VANTARD, MAIS DUR A CUIRE
— A propos, fit-il, tu sais que Lambigoul est de retour?
— J'en suis charmé, répondis-je, mais, à vrai dire, j'ignorais qu'il fût parti.
— Oui;., il est allé faire un tour en Russie, reprit Marins. Je l'ai rencontré hier soir : il est toujours aussi hâbleur que par le passé. Bon garçon, certes, — mais quel vantard !
— Est-ce qu'il lui est arrivé quelque chose de particulier, là-has?
— Mille aventures plus surprenantes les unes que les autres. La moindre est celleci :
Notre individu se promenait paisiblement sur une route dans les environs de Moscou, lorsque tout à coup il entend un grand bruit de grelots et de terribles claquements de fouet.
Un carrosse arrivait au triple galop, et ce carrosse était le propre véhicule du tsar Nicolas.
Respectueux non moins qu'etïaré, Lambigoul veut se garer, mais son pied heurte une
pierre malencontreuse. Il tombe et la voiture impériale lui passe sur le ventre...
— Il en a été quitte pour quelques légères contusions, sans doute?
— Pas la moindre, mon cher! Il s'est relevé aussi bien que possible, et même cette sieste brève avait suffi pour le reposer de ses fatigues précédentes...
— C'est assez fort !
— N'est-ce pas, que c'est fort? Le carrosse de l'empereur! Tu vois ça d'ici! Non, mais le vois-tu? Pour ma part, je n'ai pas coupé làdedans, et je l'ai trouvé un peu trop doré, ce carrosse arrivant juste à point pour faire à notre ami l'honneur de le renverser. — J'ai consulté les journaux et j''ai constaté que le tsar n'était justement pas à Moscou lors du passage de Lambigoul. Désireux d'éclaircir complètement la chose, j'ai écrit ensuite au maître de l'hôtel où notre lascar était descendu, et sais-tu ce que j'ai appris?
— Non.
— Que Lambigoul était absolument vierge