‹ À la façon de BarbariChapitre 30 sur 80 · M\L ASSORTIS · texte numérisé non relu

M\L ASSORTIS

Incontinent, il se mit à son bureau et les lettres les plus sentimentales ne tardèrent pas à sillonner le chemin dès lors lleuri qui relie Gastelnaudary à la Ville-Lumière.

Lorsqu'ils se furent suffisamment adorés par la poste, quand ils eurent épuisé tous les vocables dont on use en pareil cas — de chou jusques à rat et de chat à bijou, — les deux amants souhaitèrent se voir afin de s'accorder définitivement.

Muni d'un anneau d'or, Gaétan prit donc l'express de sept heures douze et, rigide en sa redingote nouvelle, il se présenta au domicile de sa mie, le miel aux lèvres et les doigts gantés de beurre frais.

C'est en tremblant qu'il sonna, et c'est toute trémolante aussi que la demoiselle le rejoignit au salon, car un secret pressentiment l'avait avertie — est-il besoin de le dire?

Mais loin de se dissiper lorsqu'ils furent en présence, leur trouble s'aggrava encore.

Leur mutuelle stupeur se peignit dans leurs yeux soudainement écarquillés.

« Est-ce possible, Dieu bon ! pensèrent-ils — je ne me l'étais pas figuré (ou figurée) comme cela !

C'est qu'en réalité ils étaient effroyablement dissemblables !

A moins d'imaginer une pelote de laine assise aux pieds d'un crayon neuf, ou bien encore une bouillotte escortée d'une tringle à rideau, on ne saurait se faire une idée approximative de ce couple bizarre.

Car Yvonne était courte et grasse — et bouffie ! — et ronde, — éperdument !

— Je vous aime beaucoup, dit-elle — beaucoup, beaucoup! — mais jamais je n'oserai me montrer à votre bras. Vous êtes trop grand et trop maigre; je suis trop grosse et trop petite !... Hélas! cher ami, nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre !

— Yvonne, répondit Gaétan, jamais je ne renoncerai à votre amour! Je vous aime telle que vous êtes, mais puisqu'il vous plaît de

Page 1