‹ À la démocratie françaiseChapitre 4 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des conséquences pratiques du principe de la vertu dans la démocratie.

D^abord, l'histoire des démocraties * atteste qu'elles sont à peu près le seul gouvernement qui se soit occupé comme il convient de Pédueation des citoyens. Ce qui se passe sous nos yeux, dans le sein de notre propre démocratie, nous prouve évidemment que c'est là une loi générale, que notre nation peut accomplir mieux encore que toutes les autres nations, parce

^ Vhistoire des démocraties. Quand on parle des démocraties antiques, il ne faut jamais perdre de vue les restrictions fatales dans lesquelles y était enchaînée la liberté. Tout ce qu'on dit de ces gouvernements, par rapport aux démocraties actuelles, ne s'applique jamais qu'à la société des citoyens, des hommes libres.

qu'elle e$t pl^8 démoiHfi^tiqufi qu' ftWOU«Q d'elles. J^ea républiquesi qpt toujowrq surveillé nvee U sQll}c|tH4p ]^ plup attentive r^dyo^tiQP d^ leurs epfant* : Alil^ènes, Spiirte, Po^e, nû^9 k woatr^flt; afsse?, I.es i^pnwçhieSi ft^ PPWtraire, ont pi^ général négligé ce soin capital

Cette préoccupation de» démooratieis se cQm* prend ^t se justice p^r le principe mâme 9ur leqy^l elles r§po«^pt. 0'^\ 4wa les pr^mi^ivi» années dfï h vi» qn'U feut foïmtr Vhoninip ^ ]^ vertu et lui donner i^ mcpwrsi p^r son âmPi pnre encore de tons Igii Cfiptpptj qui plvi» tftvd pourront la flétrir, reçoit ftjprs, et gafdp fi4è?i l^m^n^ Ips impressiquci profonde^ et ^t^lutaires. ;.ft vr^ie édnpatiqn pst cplle qui enseigpe 1» vprtu; et parjnj le^ p|iil9SQpti§s, 1^^ plug grpwds pt le« p}u» sftge§ gpnt ceux qvii pnt trftîté ftyeo le plus 4'étcndH« et; dP vénfé pçî inépui^^^^We 8iyet. C'§çt qnp Ifi déffioçratip, pu soigpftnii Té-, dttpatiPfi de m pnfant3, ypil]e |( jffln pfflprp Sfti IH^, Pfir |à, e}lp prfltége pt Ppflsf ryp s» prpprg

vie; et Tardenr toute materaelle qu'elle apporte à ce devoir sacré, est passionnée comme une sorte de défense personnelle. Il faut perpétuer la vertu pour que l'État subsiste; il penche vers sa ruine, quand elle se relâche; il meurt, quand *elle lui manque. Qu'on demande à Montesquieu comment les démocraties s*abîment et finissent quand la vertu y est mise en oubli et que les mœurs se dépravent. On peut être assuré que ces grandes défaillances des peuples que signale rhistoire, ont toujours été préparées par une négligence et de longues perversions dans l'éducation des citoyens.

Un trait non moins spécial des démocraties, c'est l'amour sans bornes de la patrie. La gloire des républiques anciennes, et leur grandeur, l'enthousiasme que nous inspirent et qu'inspireront toujours leurs exemples, n'ont point d'autre cause. Dans la démocratie, on n'aime pas seulement la patrie c comme la mère commune; > on l'aime surtout, bien que parfois

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sans le savoir, comme Tinstitutrice de la vertu. L'âme de Thomme est si naturellement faite pour le bien, qu'elle ne peut jamais donner qu'au bien seul ces irrésistibles dévouements. Le patriotisme a eu quelquefois, je ne le nie pas, ses erreurs et même ses crimes; en poursuivant le bien, il ne Ta pas toujours rencontré, parce qu'il reste toujours dans l'homme un fond de faiblesse naturelle , et qu'il se perd bien souvent par les sentiments mêmes qui lui ont été donnés pour le sauver. Mais ce n'en est pas moins le patriotisme, c'est-à-dire Tamour de la vertu, qui a fait faire toutes les grandes choses dans les démocraties, qui a formé ces incomparables caractères, nos modèles et nos maîtres, que nous reproduirons sans doute en les imitant, quand nos immenses sociétés pourront faire, pour l'universalité des membres qui les composent, ce que la patrie antique faisait pour ses rares citoyens. Le patriotisme est moins connu des monarchies, parce

— 4iH — que la vèrtù principale du sujet est d'obéir au monarque, et que riiomme ne se dévoue jamais que trës^imparfaiteiment ù Thomnie. Ce n'est que dans une démocratie que le philosophe peut dirp : $ La patrie ^ plus de droits et de res^ « peots.à nosî honamages, elle est plus auguste n et plus sainte devant les Diçux et devant les f sages qu'un père, qu'une mère et que tous « les aïeux. Il faut respecter la patrie, môme f dans sa colère j avoir pour elle plus de soui mission et d'égards que pour un père; la rar % lueoer par la persuasion, ou obéir h ses or- I Avm\ souffrir sans murmurer tout ce qu'elle « aommilîid^ de squflfrir, fût-ce d'être battu ou f ebaçg^ 4© chaîues, Si elle nous eu?pie k Ift « ÎPVIprF§ pour y ètr^ bJessés pu tués, il faut y f allpr; l0 dôToir est ]h\ U n'est permis, ui dp i r^ppler, ni de lâcher pied, ni de quitter sou f pqste. Sur le ehanip 4e bataille, devant le tris f bimal, pa?tQVit» il faut faire ce que veut la « ïîépyWi^iue» ou employer auprèa d'elle pour

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i 1^ fléeliî^ lei moyens que la loi aocorde. En* f fin, si c*e9t une impiété de faire violence k nu f père, à nne mère, c'en est une bien pins f grande de iîûre yidence à la patrie^ > Cnùt* on que le sage d'Âtbène^ que Socrate« eftt jamais tenu de la patrie un tel kngaga^ ai ridée 4q Ift patrie ne se fut confondue dans ^n âme avec Tidée même de la vertu et du Wc^î

Par suite, il q y a pas de gouvernement pii robéis£»anea aux lois doiye ôtre plu3 complète qu^ dans la démocratie, La loi q*y est pas aeu*lamwt rordr€f donné par la patrie, qu'on respecte §t qu'on aime, et par le magi^tvat qu elle ipstitiie; c*^st le jugement de f la raiaoq def yepue hx règle commune de FËtat. i H y a de plqs cet avantage dans les gouvernements li?

bies, que les citoyens, eliacun pour leur part individuelle, ont participé h la confeotion de la loi quî lei ré^it. Mais ca n'eat V^ mdme une

1 Platon, Critfm, p. 141. (rsiiiMiiQD ^ U. V. Couaia.

œuvre personnelle qu'ils défendent en y obéissant : c'est la voix de la vertu qu'on écoute et qu'on suit en se faisant « le serviteur de la loi. > La crainte n'entre pour rien dans cette soumission généreuse et volontaire. Socrate, dans la prison où l'attend la ciguë, préfère, pour rester un bon citoyen, la mort à la fuite; il redoute de trouver au seuil de son cachot les Lois de la République élevant leur voix accusatrice, et lui reprochant sa désobéissance comme un attentat à la vertu. Violer la loi, c'est manquer à la foi promise, même quand la loi se trompe dans ses applications et qu'elle frappe un innocent. Le juge alors est seul coupable, et c'est se ren* dre presque aussi coupable que lui que de se soustraire à son jugement inique, mais légal ; car la loi, comme Ta si bien dit Aristote, c c'est c Tintelligence sans les passions aveugles des € hommes qui la font ou qtii l'exécutent *. » Le premier et le plus immuable principe de la

1 Aristote, Politique, livre UI, ch. xi, % 4.

vertu, c'est de ne jamais faire le mal, et de ne pas même le rendre quand on Ta reçu. D'ailleurs, la vertu, fondée sur la sagesse et ses immuables croyances, n*a-t-elle pas touj[our8 pour soi Téquité des Dieux? Et que peut-on craindre des hommes, quand la mort môme, dont ils disposent, ne peut que combler les espérances de toute une vie?

Cette obéissance absolue à la loi, qu'on ne doit jamais changer que par les voies de la douceur et de la persuasion, a cette autre conséquence admirable, que la démocratie est celui de tous les gouvernements où Tordre peut être à la fois le plus assuré et le plus réel. L'ordre qu'on obtient par la terreur sous les gouvernements despotiques est factice, et n'est bon que pour les esclaves ou pour des brutes. L'ordre vraiment digne de l'homme est celui qui s'allie avec la liberté, celui même que la liberté s'impose et qui vient d'elle, appuyé sur les principes inébranlables de la vertu et de la raison.

De éette isbéiÉ^d&ncê à la loi, sort ut)ë troi&ièhie condÀqiiënee t>olit{qûé, qui se détBlOp|)ë et qu*bii ii*àp|)réeie complètement qUô dans leâ démbcrâ- UM» Cèi taihemenl où doit Obéiif ti là Idl Sàm tésiltehce^ san^ miD'itluré tnêtne) tnaist ted 11^ retti paê diife qu'où doivé TapprtJuver dans tout ce qu*«ll« préftbiît. Lëi loi ti'eist |)à^ Infaillible ; • il faut donc la rétot-tiiei» quelquefois; et cdiiime tttuté tîblehUe est proscrite, ôt qUe îtô g'dtiVerliiàtbéht démocratique é^t h seul qui pUiââô dil^ lé^itihURlhéttt que ebfati^e liii c Tiiiâurrectibil t n'eâl jamttlft peHilidé, %ûwè reâte que la dié^ tuieion pour réparer le miil, oii stlballtuéir à tiu bleu devenu iuôuffisaut un bieU pliie complet; La i»3tteeietiee danâ l'homme h'abdique jatuaidi dets^l ce tribunal impartial et pacifique, le citoyen peut tbujburâ eitet leâ lois lëé plus iiu« gtttitee de sotl p^^ Il fttut dOne dans 1a dénlo^ eratie uue liberté absolue depeUâét", uue liberté abfiOla« d'ekpritfaeir 60 qu'on pense •; Le cia

1 Voilà cofaUttBÂt « Àtl^enéè était l'eiidi^oit de la tirdcd

to^yen doil à la patrie la fruifc de Ml méditaikmëi Seorate pâssb sa Vie^ et la ri8i|ue efifih^ à Wû^ seiller ses eoiicitoyetié^ qui le frappëût aàni te déeoarag^er; Il n'j a de limite ails ebûseile et aux critiques que la paix même de la eité M rexistence de TÉtat. yàil& pouhjuoi la libeflt de la presse tient une telle ^ace daM leue leè State niodernes^ qui^ en devetiailt libres, se i^approehent de plus en plus du gottvemeitiëtit Wûh dèle^ de la démocratie^ Il faûi ajouter que^ seule parmi les gouvernements^ la démocratie peut admettre la liberté de disdussioo dans tbute sa latitude; Qiiand on a pour base la justice et là vérité^ ^U'aurait-On à redouter de retâmeâ même le plus sévère? La discussion^ loin â*é^ branler alors les princ^es Sur lesquels s'appuie la soeiété^ ne fait que les rendre plus forts et plus indestructibles* La monarchie^ Tolifelr-

oti l*on avait la plus grande liberté de parler^ » comme S(v crab le dit & Poius^ dans le Gorgtas, page 224, trad. de Bfi V« t^BiS»

chie ne peuvent guère souffrir qu'on les discute, parce qu'on serait bien près alors de les renverser. La démocratie, si elle était toujours sage, pourrait hardiment appeler la controverse, qui . n'aurait alors d'autre effet que de Téclairer et de l'affermir. Elle s'offrirait aux coups de ses adversaires, sûre de toujours en triompher.

Mais ce n'est pas d'un ordre matériel et purement extérieur que la vertu peut se contenter. Il lui faut cet ordre intime et profond que la conscience de chaque citoyen doit receler et qui est la ferme assise de l'ordre gocial lui-même. Il lui faut l'ordre moral, sans lequel l'autre est à la fois sans valeur et sans durée. Elle l'exige de tous sans distinction; mais elle l'exige plus étroitement encore des magistrats, dont l'exemple a tant d'empire même sur des égaux^ obéissant à une autorité, légitime.

Platon enseignait admirablement, voilà plus de deux mille ans, comment l'État pouvait, par des soins intelligents et délicats, se préparer

des chefs dignes de le régir. Mais les vœux de PlatoD^ quelque réalisables qu'ils sont, n'ont jamais été réalisés; et quand il s'est trouvé des sages à la tête des sociétés, c'est, presque toujours, la nature ou le hasard qui les avait faits; ce n'était pas la prudence sociale qui les avait formés pour ces hauts et difficiles devoirs. La réflexion ni l'étude ne les y avaient point en général disposés; ils n'avaient pas eux-mêmes le secret de leur propre sagesse; et l'on ne trouverait peut-être point, dans les annales de l'humanité, un seul philosophe qui ait été chargé de conduire et de gouverner un peuple. Est-il besoin de dire que, dans un gouvernement qui doit conformer sa vie à la vertu, c'est à l'intelligence, à la raison, que doivent être remis le pouvoir et l'exercice delà souveraineté? La démocratie poussée à sa dernière limite, c'est l'abolition complète de toutes les conditions autres que le mérite. Dans les monarchies, dans les aristocraties, le mérite se fait jour

auasii parce quô l'Ëtàt a teau fitirë^ leei conditions factices dont il esôaye de se conli^ter et dis vivre ne lui suffisent pas^ La naissance et la richesse sont des élémâuts sociaux fort utiles; et il n'est pas besoin d'avoir Vééu dans nos États modernes pour savoir tout ce qu'ils valent. Aria*^ tdtei au temps d*Âlexandre> les appréciait tout aussi bien que nous pouvons le faire, après ces longues et nombreuses expérienees de la mo*nardiie sous toutes ses formes; Mais les politi^ quds grecs savaient de plus^ et notis savons oomoie eux, que la richesse et la naissance ne peuvent suffire, et qu'il fiiut, pour les soutenir et les conserver, précisément ce qui les a créées l'une et l'autre, et peut toujours le6 ôuppléer^ k savoir, le mérite '• Or nous voyons assez « par lexen^iple même de noke siècle, que rechercha*

i Âspasîe et Socrate le disent expressément dans le ^éneatïhte ; « Le i^ouvttneiiient d'Alfaènet était liatt^fbis te •c même que maintenant^ une aristocratie. Les uns Tappei- « lent une démocratie; les autres, autrement, selon leur goût; « ttktis t*«it fiiellèiftèftt un* artstôèMttiè ftous le isonseiite-

avant tout le mérite per^nnel, Indépendainoi^i^t de tout autre avantage étrangler, c^eftt le but eoaatant de la démocratie. La plus démo- 6i:«atî^ue de tontes le» institutions, pas cela mdma qu'alla abaisse toutes les barrières, c'est Ma sufiîrage universel, que nous tentons d'appliquer et qui a déjà produit des ipésnltats qu^on était bien loin d'en attendre. Les aristocraties les plus prudentes ne font donc paa mieux à oet égard que ne£iit ou ne peut laipe la démooratie. Elle asauf^era dans son propre intérêts et pas son principe même, le gouvernement des meilleurs, que Platon demandait, et qui est le seul gour ¥ei!|i^meui vraiment digne de ce nom.

Quaud la hiérarebie sociale repose sur une hase aussi solide, aussi juste, il est alors plus difÇcile qu'il y ait place dans la cité pour ces

< ment du peuple. Le peuple, qui possède Tautorité souve- « raine, confère les charges et la puissance k ceux qui parais- % ^f^i être \^n IpeUleufs. X^e ^u| pEincipe reçu, c*est quç « celui qui paraît être habile ou vertueux remporte et com- « niand(>. )» ^[^neûcèue^ p. 195, trnd. d*» M. V. Cousin.

haines et ces jalousies qu'excitent les fortunes imméritées. Les passions les plus mauvaises s'apaisent devant le succès, quand il est équitable; et l'exercice du pouvoir entre des mains qui sont dignes de le porter, adoucit bien des rancunes et rassure bien des intérêts. L'élection, d'oii sortent les magistratures, leur donne en outre une force et une bienveillance qui contribuent puissamment à la paix de la cité et à l'union des citoyens.

Le principe de l'État démocratique est le seul qui puisse inspirer aux hommes la véritable concorde, en leur donnant, sur les sujets qui les divisent le plus ordinairement, sur le juste et Tinjuste, l'honnête et le déshonnête, le bien et le mal, des opinions uniformes et immuables. La sagesse antique l'a dit, et l'expérience de tous les siècles Ta répété : t II n'y € a d'amitié solide qu'entre les hommes ver- € tueux. » L'amitié, c'est, on le sait, l'égalité; mais c'est surtout l'égalité entre gens qui

s'estiment. La vertu, quj découle du principe même de TÉtat, s'insinue donc dans toutes les parties qui le composent, pour les vivifier et les unir; et voilà comment la démocratie est le seul gouvernement où l'on comprenne et où l'on applique les véritables sentiments de la fraternité sociale. Platon disait bien aux citoyens de sa cité idéale qu'ils étaient les enfants d'une même terre, d'une même patrie, qu'ils étaient tous frères, et qu'ils devaient avoir les uns envers les autres cette sympathie bienveillante qui lie les membres d'une même famille. Mais ce n'est que de nos jours qu'on a essayé de mettre en pratique dans toute leur étendue ces nobles maximes, qui jaillissent du fond du principe revendiqué en l'honneur de la démocratie.

Il faut bien voir d'ailleurs que cette fraternité est surtout intellectuelle. On doit soulager matériellement ses frères, quand ils souffrent; mais le principal devoir envers eux et le plus

fécqqd, c'e9t de lea améUorer iporalei^ra^ S<h çrftte est eppore en ceci le modèle du cUayefl ftqpqmpH. A son e^empîe^ çHçm de i^eus p^W| tOHÎOur», dans unc} certm^Ç^ nxeçfurf , î^ppUqye?^ il sqirpaêflie pt ^n;ç fti^tres cet exameii «cfugu^ leux et bienveillant qui instruit et corrige, I^a vertp p'a pas de sQin plus cher et j\a. pas de bienff^it h la fois plus aisé ni plus utile.

Il 9nit de là que le dédain des biens n^aténeli^ et de Ift richesse est très-f^ci^e à la démocratie ; et ppci pour deux raisons, ÇIp pqursuivant les biaps divins, et en en gptîttant les charmes solides, la yertu }\^ pas de peine ^ négliger les biens vulgaires, qn du moinsi à ne les rqchercber qwe dans la mesure où ils sont indispen^ar Ijlps, p^lej^elea oublie p^sj niais elle les prise

à leur juste valeur, et ne se passionne point pqnr §V|X, parce qu'elle place son amour pliis b»ut. T^n second Heu, Ift yertn r^dcivite pps biep^ qu'elle Pépllff^î elle ^ajti quels en spnt pour la faiblesse ]^UW*ine les périlleux attraits; elle les évite

pQwr n'y pomt sucopinbqr. Qt elle lp$ cpm»t presque ^ute^t qp'elle 1^9 déôaignp. L^ prut depce et la teinpéra^ce, qui lui sQRt habitHallep, la préseryeqt égalcipa^pt de oeg écvi^il^i, gti ^e bri^en^ tûiyovirs les moparcl^ies et le^ gouvernemm^ oliga?çl}iqu08.

Ce ne ^ox\t do^^c pas seulement les circonat£|,nce8 extérieures et le hasard qiji donnent ^vix démQcratieai ces vertus ft^mirable^ que persoï^pe ne leur cppteste, la frugalité, la alipplicité, Vs-ustérité des pqœvirs. Ces vertus qu'^ yaptéeg rbistoire, ^m^ les pre^iersi tepaps du ipqin^ ^e tputes les dépipcraties, dérivent d\\ principe m^ lequel elle% s'appuient. La tepipéraqee est une 4e§ parties esseptielles de la vertu, q^i n§ peut vivre au milieu des excès des passions, et qui suG(3pnibe h leurs assauts.

Voilà ce qui expliaue encore pourquoi, daqs les déinocraties, le ppuygir est en général si divisé. Teuipérer l© pouvpir, e«t Vine ipaxime ^u^si ancienne que sage, Socrate et Platpp n'ont

cessé de la recommander aux politiques de leur temps ; ils la recommandent encore aux politi* ques de tous les siècles. Mais il n'y a guère que la démocratie qui pratique cette maxime; et les ttutres gouvernements ne la mettent à profit que dans la proportion même où ils se rappro* chent de la forme et des institutions démocratiques. D'où vient aux démocraties cette tempérance politique, gage de la stabilité des États, et qui a soutenu Rome pendant plus de sept cents ans, si ce n'est de cette autre tempérance que la vertu impose aux citoyens, et qui de leur âme passe jusqu'à l'âme de l'État lui-même?

« Si, au lieu de donner à une chose ce qui lui « suffit, on va beaucoup au delà ; si, par exem- < pie, on donne à un vaisseau de trop grandes c voiles, au corps trop de nourriture, à l'âme € trop d'autorité, tout se perd. Le corps devient € malade par excès d'embonpoint. L'âme tombe c dans l'injustice, fille de la licence. Mais il € n'appartient qu'aux plus grands législateurs.

— Ui —

€ instruits de la mesure du pouvoir qui suffit à « la nature humaine, de prévenir cet inconvét nient '. » De tous les gouvernements, c'est encore la démocratie qui résout le mieux ce problème ; et c'est à son principe qu'elle doit quelquefois d'en trouver si bien la solution épineuse. Toutes les démocraties n'ont donné le pouvoir suprême qu'à de très-courtes échéances, et elles l'ont en outre diminué en l'entourant de pouvoirs secondaires qui le limitent et le refrènent. C'est la gloire des gouvernements constitutionnels, ou semi-démocratiques, de pondérer les pouvoirs en les divisant. Mais dans ces gouvernements, c'est une sorte de concession qu'ils accordent à grand'peine, ou même qu'on leur arrache. Pour les démocraties, au contraire, c'est une règle qui leur est facile, parce que cette règle est dans leur nature et parce qu'elles se l'imposent.

C'est encore à la même cause qu'il faut at-

1 Platon, Lois, 1. III, p. 172, traduction de M. Y. Cousin.

tribuap ripaportaoce que, dans toutes les dé« iDOCPiitiQs, aoquièront lea classes moyennes. ( Comme la modération et le milieu en toutes

< choses sont ce qu'il y a de mieux, il s'enc suit, évidemiqent, qu'en fait de fortunes, la c moyenne propriété est la plus convenable de € toutep. Elle sait, en effet, se plier plus «iséf ment que toute autre aux ordres de la raison, c qi^'on écoute si difiicilement quand on jouit c de quelque avantage extraordinaire en force, € en naissance, en richesse; ou quand qp souffre « de quelque infériorité excessive de pauvreté, c de feihlesse, d'obscurité. Dans le premier cas, c Toirgueil que donne une position si brillante, c pousse les hommes aux grftnds attentats. Dana

< le second, la perversité se tourne aux délits € particuliers; et les crimes ije se commettent <c jamais que par orgueil ou perversité, Négli- « gentes de leurs devoirs politiques dans le sein c de la ville pu au sénat, les deux classes extréc mes sont également dangereuses pour la cité.

k II faut dire eneord qu'avec (sQlte eieessiv^

< «(UpéHorité que procure Tinflùetice de Ift rit <[$h^ddë, UbtioUibreux partie o\x lel autre ayau-

< %à^%^ rhmumë ne veut ni ne t^lt obéir. t)ès € reufiiuce, il contracte cette iûd{sciJ)linB daiis « là maidoti paternelle s et le lux6 dont dh l'a c Cidnètamniènt entouré ne lui pehuel pas dV « béir, même à Técole. D'aiitï^ pëtt, une to* 4 tiéme indigence ne dégrade péfe moins. Ainsi, € la pauvreté empôéhfe de savoir cobimënder, « et n'apprend qu*à obéir en enclave >. L'extrême € opulence empêche riiomme de m soumëttiig t à une autorité quelconque, et ne lui en6eigue « qu'à commaûder avec tout le despotisme d'un € maître. On ne voit alors dans l'État que tyrttne « ei esdaves, et paô un seul homme libre. îci, € jalousie envieuse ; là, vanité méprisimte^ ei

< loin l'une et l'autre de cette bienveillance Mcit proque et de cette fraternité sUciale qui eât là € suite de la bienveillance* Eh ! qbi Voudrait € d'un ennemi à ses côtés^ méma pour un in-

— 1-44 — « stant de route ! Ce qu'il faut surtout à la cité, « ce sont des êtres égaux et semblables, con- < dition qui se trouve avant tout dans les situa- « tioDS moyennes; l'État est nécessairement € mieux gouverné quand il se compose de ces « éléments qui en forment selon nous la base c naturelle. Ces positions moyennes sont aussi c plus sûres pour les individus : ils ne convoi- <r tent point, alors, comme les pauvres, la for- € tune d'autrui ; et leur fortune n'est point conc voitée par autrui, comme celle de^ riches € Test ordinairement par l'indigence. On vit c ainsi loin de tout danger, dans une sécurité c profonde, sans former ni craindre de conspi- € ration. >

Ces judicieuses observations, que ne désavouerait pas un démocrate de nos jours, de qui sont-elles? D'Aristote * ; et l'expérience de notre société, où domine la classe moyenne depuis plus de soixante ans, ne le démentira pas.

1 Aristote» Politique, liv. VI^ ch. 11, || 3 et suiv.

C*est cette classe^ déjà la plus nombreuse de beaucoup, qui fera Tordre et la stabilité durables de notre démocratie.

Cette modération, qui va si bien avec la vertu, qui l'assure et la garantit en la conservant, est conforme à la sagesse et à la nature humaine bien comprise. Il suit de laïque, reposant sur un principe aussi général et aussi profond que celui de la vertu, les démocraties ne travaillent pas> comme les monarchies ou les aristocraties, pour elles seules : elles travaillent en quelque sorte pour l'humanité tout entière. Leur activité est moins égoïste ; et les progrès qu'elles font d'abord pour elles-mêmes, sont des conquêtes pour la civilisation du genre humain. Si Athènes et Bome n'eussent pas été des républiques, elles n'auraient point eu sur le destin des peuples, sur leur intelligence et leurs institutions, cette influence décisive et bienfaisante qui les immortalise. Comme, au fond, FÉtat dans les

démocraties n'a pas d'intérêt particulier, d'in-

térôt individueli et qu'il ne recherche que Tiûtérêt de tous, il étudié le juste et le vrai datls toute leur étendue, et il les trouVB l'un et Tauti^ dans la mesure des lumières et des mœurs du temps. Ces parcelles de justice et de vérité, dont quelques-unes suffisent à la gloire des plue grands législateiirs, sont Thérita^e vénérable qu'ils transmettent aux générations qui se succèdent; et les démocraties ont plus apporté à ce patrimoine commun qu'aucune autre forme de gouvernement *• C'est ainsi que la France, qui devait représenter plus tard là démocratie dans l'Europe moderne> a eu de très-bonne heure ce caractère éminent d'universalité danô toutes ses œuvres. La Constituante n'a pas décrété les

1 Aspasie et Socrate expriment ia même pensée daBS le Ménexène^ en pariant de la démocratie athénienne i * Les « ancêtres de ces guerriers et les nôtres, ces guerriei*s mè* « mes, nés si heureusement et élevés au sein de la lifoerté^ « ont fait tant de belles actions publiques et particulières « dans le but de servir Thumanité. » Méneœèney p; lOôj tradi de M. V. Cousin»

droits du citoyen français; elle a proelamé les Droits de Thomme. Depuis la Constituante, nous n'avons rien perdu de ces généreuses traditions» Les conserver, les étendre, les approfondir, sera la gloire de notre siècle et de ceux qui suivront. Une révolution en France amène un progrès dans TEurope entière.

Terminons cette peinture de la démocratie par un dernier trait. La piété est non-seulement facile à la vertu; elle lui est indispensable» La loi de rbomme ici-bas, suivant Platon, c'est autant qu'il le peut de se rendre semblable au Dieu qui Ta créé, et qui le protège; son invin*^ cibld appui, c'est « la vertu, et Dieu à qui elle plaît. > L'homme qui s'élève souvent vers son auteur et son modèle infini par ses actions vertueuses, n'a pas de peine à s'y élever plus souvent encore par la pensée. C'est revenir à la source vraie, à la source éternelle du bien, qu'il poursuit et qu'il pratique; et le cœur qu'anime cette sainte ardeur, résisterait à son propre élan^

s'il ne remontait pas plus haut que sa conscience et que cette vie. Voilà pourquoi les démocraties doivent être pieuses, et comment elles doivent surtout l'être, du moment qu'elles reviennent à elles-mêmes, et que, sortant de l'ivresse de la lutte qui les affranchit, elles peuvent se reconnaître et se comprendre.

Telles sont donc les conséquences à peu près inévitables qu'entraîne, pour les démocraties en général, le principe de la vertu, plus ou moins bien compris, mais toujours appliqué et cultivé par elles : sollicitude immense pour Téducation de la jeunesse, patriotisme ardent, soumission à la loi, ordre véritable de la société, liberté absolue de penser, surveillance perpétuelle des citoyens les uns à l'égard des autres, et surtout des magistrats, empire remis à la raison et au mérite, fraternité sincère et féconde, estime modérée de la richesse matérielle, division et limitation du pouvoir, prédominance des classes

moyennes, influence décisive sur la civilisation, enfin piété profonde, parce que cette piété est toute naturelle à l'État déipocratique.

Ce portrait, quelque flatteur qu'il soit, n'est pas faux. L'histoire atteste que parfois les démocraties ont mérité ces louanges à divers égards, s'il ne s'en est pas encore trouvé une seule qui les méritât toutes ensemble. Il dépend de nous que l'avenir l'emporte sur le passé.

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