EN CE TEMPS-LA
Pauvre Jacques S — Ton vieux moulin Crépitait au vent, sur la butte.
Et quand je heurtais à ta hutte, Le soir, pour boire un pot de vin, Aussitôt tu m'ouvrais ta porte, Joyeux, tu me serrais la main.
Pauvre Jacques ! — Ton vieux moulin A des jours heureux me reporte....
— En ce temps-là, j'allais m'asseoir Sous les vignes de tes tonnelles, D'où je m'amusais, chaque soir, A voir planer les hirondelles Tournoyant au soleil couchant.
C'était grand' fête en ma pensée, Mon âme se sentait bercée Et tout était murmure ou chant.
Tout bruissait à mon oreille :
Le moulin, le vent sous la treille, Les cigales dans tous les coins.
De mon banc, je voyais les foins, Les blés, les bois et les prairies.
Toutes choses étaient fleuries
La nuit, descendant le ravin, Rentrant à l'auberge, en chemin J'avais, pour embellir ma route, L'espoir, le bruit du vieux moulin, Les arômes d'un grand jardin, Et les étoiles de la voûte.
— oi —
— Depuis dix ans je ne t'ai vu;
Tes cheveux étaient blancs de neige
Bon meunier qu'es-tu devenu?
Bon meunier que Dieu le protège !
PJQUET
Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon, A la joyeuse trogne, Il vendange en Bourgogne !
Riquet, debout sur un coteau, Comme un drapeau sur un château.
De loin se faisait reconnaître À son gilet rouge, à sa guêtre Montant au-dessus des genoux ; Grand chapeau, nez rubis dessous.
C'était le Dieu du vin, peut-être; Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon.
Aussitôt que passait Riquet, Les vignes prenaient Pair coquet...
Ce que je dis est à la lettre ; Les vignes semblaient le connaître, Et montraient du raisin bien noir Pour que Riquet vint les revoir.
C'était le Dieu du vin , peut-être ; Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon.
Riquet n'aime que la saison
Du rouge automne. — Il a raison.
Mais, quand il voit l'automne naître,
Cela ne l'empêche pas d'être
Ami du chaume et du salon,
Et de s'appeler tout du long :
Riquet! — Le Dieu du vin, peut-être..
Riquet le gai, Riquet le bon.
Riquet le joyeux, compagnon.
Il avait sept cents vendangeurs Cueillant, taillant, chantant dos chœurs. Aucun n'eût osé se permettre D'aller s'endormir sous un hêtre, Sous les vignes, un peu partout, Tant que Riquet était debout.
C'était le Dieu du vin, peut-être:
Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon.
Et du matin jusques au soir, La vendange allait au pressoir.
Chacun courait à la fenêtre Pour voir au lointain apparaître Sept cents hommes longeant les murs, Chantant, chargés de raisins mûrs.
C'était le Dieu du vin, peut-être; Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon.
Oh ! tout le monde aimait Riquet, Et ce grand amour s'expliquait ; En tout il était passé maître, Partout on le voyait paraître ;
Aucune noce, en vérité, Où Riquet ne fût invité.
C'était le Dieu du vin, peut-être; Riquet le gai, Riquet îe bon, Riquet le joveux compagnon.
Si Ton avait quelque chagrin, En parlant à Riquet, un brin, Chacun retrouvait le bien-être.
Tout espoir venait à renaître.
Riquet ramenant la gailé:
Riquet ramenait la santé.
C'était le Dieu du vin, peut-être; Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon.
Sitôt que le jour finissait, Alors le souper commençait.
C'est là qu'on voyait disparaître Dans l'immense banquet champêtre Les bœufs, les moutons et les veaux.
El le vieux vin des grands tonneaux Riquet, c'était un Dieu, peut-être...
— Riquet le gai, Riquet le bon, Riquet le joyeux compagnon, A la joyeuse trogne • il vendange en Bourgogne !