‹ À la façon de BarbariChapitre 20 sur 80 · OSCAR L'INFLEXIBLE · texte numérisé non relu

OSCAR L'INFLEXIBLE

Inoffensive et charmante Louphoquerie, ton cinématographe est intarissable. Tu es la joie sous mille formes diverses.

Tes élus sont coiffes d'invraisemblance et chaussés de barocité. Chacun d'eux traîne derrière soi, ainsi qu'un lapin tambourineur, sa petite chimère fantasque et verdoyante que l'observateur recueille précieusement et qu'il place, tel un bibelot chinois, dans sa vitrine.

Lorsqu'il pleut, lorsqu'aucune femme admirable ne passe ou que tous les poètes sont lus, le collectionneur ouvre son armoire de verre, et avec les divinités joviales et grima-

çantes, avec les petites chimères de jade, il s'amuse ainsi qu'un enfant avec des soldats de plomb.

Sous le n" 7,G27, j'aperçois ce nom :

Oscar.

Oscar était un gailllard assez long et maigre à l'époque où je le connus.

Peut-être est-il maintenant gras et trapu ; mais en ce temps-là il était sec comme un clou et non moins élancé qu'une tringle à rideau.

Laid? Non, mais bizarre en tous cas. De cette bizarrerie sans morgue, un peu gauche, au contraire, et qui sied si bien aux grands et maigres messieurs.

Il exerçait une profession honorable : l'Enregistrement, les Domaines et le Timbre se partageaient ses services. Il « recevait » pour ces trois branches importantes de Tadministration.

Bien que convenablement appointé et pourvu, en outre, d'une assez coquette fortune personnelle, Oscar « se refusait tout ».

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Non qu'il fût pingre, ni même économe,— mais par pur besoin de mortification.

Peut-être .se considérait-il comme un coupable pour qui le cliàtiment n'est jamais assez fréquent ; peut-être estimait-il que toute douceur est superflue, que nous sommes ici-bas pour nous embêter et qu'on frustre le destin en recherchant les moindres plaisirs, — toujours est-il qu'il ne négligeait rien pour se rendre la vie dure.

A peine un désir lui venait-il qu'il le réfrénait férocement, afin d'exterminer en soi le jouisseur et de contrarier son âme de satrape.

Son parapluie, ouvert aux premières gouttes, il le carguait dès que l'averse devenait sérieuse. Il se faisait rôtir par le soleil d'août, et mangeait son pain dur alors qu'il l'adorait tendre.

Tout en accomplissant ces actas expiatoires, il s'adressait à haute voix une foule d'injonctions narquoises :

— Ah ! ah ! se disait-il après le déjeuner, la

pipe que tu viens de fumer était excellente et tu voudrais bien en fumer une autre... Eh bien ! non, tu ne fumeras plus.

— Voici l'octobre, les nuits sont fraîches ; lorsque tu t'éveilles tu as les pieds glacés. Tu crois peut-être que je vais te donner un édredon? Erreur, mon garçon! Tout ce que je puis faire pour toi, c'est de remplacer ta couverture de laine par un couvre-pieds en coton !

— Tu aimes le cognac? Prends un rhum ! — Il fait beau? Reste à la maison ! Le dégel arrive? Les chemins sont défoncés ? Chausse tes souliers vernis et va faire un petit tour dans la campagne.

Par l'entremise de son vérificateur, et grâce aussi à sa situation, Oscar trouva un jour une jeune fille charmante. Ou, plutôt, ce fut la jeune fille qui découvrit Oscar.

« Il est un peu original, avait-on dit, mais c'est un si bon garçon ! »

Bref, l'excellent garçon fit sa cour,' la char-

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mante personne s'accoutuma à ses façons un peu spéciales — et, tout doucement, le grand jour arriva.

A l'hôtel de ville, tandis que le maire lisait sa petite histoire, Oscar pensa ;

— Gomment la trouves-tu? Gentille? hein ? Fraîche, gracieuse et en bon point. Gheveux noirs superbes, œil caressant, jolies dents... Ce que tu connais d'elle n'est rien, vraisemblablement, auprès de ses charmes cachés. Si j'en crois ceci... et cela... elle doit être délicieuse. Hé! hé! tu voudrais bien la serrer dans tes bras et lui faire contempler l'étoffe de ton ciel-de-lit. Eh bien ! mon garçon, ça ne se peut !

Et quand le maire, avec un bon sourire, lui demanda : « Vous plaît-il de prendre pour femme mademoiselle Léocadie Durozier? »

carrément il répondit : « Non ! »

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