‹ À la façon de BarbariChapitre 52 sur 80 · LA TRANQUILLITÉ AVANT TOUT · texte numérisé non relu

LA TRANQUILLITÉ AVANT TOUT

Ma collection de types étranges, fameuse d;ins le monde entier, s'est enrichie cet été d'un sujet remarquable. Sous le n° 3,427, je l'ai inscrit au catalogue avec cette désignation : le petit commerçant tranquille.

Je veux parler du sieur Ghouipe, ancien tambour aux zouaves. Vous êtes trop jeunes pour l'avoir connu alors qu'il exerçait cette profession décorative et patriotique. Moi aussi. Je vous l'exhiberai donc, tel qu'il est à cette heure, chauve, avec des yeux de fouine, une barbiche de bouc et un complet de coutil.

Le père Ghouipe, ancien tambour aux zouaves, tient, dans la rue Jean-Lapin, un

petit commerce de draperie — mais la. façon dont il le tient est assez curieuse, j'imagine, pour être signalée au crayon bleu : Figurezvous qu'il n'ouvre jamais sa boutique, ce bougre-là ! ! ! — Jamais.

Depuis le jour où le génie du négoce s'est emparé de lui, c'est-à-dire depuis le 1" janvier 95, sa boutique demeure soigneusement close. Avec la farouche chasteté d'une nonne, elle cache obstinément ses trésors derrière une demi-douzaine de volets barrés de fer.

Nul client n'y saurait entrer ; aucun coupon ne pourrait être acquis. Il serait même impossible de s'y procurer le moindre échantillon. — Elle ne s'ouvre pas, vous dis-je.

Je dois ajouter, à l'honneur du père Ghouipe, qu'une pancarte, par lui calligraphiée, révèle, chaque matin, au public, pourquoi il en est ainsi.

« Fermé, dit l'écriteau en jolies lettres adornées, fermé pour cause de baignade, — de manille — de ressemelage — de plumpudding. »

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