UN PROJET PAS BANAL
noncer, — Rothschild et restauration, — me font penser à quelque chose, dit-il. N'était-il pas question, récemment, de restituer à Israël le territoire de ses pères, et de reconstruire le temple de Salomon ?
— Oui, vaguement... M. Max Nordau en avait parlé...
— M. Max Nordau, c'est cela ! Mais c'est de la farce, poursuivit le pseudo-Sarcey. C'est de la farce, et ça ne se fera pas ! Moi qui vous parle, j'ai une idée de reconstitution beaucoup plus étonnante et plus pratique surtout ! Il ne faudrait, pour la mettre à exécution, que l'assentiment de tous les souverains du globe. Un délai de deux ans serait accordé à ces divers potentats pour réunir tous leurs canons en un lieu dit du vieux monde — tous ! — depuis les Krupp et les Schneider qui viennent de paraître jusqu'aux antiques coulevrines de nos musées. On ferait fondre tout cela, et, avec ce métal maudit, on reconstituerait quoi? la Tour de Babel ! ! !
— Bravo ! hurlai-je, hip ! hip ! hu...
Mais le vieux monsieur m'interrompit :
— Notez, ajouta-t-il, que cette fois-ci Jéhovah n'aurait rien à dire, car cette tour serait précisément élevée à sa gloire.
— Et le galimatias? La salade de dialectes? comment rappelleriez-vous cela?
— Par un mot, monsieur, un simple mot,
— le plus simple et le plus modeste de tous
— le mot Paix, qui, gravé en toutes langues, s'étalerait, en lettres d'or, sur les flancs du nouveau monument.
— Sire de Goucy, repartis-je, vous êtes mon homme! Permettez à l'humble manant que je suis de serrer votre noble dextre...
Et, tout ému, je me laissai choir entre les bras du vieillard.