‹ À la façon de BarbariChapitre 13 sur 80 · LE MORNING-FIVE O'GLOGK · texte numérisé non relu

LE MORNING-FIVE O'GLOGK

Il faut avouer que, par cette féroce canicule, le métier de gentleman n'est pas moins terrible que celui de débardeur.

Les dîners, soirées et simples thés deviennent d'insupportables corvées au cours desquelles on ne rêve que tubs, ventilateurs et voyages au Spitzberg.

Nulle glace à rompre, hélas ! en cette saison, et, malgré les regards un peu froids de certaines dames, nous fondons, dès l'entrée au salon, comme sucre de pomme au soleil.

Il est impossible de garder plus d'un quart d'heure la raie fascinatrice qu'on s'était tracée

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sur le derrière de la tête ; les faux-cols calendrés à San Francisco par des blanchisseurs chinois s'amollissent au contact du derme ainsi que des pains à chanter sous la langue, — et les plus vaillantes poudres de riz ne tiennent plus!

C'est intolérable, vraiment !

Nous ne pouvons pourtant pas, sous prétexte qu'il fait, comme disent les clowns, « rudement chaô cette soàr ! » — nous ne pouvons pourtant pas nous claquemurer dans nos salles de bains ainsi que des castors en leurs domaines aquatiques, — renoncer aux chers tlirts, aux délicieux papotages et autres telles menues denrées qui sont le pain quotidien do nos âmes mondaines !

Ce serait à mourir d'ennui !

Une femme charmante et supérieure de tout point, la baronne de Courtepointe, vient, par une ingénieuse innovation, d'obvier à ces multiples désagréments.

Considérant que les explorateurs, au lieu de conserver es -contrées lointaines leurs

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mœurs, usages, manies et façons d'être, se plient, au contraire, autant que possible, aux ■ coutumes et régimes des pays saugrenus qu'ils parcourent, la baronne s'est dit qu'il serait ridicule de vouloir vivre l'été comme l'hiver — à la campagne de même qu'à Paris.

« Je prie les gens à dîner : ils se pâment dès le potage ! Mon petit salon, quand j'offre un thé, ressemble à une salle de ham-ham. C'est stupide !

» Donc, désormais, plus de thé, plus de soirées ni de dîners chez moi ! Je biffe toutes ces comédies de mon programme ! »

Cette énergique décision prise, la baronne fit atteler, et, deux heures plus tard, un buggy momentanément veuf de sa grâce, stationnait devant la porte du premier papetier d'Amboise.

C'est de cette conférence avec l'éminent imprimeur que résultent les billets mauves et vert tendre que nous avons reçus ce matin :

« Manoir de Pierreclosc,

» par Amboise (I.-et-L.}.

» La baronne de Courtepointe vous prie de bien vouloir lui faire le plaisir de venir prendre une coupe de café au lait, et entendre le chant de l'alouette, chez elle, le samedi 21 août, à cinq heures du mai m.

)) N.-B. — On dansera dans la rosée. »

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