CHAPITRE VII Colonisation et Immigration
A l’agriculture, le colonisation et l'immigration qui lui servent de corollaires et d’adjuvants, viennent se joindre pour former les assises fondamentales de notre avenir et de notre progrès national.
La province de Québec possède une énorme quantité de terres colonisables, car, de sa superficie totale, pas plus d’un neuvième n’est organisé en municipalités pour fins agricoles. L'ancienne province de Québec, qui avait une superficie totale de 351,873 milles carrés, a reçu, par l'addition de l’Ungava, un territoire supplémentaire de 351,780 milles, équivalant, en tout, à 21,545,700 acres de terres organisées et 418,572,160 non organisées.
“La province possède donc 318,115 milles carrés ou 203,593, 600 acres de terre qu’elle concède au fur et à mesure des dévelo-pements de la colonisation. Ces terres sont arpentées graduellement dans les régions les plus accessibles et vendues aux colons qui veulent y faire du défrichement.” e
Chaque année, une somme bien modeste est affectée au soutien et à l’encouragement de la colonisation. En 1915-16 cette somme était en tout de $234,500, dont $225,0090 pour les chemins de colonisation. Ce montant était réparti sur 41 différents comtés.
Dans ce total se trouve le chiffre de $14,973.68 sous la rubrique de ‘dépenses diverses imputables au subside des chemins de colonisation.” Or, en examinant le détail de cette dépense on trouve que près de $11,000 ont été payées en salaires de commis, frais de voyages, etc., tandis que $3,000 seulement ont servi à la colonisation proprement dite.
Le total de $210,000 dépensé pour les chemins se divise en à peu près 700 items différents, soit une dépense moyenne de $300 et on reste un peu ébahi devant l’ingénuité du ministre des travaux publics qui a réussi à faire entrer sous l’en-tête des chemins
de colonisation, deux sommes, modiques il est vrai et en elles-mémes bien légitimes, si elles étaient portées au compte qu’il convient, savoir : “pour renouveler le pavage du pont Taschereau, sur la rivière Lafleur, Ile d'Orléans. $124.23, et ce qui est mieux encore, ‘“‘pour aide au bateau faisant le service entre Québec, Saint-François et Sainte-Famille, $100.00”.
Payer ces sommes à même le trésor publie peut être parfaitement justifiable, mais les couvrir du manteau déjà bien mince et bien exigu de “colonisation,” c’est un peu fort même quand c’est pour l'avantage de M. Taschereau.
Ainsi, non seulement on donne à la colonisation un budget de famine mais on ajoute à cette incompréhensible lésinerie l'acte crirainel de distraire de ces maigres crédits des sommes importantes pour des objets qui ne se rattachent que de fort loin à J'intention du vote donné par la Chambre.
Sur ce point,comme sur tous ceux qui intéressent la province, M. Sauvé a secoué l’inertie et l'ignorance du n inistre et par plusieurs vibrants discours bien documentés il a fustigé le négligent adininistrateur pour qui le poste qu’il occupe n’est qu’une occasion de promenades et de vacances plutôt que d’études sympathiques dans l'intérêt du colon.
M. Sauvé a été puissammert appuyé dans ses revendications par M. Turcotte, le député du Lac Saint-Jean. Le discours que ce dernier a prononcé le 16 décembre est à lire avec attention et d’un bout à l’autre. Il est bourré de faits indiscutables et de propositions qui dénotent un sincère intérêt pour le colon, une juste appréciation de ses labeurs et des difficultés qui le confrontent à chaque pas, de même qu’il offre à la situation désastreuse du défricheur des remèdes certains, par des amendements raisonnés aux lois qui le régissennt et l'entourent de restrictions plus fâcheuses les unes que les autres.
Le discours de M. Turcotte, son premier essai à la Chambre, lui a conquis immédiatement une belle situation parmi ses collègues. Prononcée sans aucune prétention bien qu'avec une jolie forme littéraire, sans emphase mais bien appuyée sur les faits, cette remarquable étude sur la colonisation et l'immigration, traitée par un expert et un homme pratique a nécessairement renseigné une Chambre qui ne voulait pas être convaincue et avouer son ignorance, mais que les faits prouvés et les chiffres contrôlés ont dû certainement impressionner.
Lors du débat sur une demande de crédit de 830,000 pour
ET de
l'immigration, le champ de la discussion fut élargi par M. Sauvé qui traita de la colonisation à son point de vur le plus élevé et fit maintes suggestions qui, il n’est pas besoin de L dire, ne f rappèrent aux bancs du ministère, que des oreilles volontairement sourdes.
Il rappela les grands congrès tenus naguère dans l'intérêt des colons, l'intérêt et l’encouragement qu'on leur témoignait et le dévouement des défricheurs d'alors qui créèrent de si florissants établissements au nord de Montréal. Î appuya sa démonstration des témoignages écrits de patriotes qui aiment cet ouvrier de notre richesse nationale et qui demandent pour lui l'intervention de l'Etat pour aider, dans des proportions modérées mais bienfaisantes, son dévouement et son courage. Il cita les actes de la République Argentine en 1883 et de la Nouvelle-Zélande en 1895, où l'appui du gouvernement augmenta à la fois la population et la production agricoles, dans des proportions inespérées.
Tout est bien changé maintenant. La colonisation est largement laissée à l'initiative privée. De nombreux obstacles entravent le mouvement colonisateur. Les rapports officiels montrent de la façon la plus claire que loin d'encourager la colonisation on semble vouloir l’enrayer autant que possible.
Le petit tableau suivant, depuis 1905, donne la quantité de terres disponibles chaque année, celle des ventes effectuées et celle, bien lamentable, des terres retournées à la Couronne après révocation des ventes :
Superficie des Montant des Terres retou-
terres divi- ventes effec- nées à la Cousées et dispo- tuées ronne après ré- ANNÉES nibles vocation des Acres $ cts. ventes. —Acres.
1905-06... ...... 6,667,420 67,063.01 112,053 1906-07......... 6,587,967 100,626.29 110,726 1907-08......... 6,404,642 99,099,80 86,431 1908-09......... 6,238,099 77,448.73 41,842 1909-10......... 6,293,045 41,270.39 91,315 UOTE 6,468.368 47,806.02 67,340 OPEL 7,066,755 53,669.10 68,095 IURPSE See 6,923,691 110,626.31 62,307 DIRE FRE 6,869,586 103,800.32 97,466