‹ À la façon de BarbariChapitre 3 sur 80 · LA MAIN · texte numérisé non relu

LA MAIN

mieux celle du crocrodile, moi! Quand tu lui as mis ton sabre dans la gueule en disant : «. Avec une grande mâchoire comme ça, il te faut un grand cure-dent, camarade ! »

Edouard. — Tu nous ennuies, toi, avec ton cro-cro-dile! D'abord, l'oncle nous dira celle qu'il lui plaira !

Robert. — Tu devrais nous raconter ton histoire de Peaux-Rouges, oncle Jambe!

Quand les Sioux t'ont attaché au poteau, et qu'avec leurs femmes, ils sont venus graver leurs initiales sur ton dos !

Albertine. — Oh ! elle n'est pas si terrible que ça, celle-là ! Ils ne voulaient pas le tuer, tu sais bien; c'était simplement pour s'amuser! Celle des îles est bien plus jolie : quand les Canaques l'ont pris et ont voulu le manger... Le feu était déjà allumé pour le cuire, ce pauvre tonton... Tu ne te rappelles pas qu'on lui a fait goûter de sa propre sauce et qu'il l'a trouvée trop salée ?

Blanche. — Oh! oui, celle-là... elle est belle, celle-là!

10 A L\ FAÇON DE BARBÂRI

L'Oncle. — J'en sais une plus belle et plus terrible encore,

Edouard. — Plus terrible que ça? mince alors !

Albertine. — Oli ! dis-la, dis! mon petit, oncle chéri?

L'Oncle, après avoir ndluiné sa j^ip^'- — Celui qui me verrait là, tout de suite, assis comme un paysan, attendant l'heure d'avaler ma cuiller, ne se douterait pas que pendant quarante ans j'ai couru le monde, hein? C'est vrai, pourtant ! J'ai vu toutes les Amériques, toutes les Indes, toutes les Antilles et toutes les îles ! Bien des fois, j'ai failli être mangé, noyé ou écorché — mais ma plus terrible aventure, les enfants, c'est en France qu'elle m'est arrivée, — à deux pas d'ici.

C'était en juillet 67. Il faisait un temps superbe, une chaleur à tout casser. J'étais allé faire un tour du côté de Caudebec pour voir un peu ce qu'annonçaient les pommiers, quand, tout d'un coup, je sens mon ventre qui se tortille et qui me pince comme s'il y

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