‹ A la gloireChapitre 10 sur 14 · THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY · texte numérisé non relu

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ASTOn', LENOX AND TILDED FOUNOATIONS.

Le lion fait un bond et prend l'enfant dans sa gueule. Que fait alors la mère éperdue? Elle se jette à genoux devant l'animal, et avec des cris déchirants elle lui demande son enfant. O prodige ! le lion s'arrête, la regarde fixement et remet l'enfant à terre sans lui faire aucun mal; puis, frappant doucement ses flancs avec sa queue, il s'éloigne majestueusement, tandis que la mère, encore à demi morte de terreur, presse convulsivement son nourrisson contre son sein.

Buffon prétend que le tigre, lui, n'est accessible ni à la crainte ni à la pitié. Connaissait-il la charmante et la touchante histoire de la tigresse de Néron?

Néron avaitunetigresse nommée Phœbé, qu'il adorait pour sa souplesse et sa... férocité. Il arriva plus d'une fois que l'abominable empereur, au cirque, lui fit jeter un chrétien en pâture, aux acclamations de la foule.

Or Néron avait ramené de Grèce une jeune esclave d'une merveil-

leuse beauté, nommée Acte, ' -^;

qu'il donna comme compagne à Phœbé. L'esclave et la tigresse devinrent bientôt de grandes

amies. Acte était chrétienne. Indignée des supplices que son maître infligeait à ses coreligionnaires, elle avait résolu de se dévouer à ses frères jusqu'à sa mort.

Un jour, elle empêcha la tigresse de dévorer un vieux prêtre qui l'avait baptisée. Néron, furieux, ordonna qu'elle fût jetée aux bêtes. Et en effet, le lendemain. Acte entra dans l'arène.

Elle était vêtue d'une robe blanche et d'un voile blanc. Quand on lui enleva son voile, les spectateurs contemplèrent une figure d'une beauté parfaite, sur laquelle s'était répandue déjà la pâleur de la mort.

Cependant on introduisit la tigresse, qui, passant de l'obscurité de sa cage au grand jour du cirque, se mit à rugir effroyablement. Mais quelle ne fut pas la stupeur des assistants, quand ils virent le terrible animal se coucher aux pieds de la victime !

Préservée de la mort. Acte chercha dans les catacombes un refuge contre la colère de Néron.

Un autre empereur romain, qui le disputait en cruauté et en folie à Néron, Héliogabale, se faisait traîner dans un char d'argent doré, resplendissant de pierreries, par quatre tigres et quatre panthères, transformés en animaux domestiques.

On raconte aussi que, de nos jours, un tigre, amené du Bengale à Londres, se soumit humblement au charpentier du navire qui le portait, lequel lui avait infligé une correction pour sa voracité.

Un autre tigre devint l'ami d'un chien de boucher, qui l'avait guéri d'une ophtalmie en lui léchant les yeux.

Ces quelques exemples prouvent que la règle constatée par Buffon n'est pas aussi absolue qu'on pourrait se l'imaginer au premier abord.

Pas plus que le tigre, l'ours n'est généralement considéré comme un animal de relations faciles et agréables. Il est pourtant capable d'affection et de générosité. En voici la preuve :

En 1709, le duc Léopold de Lorraine avait un ours appelé Marco, extrêmement sauvage et méchant. Son gardien lui-même ne lui donnait à manger qu'avec de grandes précautions.

Marco était attaché dans une sorte de hutte. Un soir, l'homme chargé de le soigner ouvre la porte. L'ours est immobile; mais il semble plus furieux que de coutume et ne se laisse pas approcher.

Le gardien, intrigué, réussit cependant à voir ce qui se passe,... et il aperçoit, entre les pattes du féroce Marco,... un jeune enfant qui dort tranquillement. Marco ne voulait pas qu'on dérangeât le petit.

Personne ne voulut, bien entendu, croire le gardien quand il conta l'aventure. Cependant il fallut bien se rendre à l'évidence. Le duc fit une enquête. Il apprit que l'enfant, depuis quinze jours, venait tous les soirs coucher dans la hutte et que, toutes les nuits, l'ours le protégeait de son épaisse fourrure contre le froid.

Le duc Léopold craignit que cette bonne amitié ne finît tragiquement, et il interdit à l'enfant de continuer ses visites à Marco.

Mais l'ours fut, dit-on, très longtemps à se consoler.

Si Buffon a méconnu le tigre, et si bien des gens méconnaissent encore l'ours, monsieur Tout-le-monde dédaigne le modeste dindon ou le vulgaire brochet, sauf lorsque le premier lui est présenté gonflé de marrons grillés, ou le second cuit au bleu!

Et cependant, écoutez ce que nous raconte le Mémorial de la Loire :

Un pauvre homme de Saint-Paul-d'Uzier avait ramassé, au milieu

des champs, un malheureux dindon que des chiens venaient de réduire en piteux état. Il avait un tibia brisé, les deux ailes en panne, et sa belle caroncule rouge déchiquetée et en sang.

L'homme soigna la bête avec sollicitude, pansa habilement ses plaies, et, Dieu aidant, finit par le guérir.

Remplumé et remis sur ses pattes, le dindon ne fut pas ingrat. Il s'attacha au contraire k son nouveau maître, et il se mit à l'aimer d'une si vraie tendresse, qu'il ne voulut le quitter ni jour ni nuit. Il l'accompagnait aux champs, au cabaret, même à l'église, avec plus de constance et plus de fidélité qu'un petit chien... Bref, l'homme et le dindon étaient devenus une paire d'inséparables camarades...

Mais il arriva, hélas! que l'homme mourut.

Quand on vint le mettre en bière, on trouva le dindon couché sur son maître, essayant de réchauffer son cadavre de ses plumes étendues.

On le chassa avec peine.

Il suivit le convoi, puis disparut... Et, huit jours plus tard, les héritiers, venant déménager les quelques meubles du défunt, retrouvèrent le dindon étendu sur le lit,... mort!

L'histoire du brochet du docteur Warwick est plus étrange encore. Elle est extraite d'un mémoire lu par le docteur, en i85o, à la Société littéraire et philosophique de Liverpool.

Se promenant un jour dans un parc qui appartenait au comte de Stamfort, à Durham, le docteur Wanvick passa prés d'un bassin où l'on mettait les poissons destinés à la table.

En l'apercevant, un brochet effrayé s'enfuit sous l'eau avec tant de précipitation, qu'il donna de la tête contre un crochet de fer. Il avait dû se faire très mal, car il se mit à tournoyer sur lui-même avec une

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Li- dindon de Saint-Paul-d'Uzier.

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