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LES PUNAISES

La scène représente le cabinet du Propriétaire, A droite un buffet. A gauche, une forêt vierge ornée d'une pendule empire. Ce luxe d'une pendule ancienne dans une forêt, et d'une forêt vierge, dans un simple bureau, signale le Propriétaire comme un personnage considérable.

Le propriétaire, seul. — Quelle heure est-il? (7/ regarde du côlé de la forêt.) Onze

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heures ! Oh ! oh ! c'est le moment de filer ! Si j'attends cinq minutes de plus, la bourgeoise va rentrer, et je ne pourrai pas encore aller prendre mon absinthe ! {Avec un geste résigné.) Oh ! là ! là ! quels crampons, ces femmes !

{Bien qu'il n'y ait aucune porte apparente, on frappe.) Le propriétaire. — Entrez ! (On frappe de nouveau.) Mais entrez donc que je vous dis ! Vous avez donc du fromage de cochon dans les oreilles.

Entre M. Dujonc. Ou plutôt, non, M. Dujonc n'entre pas : il sort du bois. Selon toutes probabilités, il y est allé pour prendre l'air d'abord, pour mettre sa montre à l'heure, secondement, et ensuite pour cueillir la fraise, le muguet ou quelque autre denrée printanière. — 11 est vêtu d'une blouse bleue, cravaté d'écarlate, et tient respectueusement à la main son haut-de-forme adorné d'une plume blanche. II s'incline.

Le propriétaire, allant au devant de lui. — A qui ai-je l'honneur de parler esvépé? G'est-il à l'anabassadeur de Madagascar?

M. DujoNG. — Je vous d'mande pardon, monsieur. Je suis Dujonc, le locataire du septième...

Le propriétaire. —Ali! bon ! très bien! J' vous r'mettais pas, monsieur Dujonc. Et madame Dujonc, elle va bien, et la p'tite Dujonc, et le p'tit Dujonc?... Allons, tant mieux... Et qu'est-ce qui vous amène, mon père Dujonc?

M, Dujonc. — Je viens vous faire une petite confidence, monsieur...

Le propriétaire. — Ali ! ! ! votre bourgeoise s'est trottée avec le coiffeur ?

M. Dujonc. — Non. C'est autre chose. Je vais vous dire, monsieur; c'est plein de punaises, chez moi.

Le propriétaire, gravement. — Des punaises?

M. Dujonc. — Oui.

Le propriétaire, plus gravement encore. — Et qu'est-ce que c'est que ces punaiseslà?

M. Dujonc. — C'est le locataire d'avant

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moi qui les a laissées. A preuve que le papier en est farci.

Le propriétaire. — Ali! diable ! c'est le locataire d'à... {récapitalcint) c'est le lo-catai-re d'avant qui les a laissées... Ça, c'est grave.

M. DujONC. — Pourquoi?

Le PROPRIÉTAIRE. — Pai'ce que je n'ai pas son adresse...; si je l'avais, on pourrait s'arranger... Je lui écrirais...; mais dans ces conditions-là, je ne peux rien décider... pour le moment.

M. DujONG, avec humeur. — Alors, moi, quoi qu'il faut que j' fasse avec les punaises ?

Le PROPRIÉTAIRE, brsivement. — Écoutez, monsieur Dujonc, je suis un bon homme, moi, je ne demande qu'à tout arranger. Eli bien! je crois que j'ai trouvé un joint. Patientez encore une quinzaine. . . , trois semaines au plus... Si, d'ici là, l'ancien locataire n'est pas venu les réclamer, eh bien ! ma foi, elles seront à vous, ces punaises — et vous pourrez les garder. (Rideau.)

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