs mus^^j. mans, politique défensive et politique offensive. Le résultat flnal a toujours été le même : nous avons lutté les armes à la main contre des adversaires redoutables et qu'il eût été peut-être difficile de réduire autrement.
J'ai étudié très attentivement pour ma part tous les doci*--ments relatifs à la conquête du Soudan. Bien que partisa^^ des méthodes pacifiques, je déclare que je ne vois pas trè^ bien comment il eût été possible de procéder autremen " qu'on ne Ta fait dans cette région. Lies actes même qui ot0^ été les plus critiqués, peuvent se justifier assez aisément. Par '^ exemple la construction du chemin de fer de Kayes à Bafoulabé n'était point une si mauvaise idée qu'on l'a proclamé après coup, et tel économiste indigné ne se doute pas, lorsqu'il suppute le prix de revient du kilomètre de rails, que partie des fonds a servi en réalité a construire des forts qui durent encore et qui ont rendu d'immenses services. Sans le prétexte du chemin de fer, jamais ces subsides si indispensables n eussent été accordés.
Lorsque je compare ce qui a été fait depuis moins de trente ans dans le Soudan français avec les ressources dont on a disposé en hommes et en argent, je me sens rempli d admiration pour les officiers qui ont conduit ces habiles campagnes de guerre ou d'exploration.
sabre » est chez nous un vieux reste des temps passés. Ma^^^jj, le préjugé a survécu aux raisons qui l'ont fait naître. Qui (^najif administration par les ofHciers ne dit pas recherche d^^^.^ occasions de combat. Il faut au contraire que nos officie:^-^^^ coloniaux soient bien pénétrés de leur véritable rôle. Ils d^i^^j. vent être en général des administrateurs justes, intègr- ^^ impartiaux et exceptionnellement seulement doivent re^Kievenir des combattants. Je ne prétends point que Ton se ^==^oil toujours placé, au Soudan, à ce point de vue, qui est le b^oo. Mais je crois que très peu de chefs ont recherché les comblais sans utilité générale et de propos délibéré. En revanche, ÏM. ne faut pas oublier que les corps de troupes ont généraient ^nl été précédés d\m réseau d eclaireurs : négociateurs, explorateurs qui sont allés seuls, au loin, proposer loyalement la pâ/\ aux chefs indigènes. Quoi de plus admirable que l'histoire des missions de Mage, du colonel Gallieni, du capitaine Péroz et toutes celles qui se poursuivent en ce moment? Et l'explora^ tion du capitaine Binger, petite par ses moyens, grande pa^--^ ses résultats, ne prouve-t-elle pas que les officiers de larme ^ française actuelle comprennent autrement leur rôle qu on n^ rimagine parfois dans le public?
Les opérations du Soudan où notre plus dangereux ennemi. -^'' la maladie, a pourtant fait tant de victimes, n'ont jamai*^ -^^ été impopulaires en France. Cela tient à ce que les soldatsr --^ français y sont en petite minorité ; l'immense majorité de-^ '^ troupes étant indigènes.
Tout le monde parle, en France de la création d'uo^ ^ armée coloniale. Dieu sait quand elle sera constituée! fc-^t pourtant nous avons un empire colonial de jour en jour plu::» 5=^ immense et jamais, dans une démocratie comme la nôtre, cnni n'admettra que des enfants arrachés du sol par la conscrL
tion, puissent être envoyés au loin avec tant de chances de ne point revenir. C'est de là que vient la réelle impopularité de notre entreprise tonkinoise, pourtant si belle, si Ton savait en tirer parti. Dans le moindre village, on cite le nom d'un pauvre diable qui est mort là-bas, sans avoir demandé à y aller. Et cela indigne profondément. La question budgétaire, au contraire, laisserait les gens assez indifférents : il y a bien longtemps en France, que le contribuable ne se plaint plus d'être tondu.
Il est donc fort heureux pour le Sénégal et pour l'avenir colonial de la France que les milices indigènes aient eu le plus souvent à supporter le lourd fardeau de nos conquêtes. Mais la même crainte d'émouvoir l'opinion a généralement empêché d'entretenir là-bas des forces suffisantes. C'est merveille que jamais, dans une seule rencontre, nous n'ayons été battus, que jamais un de nos postes n'ait été enlevé. Il a fallu pour cela des efforts surhumains. Mais il serait imprudent de jouer trop longtemps avec le feu. Si les fanatiques musulmans, cent fois battus, se soulèvent encore contre nous à la ^oin du premier marabout venu, quelle immense popularité ïï 'acquerrait pas celui qui aurait le prestige de nous avoir défaits, fût-ce dans la lutte la plus disproportionnée !
^uand on fera l'histoire de la conquête du Soudan français, ^^ faudra toujours rappeler les entreprises de l'illustre René ^«-illié (1827-1828), de Ange Raffenel (1846), de Hecquard (* 851), de Mage (1860). Elles étaient déjà comme les reconnaissances d'avant-garde de la guerre que soutenaient nos ^^lonnes du Sénégal et qui se terminait toujours par des ^^^toires, par la marche en avant.
Je crois utile de rappeler dans cet ouvrage de vulgarisa- *^tà, un des plus émouvants épisodes de ces rudes campagnes
qui devraient être aussi populaires chez nous que le sont les souvenirs de la conquête de TAlgérie. C est le récit du siège /;y de Médine, que j emprunte au livre du capitaine Pietri : les Français au Niger (I). Rien ne saurait, à mon avis, donner une impression plus exacte de la manière dont s'est opérée 1 ' l la conquête du Soudan.
ja-