D HISTOIRE NATURELLE
Rien de plus comique, vraiment, que de voir trotter par les allées du parc cette exquise petite pintade de Gladiola !
Vêtue d'une robe bleu-turquoise, coiffée d'un chapeau jonquille et ses pieds menus cliaussés de peau blanche, elle sautille, telle une bergeronnette en vacances, et ce sont, à chaque instant, des rires, des exclamations et des cris à faire croire qu'on a réuni là toutes les perruches de la contrée !
— Mince! déclare-t-elle, il fait rien bon dans le Midi !
Son vingt-septième amant, le vieux duc de Graf, l'a emmenée passer un mois dans su villa de Valescure, et elle en est « comme folle », c'est le cas de le dire! — car, s'il faut vous l'avouer, la charmante petite drôlesse n'a jamais quitté la capitale.
Jamais elle n'a vu d'autres Heurs dans les arbres que les serpentins, et les seuls fruits dont elle les ait vus garnis, ce sont les globes lumineux du jardin de Paris.
En fait de montagnes, elle ne connaît guère ■que la butte Montmartre — quant à la mer, <( çal'estomacque » littéralement.
•—- Ça, dit-elle gravement, ça, c'est vraiment bath !
Chaque fois que, juchée sur la balançoire, elle aperçoit au loin, par-dessus le feuillage vertdegrisé des eucalyptus et les grappes d'or des mimosas, le manteau bleu de la Méditerranée : « Ah! crie-t-elle, je la vois, je la vois, la baignoire ! » Puis, faisant une grande pirouette, elle se laisse choir le derrière dans le sable, toute rose et toute dorée, à la grande
[insuffisantes notions ^à
joie du jardinier qui la lorgne du fond de sa cabane et qui n'est pas fâché — lui non plus — d'apercevoir une jolie jambe.
(Que le jardinier ne s'impatiente pas, car à la fin de la semaine ou dans les premiers jours de la semaine prochaine, — au plus tard, — Gladiola lui fera hommage non seulement de ses jambes, mais aussi des divers autres charmes dont elle dispose.)
Ceci, du reste, n'est pas notre aiîaire. Pour l'instant, ce n'est pas de cela qu'il s'agit, mais de la stupeur que témoigne notre jeune amie à chaque nouvelle découverte qu'elle fait dans la nature.
La disparition du soleil dans la mer la plonge dans la plus inextricable perplexité :
— Pourquoi, demande-t-elle, pourquoi que ça ne fait pas pschuitt ! dans l'eau, puisque c'est du feu, le soleil?
— Et, dit-elle encore, en montrant les hautes tiges des agaves, pourquoi donc qu'on ne met pas du télégraphe après ces poteaux-là,
puisqu'il y a de chaque côté des crochets pour suspendre les fils ?
La hasse-cour est également pour elle une source intarissable de ravissements.
Dès qu'un coq saisit une de ses odalisques par les cheveux, la voilà qui s'indigne :
— Quel sale type ! grogne-t-elle, il est rien brute, celui-là, avec les femmes !
Car elle ignore que dans le monde des gallinacés, c'est de cette façon-là qu'on est tendre.
Hier, justement, elle se promenait dans ces parages, et personne ne songeait à elle, lorsque soudain elle se mit à pousser de telles clameurs que la cuisinière et les femmes de chambre accoururent en toute diligence.
— Ciel ! qu'y avait-il ? Madame était-elle malade?
Mais non, mais non, mes bonnes — elle venait simplement de découvrir toute une trifouillée de petits canetons qui, guillerets et pas plus gros que ça et tout ébouriffés déjà de