DE GUEULE A TROIS PALS DE VAIR AU CHEF D'OR
M'en allant à Morte-Fontaine...
On soir je traversais la plaine ; Le soleil d'or, à l'horizon, Semblait le chef de mon blason.
Comme l'oiseau, sur une tombe, Dans l'ombre, chante ses chansons, Sur les débris, quand le jour tombe, Poète, je trouve des sons.
Je chante, et mon chagrin s'envole; Le bruit fait fuir le corbeau noir.
Pendant ce temps je me console.
Tristesse, adieu ! — Bonjour, espoir !
Mon âme est très-souvent froissée, Mon orgueil encor plus souvent, Quand je me reporte, en pensée, A ce qui fut auparavant....
— ol —
— Mon patrimoine est à la France, lis sont fondus, les écus d'or !
— Je n'ai plus, par droit de naissance, Que la vergogne, autre trésor.
Toute noblesse est souveraine.
Echo bien lointain d'un grand nom, Je ne courbe le front qu'à peine, Et n'implore jamais pardon.
Je ne demande rien, en somme.
Ne flattant pas, on le sait bien, Ma route est solitaire comme La route où l'on ne gagne rien.
Et de l'art je me glorifie !
Je préfère, acceptant mon sort, Etre de ceux qui font la vie, Que de ceux-là qui font la mort.
Et, philosophe par contrainte, Ne trouvant pas le monde laid, Je n'y veux rien changer, de crainte De le faire moins bien qu'il n'est.
J'ai retenu, sur toute chose,
« Qu'il faut voir au-dessous de soi ; »
Et quand pour moi tout n'est pas rose,
Je regarde au-dessous de moi.
— Ainsi, toute splendeur s'efface...
Mais qu'importe à l'humanité?
Une autre splendeur la remplace ;
Et je redis sans vanité :
M'en allant à Morte-Fontaine...
I o soir je traversais la plaine ;
Le soleil d'or, à l'horizon , Semblait le chef de mon blason.
VEPREE
Il est au seuil de ma porte,
In tilleul de deux, eeuts ans.
Qu'il a vu passer de gens !
Mais nous passons tous 5 qu'importe?
Sou ombrage hospitalier
S'étend sur moi, tonnelier.
C'est à mon tour ! — La journée
Ou la tâche terminée,
Sous cet arbre je m'asseois
Jusqu'à minuit quelquefois
après souper, tout se range ; Ou referme le buffet.
Ma femme a si vite fait, Surtout pendant la vendange, Où, durant cette saison, La joie est à la maison.
Chacun et chacune apporte Son siège devant la porte.
On cause, on rit, il faut voir !
Jusqu'à l'heure du bonsoir.
Etendu sur une chaise Dont le dossier touche au mur, Moi, quand le jour est obscur.
Me balançant à mon aise,
Humant l'air, tout en rêvant, Je fume ma pipe au vent.
Puis l'amitié, sous ma treille Vient vider une bouteille j Une bouteille ou bien deux...
On trinque et l'on est heureux I
Ces temps sont des temps de fêtes Pour nos pays à raisins.
On voit passer les voisins, Avec chevaux et charrettes, Portant, du matin au soir, Les vendanges au pressoir.
— Vivent ! vivent les automnes Qui me font vendre mes tonnes ; Cette fois, j'ai gagné plus
De trois cent cinquante écus î
De ma maison sur la route Je veux faire un paradis !
J'embellirai mon logis.
Oui; tant pis, coûte que coûte î 0 ma treille de muscats !
Voici maintenant le cas De rattacher ton treillage Pour soutenir ton feuillage ; Et d'avoir, près des jasmins, Une cabane à lapins.
— Je vais, pour ma femme Hélène, (J'ai là mon argent tout prêt), Acheter, mais en secret,
Un beau jupon de futaine
Rouge comme un cabaret.
Elle aura sou blanc bonnet Bordé de fine dentelle — Ha ! — Je veux ma femme belle Pour ma fête, après-demain.
Mon patron, c'est saint Firmin !
Il faut une veste neuve
A Jacquot, mon fils. — C'est lui
Qui deviendrait sou appui
Si demain elle était veuve —
— La tristesse en mon cerveau Se perebe comme un corbeau :
Lorsque la nature est sombre Toute chose porte une ombre...
— Eh ! c'est l'effet de la nuit, L'église sonne minuit !
Bonsoir, tilleul de ma porte, Ami du seuil des maisons.
Toi, qui vis tant de saisons ! Où sont les gens de ma sorte, Abrités jadis par toi'?...
Tu n'en sais pas plus que moi.
— Ah ! bah ! pour tous est la chance ! J'espère en la Providence.
— La cigale chante encor — Rentrons, tout le monde dort !
gfôS