THE NEV/ YORK
ASTOB, LEN'OX AND TILDED FOUiMDATIONS.
vitesse folle, à plonger, à faire des bonds, à ce point qu'il se trouva tout à coup projeté hors du bassin.
Le docteur prit le poisson et vit qu'il avait un trou dans le crâne par où s'échappait un peu de matière cérébrale. Il replaça le cerveau blessé, et, avec un petit cure-dent en argent, il releva la partie défoncée du crâne. Le brochet resta tranquille pendant l'opération, puis il replongea d'un saut dans le bassin. Il sembla d'abord soulagé; mais, au bout de quelques minutes, il s'élança de nouveau et bondit hors de l'eau.
« J'appelai alors le garde, dit le docteur, et j'appliquai, avec son assistance, un bandage sur la fracture du crâne du poisson. Cela fait, je le rejetai dans le bassin, et je m'éloignai.
« Le lendemain matin, dès que je reparus sur le bord de la pièce d'eau, le brochet vint à moi, tout près de la berge. »
La bête se laissa prendre, et le docteur reconnut qu'elle allait bien.
« Je me promenai, dit-il, pendant quelque temps. Le poisson ne cessa de nager en suivant mes pas, tournant quand je tournais.
« Le lendemain, j'amenais quelques jeunes gens pour le voir. Peu de temps après il était devenu si docile, qu'il s'approchait dès que je sifflais et venait prendre à ma
iii""' "U „ ,./'nr(".- ,.,,;■ ■ ,,,
main le pain que je lui tendais. Avec les autres personnes, il était resté aussi ombrageux qu'auparavant. »
Un voyageur de Sicile reçut de semblables témoignages de reconnaissance de la part d'un crapaud.
Il avait sauvé le crapaud d'un serpent qui l'enveloppait de ses replis et s'apprêtait à le dévorer.
Six jours plus tard, ce voyageur repassait par le même chemin, lorsqu'il sentit une chose qui lui sautait aux jambes.
C'était son crapaud, qui venait lui exprimer sa joie de le revoir.
« Comment savez-vous que c'était votre crapaud? demanda quelqu'un au voyageur.
— Il avait, dit celui-ci, des mouvements si affectueux, que je ne pouvais m'y tromper. »
Les bêtes les plus répugnantes, celles en face desquelles on ne peut réprimer un geste de dégoût, se montrent donc sensibles, comme les plus nobles d'allure, les plus belles de forme et d'attitude, à la sympathie que manifeste l'homme à leur égard. Qui de vous n'a entendu parler de l'araignée de Pellisson?
Pellisson était à la fois grand ami du surintendant Fouquet et secrétaire de Louis XIV. Le ministre Fouquet ayant été condamné à l'emprisonnement perpétuel pour dilapidation des finances publiques, Pellisson, contrairement à bien d'autres, n'abandonna pas son ancien protecteur dans sa détresse. Il tenta même de le défendre, et cela le conduisit à la Bastille.
Le malheureux prisonnier, ne sachant comment employer ses longues journées, et ayant remarqué une araignée qui tissait sa toile dans un coin de son cachot, se mit à observer la curieuse petite bête. Après
L'araignée de Pellisson.
, THE î!EV>/ ÏORK PUBLIC LIBRAR^l
A=TOR, LENOX -^ND -rlLDED FOUNDATIONS.^j
quelques jours d'observations, il forma le projet de l'apprivoiser. Il attrapa pour elle des insectes, des mouches, que l'araignée s'accoutuma à venir chercher dans sa main.
Bref, au bout d'un certain temps, elle venait à son appel, et ce fut une véritable distraction pour Pellisson, qui s'était attaché à cette compagne volontaire de sa captivité.
Or, un jour, le gouverneur de la Bastille entra à l'improviste dans le cachot, et, ayant appris comment le prisonnier passait son temps, il eut la cruauté d'écraser l'araignée.
«Ah! monsieur, s'écria Pellisson, que ne m'avez-vous plutôt cassé le bras! »
Le gouverneur de la Bastille fut, du reste., bientôt puni par la disgrâce royale; mais cela ne consola pas l'ami du surintendant Fouquet.
Si l'intelligence et la belle conduite de certaines des bêtes dont nous avons déjà parlé a pu parfois surprendre nos lecteurs, toutes les histoires, au contraire, que nous allons leur raconter sur le chien, — car nous arrivons au chapitre des chiens, — tout en leur paraissant émouvantes, leur sembleront parfaitement naturelles. Le chien, — l'ami de l'homme, par excellence, — jouit, en effet, d'une parfaite réputation.
Disons que l'on reconnaît depuis longtemps qu'il la mérite amplement, et ajoutons que, depuis quelques années même, on lui accorde la même récompense qu'à certains hommes distingués : on le médaille! C'est la Société protectrice des animaux qui a assumé cette noble tâche; et à lire les lignes suivantes, que le Gaulois consacrait naguère à l'un des lauréats de cette société, le chien Toto, on jugera avec quel soin elle s'efforce de découvrir le vrai mérite où il se cache :
« M. Toto n'est pas un enfant, comme on pourrait le croire, mais un
bon chien, un caniche admirable, tout noir et tout frisé, à l'œil vif, à la queue frétillante, le plus intelligent et le modèle des chiens.
« Toto est le caniche d'un débardeur.
« Les personnes qui ne fréquentent pas sous les ponts et qui ne suivent pas les bas quais, le long de la Seine, ne se doutent peut-être pas de l'existence des vrais débardeurs, des hommes solides qui, en costume très simple, font l'office de déchargeurs sur les bateaux de la Seine.
« Les grues ont fait grand tort aux débardeurs. Partout la machine remplace de nombreux ouvriers. Mais enfin il y a encore des débardeurs, et le maître de Toto est un brave homme qui aime son chien presque autant que sa famille. Son chien, comme on va le voir, mérite cette affection.
« Chaque jour, Toto part du domicile de son maître, avec un panier qu'il porte dans sa gueule. C'est le déjeuner du débardeur, et si quelque chien s'en approche, il grogne de telle sorte que, malgré l'odeur alléchante, les chiens apaches s'en détournent.
« Arrivé au quai ou au bateau où travaille son maître, Toto pose son panier près de lui et attend, majestueusement assis sur son séant. Que si son maître s'attarde à sa besogne, Toto s'impatiente : le déjeuner va refroidir. 11 va à son maître, aboie et le force à venir au panier.
« Mais Toto a fait mieux : plusieurs fois il a sauvé son maître ou d'autres débardeurs tombés à l'eau en traversant la planche étroite qui relie le quai à la péniche. Aussi est- il le caniche adoré de tous les ouvriers du quai.
« Enfin Toto a mis le comble à sa gloire dans les circonstances suivantes :
« Le débardeur était tombé, non pas à l'eau, mais sur le pavé, dans des conditions si malheureuses, qu'il ne donnait plus signe de vie. Toto
=kll!llll|,
Le c/;/(.'« ic Montargis.
fHE NEW YORK PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDtD FOUNDATIONS.
attristé se mit à lécher son maître, à japper, mais inutilement. Ce que voyant, Toto s'en fut à la maison, et Là se mit à aboyer après sa maîtresse.
« — Qu'as-tu, Toto? Laisse-moi tranquille. »
« Mais Toto s'impatientait de ne pouvoir être compris, et c'était lui qui commençait à trouver que la race humaine est vraiment inférieure.
« Voyant que rien n'y faisait, il saisit le bas de la jupe de sa maîtresse et se mit cà tirer.
« — Enfin, Toto, me laisseras- tu la paix! »
« La femme du débardeur, très intriguée par ce manège, consentit à suivre Toto, et elle arriva ainsi auprès de son mari, qu'elle ne tarda pas a ranimer par ses soms. ^
« Quand le débardeur fut debout, Toto aboyait avec joie; puis il fit entendre un cri plaintif, tenant une patte en l'air.
« Qu'avait-il? Ses maîtres constatèrent ^lors qu'il s'était fait une blessure à la patte. Et il n'avait rien dit, jusqu'à ce que son maître fût sauvé! On le remercia, on le caressa, et on le conduisit à Belleville, dans une « maison de santé » pour chiens.
« Le vétérinaire qui dirige cet établissement apprit les exploits de M. Toto, et, comme il est affilié à la Société protectrice des animaux, il raconta l'histoire, et ce ne fut partout qu'un cri d'admiration. »
Voilà donc comment M. Toto a eu la médaille d'or, dans la salle d'honneur de la Sorbonne. Il n'eut, du reste, pas l'air ému par le beau discours prononcé sur son compte, car « il en a vu bien d'autres »!
Mais Toto, — sans que cela diminue en quoi que ce soit sa gloire, — a eu des ancêtres non moins admirables, et il n'est que juste, puisque, ayant été à la peine, ils n'ont pas été, comme lui, à l'honneur, qu'il leur soit au moins fait ici une modeste place.
Connaissez-vous, par exemple, une plus extraordinaire aventure que celle du chien de Montargis ?
C'était sous le règne de Charles V. Un gendarme royal, Aubry de Montdidier, traversait, accompagné de son chien, la forêt de Bondy, quand un archer nommé Macaire l'attaqua traîtreusement et le tua. Le chien demeura auprès du cadavre de son maître, pleurant, hurlant, jusqu'à ce qu'un voyageur qui se rendait à la cour passât par là.
11 enterra l'homme et s'en fut avec le chien. Quel ne fut pas l'étonnement des assistants lorsque, arrivé au palais, le chien se jeta avec fureur sur un des gentilshommes du roi ! On le retint, mais il revint à la charge. Les soupçons du roi étaient éveillés. Il décida^ d'avoir recours au jugement de Dieu. Le chien et le gentilhomme se rencontreraient en champ clos, l'un muni d'un gros bâton, l'autre sans autre défense que ses crocs; toutefois un tonneau percé lui servirait de refuge.
Le roi, la cour et un peuple houleux assistaient à ce bizarre combat d'un gentilhomme et d'une bête, qui eut lieu à Montargis. Au signal des trompettes, le chien s'élance, bondit sur son adversaire, évite ses coups, le saisit à la gorge et le renverse, pantelant, sur le sol. 11 allait l'achever, quand Macaire confessa son crime.
L'aventure d'un autre chien « historique » eut de bien plus graves conséquences encore, puisqu'elle fut indirectement la cause de l'invasion des Danois en Angleterre.
Le prince Lodebrock, fils du roi de Danemark, aimait la chasse aux oiseaux de mer. Un jour, comme il suivait un vol de mouettes, il fut surpris par une tempête et jeté sur les côtes d'Angleterre avec son chien Méru, un chien danois, inutile de le dire.
Lodebrock, accusé d'espionnage, est amené devant le roi Edouard, qui le reçoit avec de grands égards. Émerveillé de sa science de
■1%', ■,,- ";-.'^^--^v-JJ V '■ V. 11^.'"' --1 -;■-.■-■
■■'^NT^C'-'^^ANf
Mk^^^^^^,,:^^^--- cha
hasseur, il^^ :^-. en fait même
son commensal habituel. Cette -^~>
amitié imprévue n'est pas sans provoquer des jalousies. Le fauconnier de la cour pousse si loin
/®-i;,rr^-"'^ ■-■■.--
ce mauvais sentiment, qu'il tue Lodebrock et cache son cadavre dans un bois.
Or Méru avait disparu en même temps que son maître, et cette double disparition ne laissait pas que d'étonner fortement le roi Edouard, qui se mit à la recherche de son compagnon favori.
Comme il traversait une forêt, soudain un chien bondit d'un buisson et sauta à la gorge du fauconnier, qui dut avouer son acte.
' Le misérable fut condamné à être abandonné en pleine mer sur un bateau. Les flots lui furent favorables, et il ne tarda pas à arriver sur les rivages du Danemark. Poussé par le désir de la vengeance, il annonça aussitôt que Lodebrock avait été tué sur l'ordre du roi Edouard. Les conséquences de ce mensonge ne se firent pas attendre, et les Danois préparèrent une descente en Angleterre.
Tous les chiens n'ont pas de si éclatantes occasions de montrer leur dévouement à leur maître que Méru ou le chien de Montargis. Il existe des dévouements plus discrets, mais qui n'en sont pas moins méritants. Tous les hivers, par exemple, les chiens attachés à l'hospice du Saint- Bernard sauvent des voyageurs perdus dans la montagne ou surpris par la neige. Plus modestes que des hommes, ils ne font pas passer des notes aux journaux, pour vanter leurs belles actions, et ils restent inconnus. Cependant le nom de Diamant, qui se distingua pendant l'hiver de 1824, particulièrement rigoureux, est resté populaire à l'hospice.
L'attachement du chien du duc d'Enghien à son maître a été noté également dans un petit coin des tablettes de l'histoire. Au moment où le duc d'Enghien allait être passé par les armes dans les fossés du château de Vincennes, son chien vint le rejoindre et se jeta sur lui pour
Le chien du duc d'Eiighien.