‹ À la façon de BarbariChapitre 16 sur 80 · LA FOLIE DU MOT · texte numérisé non relu

LA FOLIE DU MOT

Au temps où j'étais chef de la rubrique « Échos mondains » au Moniteur de Bellenille, j'avais pour collègue un nommé Moyne qui était certes le plus redoutable faiseur de mots de son temps.

Ce personnage, dont la longue barbe rougo, les yeux de chat et le verbe sonore charmaient toutes les petites cabotines de la contrée, était chargé du Courrier théâtral — et jamais, je puis l'affirmer, courrier, théâtral ou autre, ne fut mené à bride plus folle et avec un tel claquement de calembours.

Avec la légèreté d'un Lauzun et l'aplomb d'un bœuf, Moyne débitait en moyenne

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soixante-dix jeux de mots à l'heure, et, lorsqu'il y était contraint par les circonstances, il n'hésitait pas à recourir aux langues étrangères.

C'est ainsi que, lorsqu'il rencontrait l'auteur de Jacques VintTRs, il le saluait invariablement par ces paroles : Quomodo vales ?

Or, il advint qu'un beau matin (car même avec une averse de hallebardes ce matin-là eût été beau pour l'intrépide folliculaire) — il advint, dis-je, que Moyne se réveillapresque aussi millionnaire que Rothschild, c'est-àdire capable d'acheter tout Belleville et au besoin la Marche de Ménilmontant.

Après avoir longtemps exploité ses mines de charcuterie, un frère qu'il avait dans rillinois venait de mourir, lui léguant une fortune ébouriffante.

Moyne donna sa démission, offrit un grand banquet d'adieu, et, à dater de ce jour, il parla comme tout le monde.

Un interviewer célèbre vint le trouver et lui demanda la cause de ce reçrrettable chansre-

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