LE COMITÉ DE L AFRIQUE FRANÇAISE
MM
Georges Patlnot ; "
H. Percher;
Léon Permezel, membre de la chambre de commerce de Lyon, membre du Conseil supérieur du commerce ;
Henry Pereire, ingénieur;
Georges Picot, membre de Tlnstitut ;
Joseph Reinach, député ;
MM
J. Charles Roux, député de Marseille ;
Siegfried, député du Havre ;
Armand Templier;
Le vice-amiral Vignes, chef d'état-major général du ministre de la marine;
Le \icomte E. Melchior de Vogué, membre de TAcadémie française.
Le Comité nommait le bureau suivant :
Président : M. le prince d'Arenberg ;
Vice-présidents : MM. Siegfried;
Melcuior de Vogué ; Secrétaire général : M. H. Percuer (Harry Alis) ; Trésorier : M. Armand Templier; Trésorier adjoint : M. Georges Patinot.
Et il adoptait ce très simple règlement :
Le Comité de l'Afrique française se compose de membres titulaires ^ ^ de membres correspondants.
Les membres titulaires résident à Paris et ont seuls voix délibéra- ^^e. Les membres correspondants résident en province ou dans les 5^*^lonies, ou même à l'étranger; ils peuvent siéger au Comité lors de ^^i» passage à Paris.
l^es uns et les autres doivent être de nationalité française.
^ l^our être membre titulaire ou membre correspondant du Comité,
^® Être présenté par le bureau du Comité ; V Réunir au moins les deux tiers des voix du Comité.
Xe Comité a pour auxiliaires des souscripteurs. Est souscripteur a droit au service du Bulletin toute personne qui verse pendant nnée une cotisation quelconque.
Le Comité se compose d'un président, de dei|x vice-présidents, d'un secrétaire général, d'un trésorier et d'un trésorier adjoint, nommés pour trois ans par le Comité, mais dont le mandat est toujours renouvelable.
Le Comité se «divise entre les commissions suivantes : ' Commission administrative composée des membres du bureau ; Commission d'exploration nommée par le Comité ; enfin quatre commissions d^études^ouT lamiseen valeur des territoires français, savoir: Commission de TAlgérie-Tunisie ;
— du Soudan français ;
— du Congo français ;
— de Madagascar, des Comores et d'Obock.
Chacun des membres du Comité peut à son choix faire partie d'une ou plusieurs commissions d'études. Chacune des commissions d'études choisit son président et son secrétaire.
Le Comité de l'Afrique française se réunit au moins une fois le deuxième jeudi de chaque mois, et plus souvent si le bureau le juge nécessaire. Il statue sur les propositions des diverses commissions et de son bureau.
Comme on le voit, tout, dans cette organisation est aussi simple que possible. Les frais sont extrêmement réduits, de façon que presque toutes les ressources puissent être consacrées aux entreprises africaines d'utilité pratique.
C'est là en effet, l'objet précis dû Comité. Avant lui des associations fort intéressantes et fort utiles, la Société de géographie, la Société de géographie commerciale, d'autres encore rendaient indirectement de grands services au pays : mais leur organisation même ne se prêtait point à l'action énergique spécialement nécessaire en Afrique, et elles ne disposent pas d'ailleurs des ressources indispensables pour travaillera la réalisation du plan d'expansion dont j'ai tracé les grandes lignes au cours de ce volume.
Dès sa constitution, le Comité de l'Afrique française a pu»
L'EXPEDITION DYBOWSKI
La situation de la région comprise entre TOubanghi et le T'cîhad devait appeler, en premier lieu l'attention du Comité. * '-'est dans cette contrée que I^aul Oampel doit se trouver h l'heure actuelle. Mais d une part, il ignore vraisemblablement <^e qui s'est passé en Europe depuis son départ, notamment le traité anglo-français et, si les courriers envoyés à sa poursuite ne le rejoignent point, peut-être persistera-t-il dans Son dessein de revenir par le Nord. D autre part, qu'est-ce que cette petite mission, perdue au milieu de ces régions inconnues? Ce sont des contrées trois ou quatre fois grandes oomme la France, qu'il s'agit de reconnaître et de placer 5^ous notre influence. Pour arriver à ce résultat, il y faut €^xercer une action persévérante, continue.
Le Comité de l'Afrique française décida d'organiser une
^ïiouvelle expédition qui suivrait exactement le même chemin
^ue Crampel, tâcherait de le rejoindre et de se placer sous ses
«rdres, et, en tout cas, ferait acte d'occupation effective dans
Ja vallée du Chari. Un programme précis, proposé le
^6 décembre 1890. — quinze jours après la création du Co-
^*Uité — par la commission d'exploration, était aussitôt adopté
ï^çir le comité. M. Jean Dybowski, maître de conférences à
J^ École d'agriculture de Grignon était choisi pour diriger
•^ ^expédition.
Il eût été, à mon avis, difficile de faire un meilleur choix.
2f,6 A LA CO>01 ÉTÉ DU TCHAD.
Durant la période des préparatifs qui onlété menés avec toute la discrétion nécessaire, j'ai pu connaître et apprécier M. Dybowski. H a toutes les qualités d'un véritable explorateur, ("est en même temps un esprit distingué el sérieux. H a du reste fait ses preuves, au moins au point de vue scientifique, au cours des deux petites explorations qu'il a conduites sur la lisière du Sahara septentrional. Les résultats de ses recherches ont été signalés avec éloge à F Académie des sciences. En dehors du but politique, qui est son premier objectif. ^1. Jean Dybowski peut donc rendre de grands services au point de vue scientitique : ses connaissances en histoire naturelle, notamment, seront particulièrement précieuses, dans un pays dont les ressources sont encore presque complètement ignorées.
Deux seconds onlété adjoints à M. Dybowski • M. Brunache, administrateur adjoint dans la province de Constantine, dont la collaboration est comme celle du chef de mission entièrement gratuite, sera plus spécialement chargé du campement et (le la caravane; M. Bigrel, commis des contributions indirectes à Quimper, ancien sous-oflicier d'infanterie de marine ayant fuit campagne sur le Haut-Fleuve, au Soudan, commandera rescorlc. Enfin, la maison Daumas, qui possède des établissements dans le Congo français et dans TEtat indépendant, doit adjoindre au moins un de ses agents à la mission Dybowski pour faire, à ses risques et périls des essais commensaux au Xord de TOubanghi.
Je (lois déclarer ici que lentreprise privée si bien conduite, au moins durant sa période préparatoire, par le Comité de l'Afrique française a re(;u le plus bienveillant concours de presque tous les ministres, corps constitués ou particuliers qui ont été mis au courant de Tœuvre patriotique qu'elle allait accomplir. Je suis heureux de pouvoir rendre ici hommage au sous-secrétariat d'État des colonies, aux ministères des affaives étrangères, de Tagriculture, de Tinstruction publique, de la guerre, de la marine, des finances, au gou-
M. Dybowski s'embarquait lui-même le 10 mars. Nous craignions fort que le court espace de temps laissé à M. Bigrel ne lui eût pas pennis de remplir son office et que la mission ne fût, comme celle de Crampel, arrêtée un mois au Sénégal. Heureusement, il n'en a rien été : en arrivant à l^akar le 21 mars, M. Dybowski y a trouvé quarantedeux laptots recrutés par son second.
A l'heure où j'écris ces lignes I juin I891),après avoir reçu un excellent accueil de M. de Brazza, la mission est arrivée à Loango d'où elle s'est mise en marche vers Brazzaville. Dans quatre mois, elle sera au coude nord de TOubanghi, prête à rejoindre Crampel et à planter notre drapeau sur les rives du Chari.
La mission Dybowski se compose de :
MM. Jean Dvbowski, commandant;
Brunache, premier officier, chef de caravane ; Bigrel, second officier, chef d'escorte; Chalot, préparateur d'histoire naturelle;
Quarante-deux laptots sénégalais, armés de fusils h tir rapide. •
Elle recrutera chemin faisant tous les porteurs qui lui seront nécessaires.
La mission Dybowski, à peu près égale en force à la mission Crampel, est beaucoup mieux approvisionnée en matériel, en vivres et en marchandises. Ses instructions — cela va sans dire, puisque c'est la tradition française — lui prescrivent de ne recourir aux armes qu'à la dernière extrémité, de ne jamais rien prendre de force aux indigènes, de tout payer, au contraire, exactement en marchandises. A ce dernier point de vue, d'ailleurs, la présence de commerçants auprès de la mission en accentuera encore le caractère pacifique.
Pour le succès de celle entreprise patriotique, le Comité de l'Afrique française a dépensé jusqu'à son dernier" sou. Il a fait largement son devoir. C'est maintenant à tous ceux quL
L'EXPÉDITION DYBOWSKI. 269
s'intéressent à l'avenir de l'Afrique française de faire le leur et de lui prêter leur concours.
En Allemagne, en Angleterre, on s'est beaucoup ému, dans
ces derniers temps, de nos entreprises vers le Tchad. Des
missions ont été organisées pour devancer Crampel. Malgré
l'appui officiel qui leur a été donné, elles ont toutes échoué,
/Anglais Mac Intosh au Bornou, les Allemands Morgen et
Zintgraf dans l'Adamaoua. D'autres se préparent. Mais elles
sont fort en retard et tout permet d'espérer d'une part que
Crampel conservera son avance, d'autre part que notre
gouvernement saura revendiquer, les droits que lui confère
l'initiative de nos nationaux. •
Encore faut-il pour cela que l'opinion se prononce et qu'elle comprenne — comme les Allemands et les Anglais Tont enfin compris — qu'il s'agit d'étendre notre influence sur Tune des plus belles régions du monde.