LES AMIS DE L'HOMME
Tous les animaux sont les amis de l'homme, lorsque l'homme sait franchement et loyalement être l'ami des animaux.
Le tigre féroce, le terrible lion, l'oie et le dindon si dédaignés, l'humble moineau, le hideux crapaud, l'ours au regard fuyant, le farouche orang-outang, la répugnante araignée et le simple brochet luimême vont successivement nous apporter ici leur témoignage.
A tout seigneur tout honneur! Parlons d'abord du roi des animaux. La noblesse du lion est proverbiale. Elle n'est pas un vain mot. Qui de nous ne connaît l'histoire d'Androclés?
Cet esclave avait rencontré dans une forêt un lion blessé, l'avait soigné, l'avait guéri. 11 arriva qu'Androclès fut condamné à être livré aux bêtes, pendant les jeux de cirque, à Rome. 11 arriva aussi que le lion chargé de dévorer l'esclave était celui que l'esclave avait soigné. Le lion se coucha aux pieds d'Androclés.
Moins connue et presque identique est l'histoire de la lionne de Buenos-Aires.
Les Espagnols venaient de fonder la colonie de Buenos-Aires ; ils la défendaient à grand'peine contre les peuplades environnantes, quand une femme, nommée Maldonata, s'aventurant hors de la ville malgré la défense du gouverneur, fut effrayée soudain par l'apparition d'une lionne, mais bien plus étonnée encore quand la formidable bête, s'approchant d'elle, lui lécha les mains en lui montrant sa patte blessée. L'Espagnole alla puiser de l'eau à la fontaine voisine, lava, pansa, enveloppa d'un linge le membre endolori, et la lionne lui témoigna bientôt sa reconnaissance. En effet, la femme, ayant regagné les retranchements de ses compatriotes, fut condamnée par le gouverneur à être exposée au milieu d'un bois. Mais les soldats, qui croyaient retrouver le lendemain le cadavre de leur victime, assistèrent à un spectacle étrange : la lionne, suivie de ses lionceaux, s'était couchée devant le poteau et tenait en respect les bêtes affamées. La lionne avait été moins féroce que le gouverneur.
La reconnaissance de la lionne de Buenos-Aires, c'est bien. La générosité du lion de Florence, c'est mieux.
Voici l'aventure telle que nous la raconte un auteur du xvin' siècle.
Un lion s'était échappé de la ménagerie du grand-duc de Florence. Aussitôt, prenant sa course, il s'élance à travers la ville, qu'il parcourt en tous sens. L'épouvante se répand de tous côtés, tout fuit devant le redoutable animal.
Cependant une femme qui portait son enfant dans ses bras se trouve sur son passage ; elle veut fuir, mais la terreur semble enchaîner ses pieds à la terre.
La terrible bête approche, elle n'est plus qu'à quelques pas. La pauvre femme fait un effort désespéré, elle se précipite en avant; mais, en courant, elle laisse tomber son précieux fardeau.
Le lion de Florence.