‹ À la façon de BarbariChapitre 29 sur 80 · MAL ASSORTIS · texte numérisé non relu

MAL ASSORTIS

Jeune homme, 27 ans, désirerait épouser demoiselle bien élevée et bonne musicienne. Le physique importe peu. . .

A peine Gaétan eut-il fait insérer cette annohce dans le Trait-cV Union, qu'il reçut, aux initiales P. Z., poste restante, bureau 25, une lettre du mauve le plus récent, timbrée d'un liseron, symbole de la simplicité, et, malgré cela, copieusement imprégnée de parfums troublants.

(( Monsieur, disait la demoiselle, j'ai vingtquatre ans, j'appartiens à une excellente famille de Gastelnaudary. Je ne suis ni presque jolie, ni précisément laide, mais je suis affectueuse et dévouée. J'ai commencé le piano à

l'âge de six ans, et, à l'heure actuelle, je joue tout ce qu'on veut à première vue. Mes goûts sont les vôtres : je préfère aux charmes éphémères de l'extérieur, les qualités plus solides du cœur. Échangeons quelques lettres — le voulez-vous? — et si, comme je n'en doute pas, nous sympathisons, volontiers je deviendrai votre femme. »

(( Voilà qui me botte infiniment, pensa Gaétan. Si cette jeune personne ne se vante pas en affirmant qu'elle est plutôt laide que belle, il lui est interdit de se montrer difficile, et elle acceptera sans grimace un particulier de mon acabit. »

Gaétan, en effet, n'était pas à proprement parler un Antinous, et même avec la meilleure volonté du monde, il eût été impossible de le comparer à lord Byron.

Grand, maigre et sec exorbitamment, il arborait au bout d'un col décharné une tête de marabout chauve dont l'excessive cocasserie était encore rehaussée par une paire de lunettes bleuâtres.

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