DES RONDS-DE-CUIR
Je revenais du bain, la barbe encore toute salée des baisers d'Amphitrite...
Au bénéfice des personnes qui n'ont pas l'honneur de me connaître, j'ouvre généreusement ici une parenthèse :
(Je ne possède, hélas ! pas une barbe de capucin comme mon excellent ami Gueny de Mussygrec, dont le s^^stème pileux fait pâlir Rodin et rend jaloux le roi Léopold en personne! Sans quoi, il m'eût suffi d'ajouter au sel en question un peu d'huile et de vinaigre et quelques grains de poivre pour obtenir une
succulente salade — ce qui m'eût permis de tirer de moi-même mon petit déjeuner du matin. — Mais à quoi bon regretter? Il faut se contenter de ce qu'on a...)
Donc, je revenais du bain, et j endossais la robe de cliambre cramoisie avec laquelle Paul Piobert m'a portraicturé, lorsqu'on frappa à la porte de mon furnished appartment.
Les coups étaient si impérieux que je ne pris même pas le temps d'insérer un poignard entre mes dents, ainsi que cela m'est habituel, en pareille occurrence. D'un bond, je fus à l'huis que je déverrouillai, et, presque aussitôt, ma main fut violemment secouée par une main sèche et poilue.
C'était celle-là même qui avait fait toc, toc, toc!
Elle était accompagnée d'un bras, d'une bizarre tête d'oiseau et de diverses autres pièces anatomiques revêtues de cheviote grisâtre.
La tête d'oiseau dissimulait, parmi les broussailles d'une moustache d'ancien
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zouave devenu tambour de ville, un pertuis qui s'entr'ouvrit et parla :
— Pas un mot, je vous prie, me dit le visiteur, je sais qui vous êtes, monsieur : vous êtes l'ami du captain Gap ; comme lui, et comme aussi votre spirituel confrère Alfred Gapus, vous avez entrepris de démolir la Bureaucratie, — cette nouvelle Bastille !...
— Avec la hache d'abordage du franc-par- 1er, répondis-je modestement.
— Monsieur, reprit laimable avicéphale, l'heure n'a pas encore sonné qui nous délivrera du champignon de la formalité et de la punaise administrative. En attendant cette heure libératrice, je me suis appliqué, moi qui vous parle, à rendre utiles les innombrables employés de nos innombrables bureaux.
— Gomment ça?
— Je fais de ce peuple oiseux une formidable force motrice : « Lézard, sois fourmi ! » , dis-je en brandissant ma baguette magique, et j'assigne un rôle laborieux au rond-de-cuir
sur lequel dort généralement le lézard-fonctionnaire. Écoutez-moi bien :
Ce rond-de-cuir jadis infécond, je le transforme en un rond de caoutchouc de même forme, mais de dimension plus forte, et je le rends obligatoire à tous. Je suppose que vous n'entendez rien à la mécanique, n'est-ce pas, monsieur? Aussi m'abstiendrai-je de tout détail technique. Sachez seulement que mon rond est percé de deux trous, et que l'un de ces trous communique par un tube avec une vaste canalisation. Bon.
Donc, voici mon rond decaoutchouc. Grâce à son premier orifice, dont la fonction principale est de béer, mon rond s'emplit d'air avec la plus grande facilité.
Arrive l'employé qui s'assied dessus. — L'air violemment comprimé fait jouer une soupape qui vient obstruer le premier orifice en question. Stupidement, il se fait son propre geôlier, et, comme son idéal est d'être libre, il cherche à s'échapper par ailleurs. Il trouve le second orifice, et, joyeusement, s'engage