CONCLUSIONS
Du train dont vont les choses, on peut prévoir qu'avant que dix années se soient écoulées, l'Afrique entière sera partagée entre les diverses puissances européennes qui ont tourné de ce côté leur activité.
Dans cette course aux conquêtes la Grande-Bretagne a été, comme toujours, la plus ardente : elle tient la région nord-est des grands lacs, le Natal, le Cap; elle arrache aux Portugais le Matebeleland et le Machonaland ; elle* nous a supplantés au Xiger et s'arrondit à Sierra-Leone. Elle éprouve uno répugnance extrême à quitter l'Egypte. Il faut lui rendre cette justice qu elle n'est pas lente h mettre en exploitation les terï^itoires envahis; il n'y a guère qu'au Soudan oriental que sa clomination soit purement nominale.
L'Allemagne, si récemment colonisatrice, semble vouloir X^egagner le temps perdu : en quelques années, elle s'est taillé %rois empires : sur la côte orientale, au Damaraland; et, à ^^ameroun, elle enfonce à Togo un coin redoutable dans nos possessions.
Le Portugal défend vaillamment les restes encore grandioses de sa prédominance passée; les Belges ont fondé-le Congo . indépendant. 11 n'est pas jusqu'à Tltalie qui, péniblement implantée en Abyssinie, ne rêve des conquêtes plus voisines de la métropole.
Et nous, pendant ce temps, qu'avons-nous fait?
Nous n'avons pas reculé, certes, mais.il n'est pas une des puissances que je viens denumérer qui nait tenté des efforts plus considérables que les nôtres.
i\ous étions prédominants en Abyssinie ; nous l'avons laissée prendre aux Italiens. Nos missionnaires avaient les établissements les plus considérables dans la région des lacs ; ce sont les Allemands et les Anglais qui ont bénéficié de leur action civilisatrice. L'Egypte, arrosée de notre sang, fécondée par nos capitaux, tirée de la nuit historique par nos savants, l'Egypte sous la dure main britannique se détache chaque jour davantage de la France. Enfin — et c'est la blessure qui me saigne le plus au cœur, nous avons renouvelé à l'embouchure du Niger l'abandon des Grandes-Indes : quel empire nous aurions aujourd'hui si l'aide efficace du gouvernement, venant au bon moment, nous eût, à l'aide de sacrifices peu considérables, assuré le magnifique domaine qui s'étend de l'Algérie au golfe de Bénin !
Mais les regrets sont stériles. Ne songeons que pour en tirer leçon à ces déboires et rendons justice aux efforts qui ont été faits.
La Tunisie, province admirable, est venue étendre à Test le prolongement africain de la France. Aux portes de l'Abyssinie abandonnée, notre drapeau flotte encore à Obock, et je sais (le bonne source que si le gouvernement hésite sur l'extension à donner à nos possessions de la baie de Tadjourah , le commerce français, lui, n'a pas renoncé à la lutte.
Deux conventions récentes ont placé plus étroitement Madagascar sous notre protectorat. L'influence française s'implante là avec cette lenteur, mais aussi avec cette solidité qui a été la caractéristique de nos colonisations anciennes.
Des voyageurs diversement récompensés par la destinée, le marquis de (^ompiègne, Alfred Marche, Ballay, Mizon, M. de Brazza, nous ont conquis une autre province entre le Congo et la côte. Enfin il fiiut saluer, pour terminer cette énumération, tous les vaillants de la science, de Tarméeou ducom-
Quelques personnes âgées sont portées à sourire lorsqu'on parle de laclivité de nos nationaux. Eh bien, c'est que ces personnes sont demeurées étrangères à l'évolution profonde qui s'opère autour d'elles; elles n'ont pas vu se développer le goût des voyages ; .elles n'ont pas surtout réfléchi à la grande quantité de jeunes gens qui se sont subitement trouvés déclassés par la diffusion de l'instruction. Les situations, dans notre vieille France, n'ont pas augmenté dans la même proportion que les candidats pour les occuper. Un* grand nombre de gens se trouvent donc sans emploi, et comme ils répugnent à des métiers qu'ils jugent au-dessous de leurs facultés, ils peuvent devenir un danger dans l'Étal. Il fiiut ouvrir toutes grandes les portes de l'Afrique à leur activité.
Ils iront volontiers, car la vie libre de là-bas, si dure qu'elle soit, n est pas à leurs yeux aussi humiliante que le prolétariat ou la misère. 11 est permis d'insister sur un autre point : dans la lutte économique qui s'engagera fatalement entre le nouveau monde et l'ancien, nous serions vaincus d'avance si, pour contre-balancer le poids de nos charges militaires, les. Américains n'avaient leurs politiciens. De toutes les matières premières que l'Amérique nous fournit, une seule paraît indispensable, c'est le coton. Or, il pousse naturellement dans toute la région du Tchad, et je pense bien qu'en s'emparant de la région du Bas-Niger et de la Bénoué, les hommes d'État anglais ont surtout visé le grand empire du coton de l'avenir....
J'ai dit que Topinion était chez nous la souveraine maîtresse. Il faut donc que l'opinion se prononce pour la constitution de notre empire africain et qu'elle oblige nos gouvernants et nos législateurs à l'effort immédiatement nécessaire.
Il n'y* a pas une minute ^ perdre, puisque chaque heure qui passe est mise à profit par nos concurrents.
Organisons des troupes coloniales. Peu importe qu'elles soient ou non parfaites. Le principal est qu'elles existent
m A LA CONQUÊTE DD TCHAD-
nous couper la route du Tchad, l'initiative généreuse de quelques particuliers appartenant à tous les partis, aura peut-être suffi à assurer à la France la possession d'une des plus fertiles régions du monde.
Et si l'on veut me permettre de terminer par un mot personnel, je dirai que je considérerai comme l'éternel honneur de ma vie de m'être fait le champion, modeste assurément, mais énergique et persévérant, d'une cause dont lés générations qui viennent apprécieront la grandeur!
Conrenthm du l'i mai 18«G {ratifié'- te 31 août 1887) délimilant les poisessiviis françahes et portugaises dans t Afrique occidentale, :
Rivières nu Sin.
AnT. Premier. — En Guinée, la frontière qui séparera les possessions françaises des possessions portuj^aises suivra. conforiDément au tracé indiqué sur la carte n° 1 annexée à la présente convention :
Au nord, une li(;ne qui. parlant du cap Ro\o, se tiendra, autant que possible, d'après les indications des terrains, à égale dislance des rivières Casamance (Casamança) et San Domingo de Cacheu (SSo Domingo de Cocheu) jusqu'à l'intersection du méridien 17°30' de longitude ouest de Paris avec le parallèle l^'M)' de latitude nord. Entre ce point et le 16° de longitude ouest de Paris, la frontière se confondra avec le parallèle 12°40' de latitude nord.
A l'est, la frontière suivra le méridien de 16* ouest depuis le parallèle IS'W de latitude nord, jusqu'au parallèle li°40' de latitude nord.
Au sud, la frontière suivra une ligne qui partira de l'embouchure ' de la rivière Cajet, située entre l'ile Calack (qui sera au Portugal et l'ile Tristao (qui sera A la France) et se tenant autant que possible, suivanl les indications du terrain, à égale distance du Rio Componi (Tabati) et du Rio Cassini, puis de la branche septentrionale du Rio Componi (Tabati) et de la branche méridionale du Rio Cassini (Marigot de Kakoudo). d'abord, et du Rio Grande ensuite, viendra aboutir au point d'intersection du méridien IG" de longitude ouest et du parallèle 1140' de latitude nord.
Appartiendront au Portugal, toutes les Mes comprises entre le méridien du cap Roxo, la côte et la limite sud formée par une ligne qui suivra le thalweg de la rivière Cajet et se dirigera ensuite au sudouest à travers la passe des Pilotes, pour gagner le I0°40' latitude nord, avec lequel elle se confondra Jusqu'au méridien du cap Roxo.
Art. 11. — S. M. le Roi de Portugal et des Algarves reconnatt le protectorat de la France sur les territoires du Foutu-Diallon, tel qu'il a été élabli par les traités passés en IS8I entre le gouvernement do la République française et les almaniys du Pouta-Diallon.
Le gouvernement de la République française, de son c'ité, s'engage à ne pas chcnrher ù exercer son iniluence dans les limites attribuées à l:i Guinée portugaise par l'article premier de la présente Convention. Il s'engage en outre à ne pas modifier le traitement accordé, de tout temps, aux sujets portugais, par les almamys du Fouta-Dîallon.
Congo kiunc^^is-
Aht. III. — Dans la région du Congo, la frontière des possessions
portugaises et françaises suivra, conformément au tracé indiqué sur
lacarte n*2, annexée à la présente Convention, une ligne qui, partant de la pointe de Chamba, située au confluent de la Lœma ou Louisa- Loango et de la Luhinda, se tiendra, autant que possible et d'après les indications du terrain, à égale distance de ces deux rivières, et à partir de la source la plus septentrionale de la rivière Luali, suivra la ligne de faîte qui sépare les bassins de la Lœma ou Louisa-Loango et du Chiloango, jusqu'au 1()*'30' de longitude est de Paris puis se confondra avec ce méridien jusqu'à sa rencontre avec le Chiloango, qui sert en cet endroit de frontière entre les possessions portugaises et r£tat libre du Congo.
Chacune des hautes parties contractantes s'engage à n'élever à la pointe de Chamba aucune construction de nature à mettre obstacle à la navigation.
Dans Testuaire compris entre la pointe de Chamba et la mer, le thalweg servira de ligne de démarcation politique aux possessions des hautes parties contractantes.
Art. IV. — Le gouvernement de la République française reconnaît à S. M. Très Fidèle, le droit d'exercer son influence souveraine et civilisatrice dans les territoires qui séparent les possessions portugaises d'Angola et de Mozambique, sous réserve des droits précédemment acquis par d'autres puissances et s'engage, pour sa part, à s'y abstenir de toute occupation.
Art. V. — Les citoyens français dans les possessions portugaises sur la côte occidentale d'Afrique et les sujets portugais dansles possessions françaises sur la même côte, seront respectivement, en ce qui concerne la protection des personnes et des propriétés, traités sur un pied d'égalité avec les sujets et les citoyens de l'autre puissance contractante. Chacune des parties contractantes jouira, dans lesdites possessions, pour la navigation et le commerce, du régime de la nation la plus favorisée.
CONVE.NTKJN DU '![) AVRIL 1887 Kntre. la France ri VKini Inthipendant du Congo.
Cette Convention conlirme à la France U*. droit de préemption sur cet État, au cas 0(1 celui-ci voudrait réaliser ses territoires. Elle ajoute :
« Depuis son continent avec le Congo, le thalweg de l'Oubanghi fornaera la frontière jusqu'il son intersection avec le -4" parallèle Nord.
u L'Ëtat indépendant du Congo s'engage, vis-à-vis du gouvernement de la République française, à n'exercer aucune action politique sur la Hve droite de rOui^angbi, au nord du A" parallèle.
« Le gouvernement de la République française s'engage de son côté al n'exercer aucune action politique sur la rive gauche de TOubanghi, au nord du même parallèle, le thalweg formant, dans les deux cas, la séparation.
« En aucun cas, la frontière septentrionale de l'État du Congo ne descendra au-dessous du V parallèle nord, limite qui lui est déjà reconnue par l'article 5 de la Convention du 5 février 1883. »