UNE FEE
J'ai vu sur une hirondelle, Messagère du beau temps, Une fée, en sentinelle, Guetter l'heure du printemps.
Plus petite que l'étoile Qui scintille au ciel le soir, Et qui par moment se voile Pour être plus belle à voir, Elle attendait, lumineuse, L'instant propice au départ.
Ma pensée était rêveuse...
Je l'aperçus par hasard.
Sur l'hirondelle perchée
Dans le trou noir d'un vieux mur,
La fée, à moitié cachée,
Brillait sur le fond obscur.
Elle avait une couronne
De brins d'azur mêlés d'or!...
Et sa gentille personne
Resplendissait plus encor.
Belle comme l'Espérance, Légère comme elle aussi, Fée, allez-vous vers la France, Tandis que je reste ici ?
Elle, presque sans bruire, Comme au lointain un doux air, Me dit, avec un sourire :
Oui ! je vais traverser l'air.
De cette ville étouffée, Oh ! si je pouvais sortir Avec vous, petite fée, Comme je voudrais partir l J'irais revoir les rivages Et les bois de mon pays...
Fée, hirondelle, nuages !
Quand reverrai-je Paris ?
Que de regrets je devine...
Mais, je te soutiendrai, moi !
L'Espérance est ma cousine ;
Je lui parlerai pour toi :
Je suis la fée insensée
Qui préside aux mille riens l
Aussi, je suis très-pressée...
Je pars. — Adieu ! — Je reviens.
J'ai vu sur une hirondelle, Messagère du beau temps, Une fée, en sentinelle, Guetter l'heure du printemps.
iïouvelle-Orléans.
Kg