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Le chiffre des rétrocessions indique bien jusqu'à quel point la politique suivie par l'administration a été funeste. Non seulement elle n’a pas fait progresser la colonisation, mais elle n’a pu retenir ceux qui avaient déjà commencé leur établissement sur les terres vierges de la province.
Pourquoi ces colons ont-ils abandonné leurs terres” Parce que dit le ministre, ils n’ont pas rempli leurs obligations. Et ces obligations, n’étaient-elles pas trop lourdes et trop pénibles ? On cherche ailleurs plus d'avantages. On est fatigué de lutter à la fois, contre les règlements vexatoires du gouvernement et contre les avantages insidieux donnés aux marchands de bois; ou à leurs représentants.
Dans les régions de colonisation les plus importantes, le Lac Saint-Jean, l’Abittibi, le Témiscamingue et la Métapédia, le colon ue peut se maintenir et profiter de son labeur qu’au prix de sacrifices inouïs et d’une lutte de tous les instants.
Les mémoires des agents, publiés dans le rapport du ministre, laissent, par instants, apercevoir la vérité, La seule mention des faits en est une suffisante démonstration.
Les voies de communication manquent partout ; il n'y a pas de chemins pour le transport des produits. ‘Les colons pauvres, dit l’abbé Caron, ‘‘sont souvent empêchés de se rendre (aux nouveaux cantons), à cause des déboursés élevés qu'ils prévoient devoir faire pour le transport de leurs effets de ménage et des provisions de bouche.”
Quand il est question de distribuer l’argent voté avec une révoltante parcimonie, on le divise en sommes ridiculement petites que l’on sème au hasard du patronage sans suite et sans raison.
Si l’on se trouve en face de régions importantes comme celle de la Métapedia, on gaspille l’argent pour des chemins inutiles et on gâche l’avenir d’un superbe district par une règlementation stupide et méchante.
Au Témiscamingue, on encourage la colonisation présente et future avec de brillantes promesses que l’on n’a nullement l’intention de tenir.
Le lundi, 18 décembre, M. Sauvé donna lecture d’une communication signée par 66 habitants de la région. relatant les promesses mensongères des différents ministres qui l'avaient visitée . Ces braves défricheurs rappellent au public que lors d’une prominade chez eux, M. Gouin (avec M. Tarte et M. Allard) les informa
que sous trois ans, il renouvellerait sa visite en chemin de fer. Plus tard, M. Devlin (1910) promit une voie ferrée dans les cinq ans. En 1912, même promesse de MM. Gouin et Devlin. >omme résultat, toujours même désappointement et même attente.
La province a pourtant emprunté dix millions pour la voirie dans les sections organisées du pays. Pourquoi ne peut-on donner que des miettes au colon ? On crée ce que l’on appeîñe des grandes routes provinciales et on laisse dans un abandon complet le pionnier de nos régions nouvelles qui ne peut transporter, à prix raisonnable, les produits que la terre ne lui donne qu'aprèsdes travaux épuisants.
“On comprend difficilement pourquoi nos hommes publics ne montrent pas plus de zèle pour un mouvement qui devrait être le premier facteur non seulement de notre prospérité économique mais du développement et de la survivance de notre race.”
“S'isoler dans la forêt avec la perspective de plusieurs années de privations, demandera toujours beaucoup de courage et de persévérance. Si on ajoute à cela, la tracasserie des lois et de l'administration, les embarras de la politique, il est bien sûr qu'on paralvse l’œuvre en décourageant le olon.”
Et l’on s'étonne que la colonisation ne soit pas en progrès. Disons donc, qu’il +st bien étonnan: qu’elle existe du tout.
Et encore, si le colon n'avait à lutter qu'avec les difficultés d'ouverture des terres et du manque des moyens de transport !
Le gouvernement connaît ou devrait connaître ‘” n’est pas aveuglé par l'unique nécessité politique, le nombrr ax colons qui obtiennent des lots en faveur des marchands de bois, pour paralyser la colonisation.
Grâce à la complicité intéressée des politiciens, qui font bien fi des progrès de la province, tous les spéculateurs s'entendent pour étouffer l'initiative chez le colon. Quand on ne le persécute pas, on le tracasse. Quand il a, par un travail pénible, réussi à triompher du sol qu’il force à lui donner la vie en attendant qu'il en reçoive l’aisance, on le confronte avec un règlement inique ou férocement appliqué qui le dépossède et le ruine.
On fait des lois pour protéger le gibier, mais on traque le colon comme un malfaiteur.
Bien plus, pour rendre sa situation pire encore, en vient d'augmenter le prix des terres publiques de 20, 30 et 40 sous qu’elles étaient, à un prix uniforme de 60 sous l’acre. C’est une hausse honteuse, inexcusable.
Au lieu de réduire le prix, on l’augmente.
Dans l’Ontario, non seulement on vend les terres à un prix nominal, mais on y encourage le colon et on propose même de l’aider on lui fournissant des instruments, des bestiaux et du grain. Ici, on l’étouffe, Quand donc l'opinion publique fera-t-elle justice de cette tribu néfaste qui sacrifie la richesse du pays à de vulgaires préoccupations de politique et d’enrichissement personnel. Quelle augmentation va subir le chiffre, déjà énorme, des lots rétrocédés à la Couronne ? Si les colons se déplacent parce qu'ils ne peuvent plus endurer les privations de toute sorte sur les terres qu'ils possèdent et sur lesquelles ils n’ont pu vivre les trois années réglementaires, que va-t-il résulter maintenant si à cela vient s’ajou.er un accroissement de prix pour la terre elle-même ?
Voici. Mardi soir, le 20 courant, trente Canadiens-français de Saint-Eloi (Témiscouata), s’en allaient prendre le chemin de fer pour aller s'établir dans le nouvel Ontario et on estime à quelques milliers pour cette seule année le nombre de ceux qu! ont ainsi quitté notre province.
Et dire que nous continuons à être gouvernés par des gens qui sapent ainsi à leur base les plus fermes soutiens de noire édifice national !
Quant à l'immigration, elle ne vaut rien pour nous. Les statistiques en font foi et M. Turcotte a traitée * question à fond.
A la demande de M. Sauvé, qui désirait savoir qu’étaient devenus les 15 fermiers rapportés comme étant revenus au pays, le ministre n’a pas su, voulu ou pu répondre.
Un tableau des immigrants arrivés à Québec et placés dans la province du ler juillet 1914 au 30 juin 1915, nous montre que du nombre total de 3959, 1397 étaient des femmes et des enfants audessous de douze ans et que dans le chiffre restant de 2562 on ne comptait que 41 fermiers et 189 garçons de ferme, en tout 230 agriculteurs, soit environ six pour cent.
Si la terre se meurt, suivant M. Caron, la colonisation, et le rapatriement sont dans un état bien navrant et pourtant, l’avenir de la colonisation dépend del’action de l'autorité politique. Quelle affreuse expectative !