‹ A la grand'pinteChapitre 14 sur 103 · LE SCIEUR DE PIERRE · texte numérisé non relu

LE SCIEUR DE PIERRE

Quand pour fuir la chaleur du jour, L'ouvrier scieur, à son tour Vient le soir pour scier sa pierre,

Que peut-il penser dans la nuit, Lorsque lui seul cause du bruit Le long des murs du cimetière?

Car c'est de là que je l'entends.

— Impassible comme le temps, Mais plus vite rongeant encore ; De sa longue scie en son bain, Le flux et le reflux au lointain Grince en un frôlement 6onore.

Se dit-il : Ma famille dort;

(Pour un rivant ou pour un mort

Que m'importe ! ) — en sciant ma pierre

Je suis assuré pour demain,

De pouvoir rapporter du pain,

En travaillant la nuit entière?

Sciant son bloc activement, Pour l'arroser, même en dormant Il sait remplir d'eau sa cuillère.

Et ce veilleur sous un auvent, Yest pas moins à la pluie, au vent, De côté, de face ou derrière.

— Près dune immense pierre assis.

Peut-être bien que les soucis Dorment, quand le corps se balance Poussant uue scie en avant,

Puis en arrière la tirant,

Toute une nuit, dans le silence?...

Lorsque, par l'orage agité, Je m'éveille en sursaut, l'été, Ecoutant le vent dans un saule...

Entre les dormeurs et les morts, Du scieur j'entends les efforts, Toujours sa scie au lointain frôle.

— Ouvriers de jour ou de nuit, Dans le silence ou dans le bruit, En notre temps la vie est rude.

Nous scions la pierre pour tous, Arrosons-la ! — Consolons-nous, Il faut en prendre l'habitude.

Et, chers enfants dormant encor, Vous qui verrez la ville d1or, Ce Paris géant, ces merveilles, Songez à tant de travailleurs ! !

Peut-être pires que meilleurs...

.Mais soyez heureux de nos veilles !

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