‹ À la façon de BarbariChapitre 2 sur 80 · LA MAIN · texte numérisé non relu

LA MAIN

Depuis que le capitaine Jambard a divorcé, depuis qu'il s'est débarrassé de son insupportable vieille pintade et qu'il lui est loisible de se promener dans son jardin sans être armé jusqu'aux dents, depuis qu'il mange ce qu'il veut, dort en paix et se vêt à sa fantaisie, ses jeunes nièces et petits-neveux le viennent visiter chaque jeudi.

C'est avec une joie toujours neuve qu'ils remuent les collections merveilleuses du vieux coureur d'aventures, sagaies de toutes sortes, boucliers, fétiches, coquillages, étoffes aux couleurs barbares et charmantes, vanneries délicieuses, poteries dont les formes

harmonieuses et les décors naïfs se sont transmis de peuplade en peuplade depuis que le monde est monde.

A la demande générale, le capitaine lit parfois un chapitre de son livre de bord, ou bien, allongé sur un banc de rotin, sa longue pipe anglaise à la bouche, lentement, il conte et fabloie.

Son langage est si pittoresque, ses aventures si extraordinaires, que les enfants le trouvent plus amusant encore que Jules Verne. Et puis, ses histoires, à lui, on est sûr qu'elles sont arrivées.

Ce matin, les neveux ont amené un de leurs camarades afin de lui montrer l'oncle :

Edouard. — Aujourd'hui, oncle Jambard, tu vas nous en envoyer une chouette, hein, puisque Théodore est venu?

Gustave. — Oh ! oui, celle du requin par exemple ! Tu sais bien, quand le requin a voulu te « passer à la tondeuse » et que tu lui as planté ton « canif» dans le ventre!

Albertine. — Oh! bien, non! J'aime

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