UN PEINTRE
J'ai, naguère, connu un peintre dont le mérite culminant était d'avoir un nom pittoresque :
Il s'appelait Anthime Robillard.
Son ignorance était telle qu'une carpe eût paru savante auprès de lui, — et, ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'au lieu de peindre des natures mortes, exercice qui n'exige aucune espèce d'érudition, il avait justement embrassé cette spécialité : la peinture d'histoire.
Toujours fort galamment équipé, il était muni d'un monocle qui rendait sa physionomie énigmatique au plus haut point, assez in
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solente aussi, — et lui permettait de ne jamais perdre sa belle assurance.
Grâce à cet instrument d'optique, qu'il manœuvrait avec la plus grande intrépidité, Robillard passait, aux yeux des gens qui ne le connaissaient pas, pour un individu suffisamment remarquable.
Mais nous autres, nous savions à quoi nous en tenir sur son compte. Il avait beau contracter son arcade sourcilière, et faire zigzaguer sur son visage les rides qui sont l'indice de très graves préoccupations, nous ne perdions pas de vue, à travers son éclatante pelure de snob, la pulpe insipide de l'imbécile.
Robillard était un illettré de première classe. Il avait droit au bouton de cristal : il ne savait pas même lire.
Son tintouin le plus cruel était engendré par la difficulté qu'il éprouvait à trouver ses sujets. Gomme il ne voulait pas recommencer éternellement l'Enlèvement des Sabines, le Soldat de Marathon et autres tableaux plus