‹ À la façon de BarbariChapitre 70 sur 80 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

La journée a été lourde, orageuse, même. Hé ! dites donc, 39 degrés, c'est quelque chose, cela! Bon temps, maintenant! La fraîcheur de la nuit exalte le parfum des glycines et des clématites. Il fait noir...

Drôles, les étoiles : on dirait des paillettes d'or, dans l'eau-de-vie de Dantzig. Voici Orion de ce côté... là-has, la Grande-Ourse...

Ici, dans cette villa, demeure M. Coiffebiche, l'homme le plus riche du district. C'est un vieillard de septante-trois ans, qui vit seul — par avarice ou par manie.

A l'heure qu'il est, si les choses n'ont pas

été malicieusement détournées de leur cours, M. Goiffebiche doit dormir.

Pourquoi vieillerait-il, en effet? Pas de soucis, pas de tracas et deux cent mille livres de rentes. Rien ne lui manquant, il ne saurait à quoi songer s'il ne dormait pas. Donc, pas d'erreur — le vieux monsieur fait dodo !

La nature, aussi... — Gomme tout est calme! Pas un cri, pas un bruit, pas un soupir de mouche seulement ! Ah ! les nuits d'été!... il n'y a que ça de vrai pour l'amateur de poésie!...

Mais, pardon... quelle heure est-il? Deux heures et demie ! Diable !... Le jour va venir avec ses panerées d'alouettes... Entrons! Il n'y a pas une minute à perdre !

Ainsi monologue l'honorable rôdeur en achevant sa cigarette.

Puis, avec une surprenante agilité, il escalade la grille du jardin. (Vrai Dieu! quelle souplesse ! G'est à peine si les fleurs du parterre ont senti la caresse de ses espadrilles.)

A l'aide d'une fausse clef, il ouvre douce-

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