‹ A la conquête du TchadChapitre 27 sur 33 · MISSIONS SUR LA COTE D'IVOIRE · texte numérisé non relu

MISSIONS SUR LA COTE D'IVOIRE

Au cours (les études qui précèdent, j ai élé amené asîgnal^îr les diverses entreprises que Tinitialive privée pourrait et dfîvrait poursuivre sur la côte occidentale d'Afrique. L'une dos plus intéressantes est assurément celle qui concerne la côte entre Grand-Bassam et le Rio Cavally — et la partie de l'intérieur correspondante. Le Comité de l'Afrique française a eu à s'occuper successivement de trois voyages intéressants entrepris dans celte région, et dont le plan avait été préparé par M. le capitaine Binger et l'exécution facilitée par M. le c-apilaine Le Chatelier, deux membres du Comité qui lui rendent de précieux services par leur expérience, leur connaissance des choses d'Afrique et leur activité désintéressée.

Les expéditions, dans l'ordre où elles sont parties, sont les suivantes :

MM. Armand et de ïavernost; Quiquerez et de Segonzac; Ara go.

Tous ces jeunes gens sont des officiers de cavalerie à qui

pèse sans doute un peu la vie monotone du temps de paix.

Oes congés réguliers leur ont permis d'aller là-bas servir la

^Vance d'une manière plus active et plus dangereuse, et, ce

<ju'il y a de plus admirable, c'est qu'ils l'ont fait de leur propre

initiative et ])resque entièrement à leurs frais.

Ils avaient pour mission de remonter les rivières : Lahou,

Rio Fresco, Rio Pongro, Rio Cavally, dont lembouchure seule est connue.

fin a eu bientôt des nouvelles de la première mission : les journaux ont en effet publié, dans le courant de mars, les nouvelles suivantes :

u MM. Armand et de Tavernost, ont entrepris de remonter le Lahou et de pénétrer dans Tintérieur. Ils se sont trouvés arrêtés, ces jours-i*i, par le manque de vivres et par la nécessité de recruter un nouvel interprète. Tandis que M. de Tavernost demeurait au point quil avait atteint sur le Lahou. M. Armand redescendait à la côte. Là. il a été requis, par le résident français* de lui prêter main-forte pour sévir contre un village qui était entré en hostilités contre les protégés français. M. Armand, à la tête de vingt-cinq hommes, a pris le village d ass«iut : l ennemi a eu vingt-sept tués et quarantedeux blessés. M. Armand est ensuite reparti pour rejoindre son compagnon dans Tintérieur. >*

Malheureusement, à la suite de Tassassinat de deux commerçants français. MM. Voituret et Papillon, les jeunes officiers durent revenir à la côte, où ils se retrouvèrent avec MM. ôuiquerez, de Segonzac et Arago.

Bientôt, ils repartirent tous les cinq, remplis de courage et dVspoir. Hélas, l'un d eux — celui qui semblait le plus résistant do tous — M. nuiquerez devait être, peu de temps apivs, emporté en quelques heures par un accès de lièvre algido. 11 a, on tout cas, accompli son œuvre et, dans le cœur do tous ceux qui s'intéressent a lexpansion de la France en Afrique, mmi souvenir no |>érira (>oint —

Voici, à grands traits, le récit qui a été fait au retour de M, do Si*::on/ao :

Parti du Lahou a\oo son camarade, ils avaient d abord suÎNi la oôto, jusqu'au Rio tUivally, accueillis favorablement dans oortains \illai:os, à coups do fusil dims d autres. Par-

peints en guerre, et qu'un feu roulant commençait contre l'embarcation. Les indigènes sont aussitôt aflfolés. Les quatre Kroumen et les deux boys engagés dans le bas de la rivière se jettent à leau éperdument. Arrivés au bord, tous les six sont foudroyés, à bout portant, par le feu des Pahins.

Vainement MM. Quiquerez et de Segonzac s'efforcent de calmer les onze tirailleurs et les onze laptots qui leur restaient et auxquels le feu mal dirigé des indigènes ne causait pas grand mal. Us abandonnent les pagaies, se jettent sur leurs armes et commencent à tirer à tort et à travers. Deux des laptots sont tués. Pendant ce temps, la pirogue, sans direction, dérive vers les chutes. Finalement, l'embarcation , les 400 kilos de bagages et les vingt hommes sont précipités dans le gouffre...

Quand M. de Segonzac revint à lui, une heure plus tard, il était sur la rive droite, soigné par son ordonnance, le corps meurtri, une légère entorse à un pied, le bras cassé. Il apercevait sur l'autre bord son compagnon, guère mieux portant, qui pleurait de rage et de désespoir en présence de ce désastre causé par la stupidité des auxiliaires.

L'ordonnance de M. de Segonzac le transporta tant bien que mai sur l'autre bord, à la nage. La situation était effroyable : les deux jeunes officiers se trouvaient là sans armes, au bord de Tabime où gisaient tous leurs bagages, par six ou sept mètres de fond. Il pleuvait à torrents. Pourquoi les Pahins, qui les avaient attaqués cent mètres plus haut, ne les ont-ils pas massacrés? Cela demeure encore inexplicable. Le sergent indigène, terrifié à la pensée d'être tué, coupé en morceaux et mangé par les cannibales, voulait se suicider....

Toutes les tentatives faites pour retrouver une partie des bagages furent sans résultat. A onze heures du soir, M. Quiquerez était pris d'un accès de fièvre algide et emporté en trois heures, heureusement sans s'être vu mourir. M. de Segonzac demeurait seul, sans armes, grièvement blessé.

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