PRINTEMPS
Lorsque vient la saison nouvelle Des fleurs et des bourgeons sans prix, Le printemps, qui tout renouvelle Et la nature et nos esprits, îS'ous éprouvons un tel bien-être Que chacun rouvrant sa fenêtre, Ou son trou sur les toits penchants, Croit aspirer l'air pur des champs.
Là, quand on cueille l'aubépine, Pendant que verdoient les coteaux, Et dans les prés où tout gemme Lorsque chantent tous les oiseaux ; Chaque légère pierre blanche Se soulève et triste se penche, Comme autant de petits tombeaux Qui cachaient les esprits nouveaux...
Printemps, par un divin mystère
Tout se transforme en ta saison, Les cieux se mêlent à la terre Dans les vapeurs de l'horizon.
Tout s'émeut, renaît par magie; L'arbre, l'insecte en léthargie, Comme l'homme étire son corps; Chacun d'eux s'éveillant alors.
Souvent, lorsque ta sève immense Monte jusqu'à notre cerveau, Avec le beau temps qui commence Germe en nous un espoir nouveau...
Mais l'été s'enfuit, puis l'automne, Arrive l'hiver; janvier sonne...
Rien n'est éclos. — Vœux superflus* C'est seulement un an de plus !
0 saison de fleurs couronnée, Qu'importe? — Chasse le vieillard Qui vient nous jeter chaque année Son vent, sa glace et son brouillard.
Toi, souffle ! Ton souffle féconde.
Tant que le monde sera monde Les poètes te chanteront Et les hommes te béniront !
— Fais-nous revivre la nature, Fais de la terre un paradis; Etends-nous ta verte ceinture Tout entour des champs engourdis.
Embellis hommes, femmes, choses; Fais tout pousser : l'herbe, les roses, Et les grands lilas que j'avais Dans le temps... aux prés Saint-Gervais !.
Et, vert printemps, si cette année Resplendit par toi, — tu le peux ; Si l'amoureuse abandonnée Retrouve encor son amoureux ; Si chacun s'attache à qui l'aime, Si tout me plaît comme toi-même,
Je chanterai, printemps vermeil, Que nul n'aura vu ton pareil !