CHAPITRE III
La Chambre et le Premier Ministre
sur l’Assemblée un effet sérieux. Ils ont mis le gouvernement en garde contre la confiance aveugle qu’il avait d’abord sue dans la liberté d'action que semblaient lui promettre son immense majorité et la faiblesse apparente de ses adversaires.
Parmi les sujets qui ont provoqué les plus sérieuses et parfois les plus ci.audes discussions, nous étudierons particulièrement ceux auxquels l'opposition 8’, st arrêtée d’une manière plus spéciale. Elle a ainsi démontré, par son œuvre bienfaisante, que le
e ce qui, par-dessus tout, devrait l’occuper d’une manière primordiale.
Les députés, pour la plupart, écoutent les débats en amateurs. C’est pour eux un spectacle auquel on les convie en les Payant pour y assister. Il semble que dents soit la chose
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la plus importante dans l’accomplissement de fonctions qu'un peuple mal conseillé et mal dirigé leur a confiées.
S'il s'élève un débat sur une question de pur sentiment, comme celle de l’admission des femmes à l'exercice des professions libérales, un certain nombre, n'ayant que peu ou point de travail à faire et n'étant pas obligé à une étude et des recherches sérieuses, y part: era et en profitera pour donner de l'air à des périodes arrondies et à une rhétorique de collégien.
Mais quand il deviendra nécessaire à ces élus du peuple de se frayer un chemin à travers la brousse des tableaux financiers artistement mélangés pour faire le désespoir du chercheur le plus avisé, l’étude prolongée les effraie et le résultat pen rémunératif les décourage.
La discussion se centralise alors.
La critique est à la seule charge de l'opposition. Le troupeau ministériel aurait bien garde d’y participer. Il se tient parqué sous la houlette du berger. La réplique est au ministre que l'affaire ea litige concerne le plus particulièrement. Deci, delà, le premier ministre intervient.
Sir Lémer Gouin a nécessair:ment acquis au cours des nombreuses années pendant lesquelles il a occupé un siège à l’Assemblée législative, une expérience des règlements et de la procédure qu'avec dextérité, il sait mettre à profit à l’occasion. Il a du doigté.
Il fit d’abord son apprentissage au conseil de ville de Montréal, dont il fut un des échevins.
Elu à l’Assemblée, pour la première fois en 1897, il fut réélu en 1900 et en 1904. En 1908, il fit la lutte dans deux comtés, l’un Montréal No 2 (Saint-Jacques), où il fut défait par M. Henri Bourassa, et l’autre, Portneuf, où il eut plus de succès. Son mandat, lui a depuis été renouvelé «à 1911 et en 1916. Il siège donc à l’Assemblée depuis près de vingt ans.
Il fit partie du ministère Parent dans lequel il entra le 3 octore 1900, en qualité de commissaire des travaux publics. Le 23 mars 1905 il devint premier ministre avec le portefeuille de procureur général. Il occupe ce poste depuis bientôt onze ans.
La manière peu digne qui signala son ascension au pouvoir, les méthodes détournées et brutales à la fois, qu’il employa pour amener la disparition de celui qui l’avait appelé à faire partie de son cabinet cinq ans auparavant, sont encore dans toutes les mémoires et resteront au débit de sa renommée et de son honnêteté
politique. L'intrigue lui tint lieu de marchepied pour l’escala: du pouvoir ; l’ingratitude marqua son acte d’un sceau indélébi et son âpre désir d’arriviste triompha de la reconnaissance q aurait dû maintenir son esprit dans la voie droite de la loyau! au chef qui en avait fait son coliègue.
M. Gouin conduit la Chambre avec une main de fer. Ir cherche nullement à la dissimuler sous un gant de velours. ‘“Cro ou meurs” est sa devise. Quand il s’est arrêté à un mode d’actior son entêtement et sa confiance en lui-même lui interdisent d modifier sa décision à moins que l’opportunisme, cher à son gran: chef et en général aux prototypes du libéralisme, ne lui fasse voi et apprécier l'utilité ou la nécessité d’un changement.
vindicatif et la vengeance féroce. Ses partisans le craignent plu: qu'ils ne l’aiment et ils savent que le moyen d'arriver à son cœui
La logique n’est pas absciument le - ‘ide rigide de sa conduite Il brûlera aisément ce qu'il a adoré si les cendres qui en résultent peuvent lui servir à baser des constructions nouvelles. De même, il accommodera les idées de es adversaires, qu’il aura combattues à outrance, aux besoins de sa politique future et il en réclamera le bénéfice, sans donner le moindre souvenir à une paternité qu'il se refuse à reconnaître. I! prend son bien où il le trouve.
Il n’est pas orateur mais il discute bien. Son esprit est clair
et sa phrase a du nerf, mais il ignore les grandes envolées. C’est un provincial. La tournure littéraire n’est pas son fait, pour lui ce serait du temps perdu. S’il ne peut pas convaincre, il veut du moins gagner, quels que soient les moyens.
Ses discours sont généralement brefs. Peu de citations, un court énoncé de faits, bien souvent sens scrupule, une conclusion hâtive, un déda'n de grand seigneur pour les faits et les œuvres, surtout d°s autres, et une assurance parfaite née de ja certitude
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d'éloquence. Il est trop pratique et utilitaire pour risquer le ridicule du pathos et des trémolos. Aussi a-t-il la prudence de ne pas s'aventurer dans ce champ dangereux. Il laisse cette faiblesse aux nouveaux députés que la rhétorique n’a pas délaissés et chez qui la réalité n’a pas encore éteint le feu sacré de l'imagination et de la jeunesse.
Il n'est cependant pas au-dessus de l'imitation même excessivement rapprochée et assez fidèle pour être aisément reconnue et le Jaurès accommodé par M. ( ‘in porte encore assez sa marque de fabrique originaire,pour qu .. ne puisse y avoir de confusion entre le see français et la camelote par laquelle on aurait pu tenter de le remplacer.
Avec ces moyens u n peu maigres, mis au service d'une volonté de fer, il se maintient aisément au pouvoir et la faiblesse de ses partisans lui en assure la continuation à moins qu'il ne finisse par où il a péché et que le couteau d’un collègue aussi habile et rusé qu'ambitieux et entreprenant, ne lui inflige un châtiment que lui aura mérité son traitement du chef dont il a trahi si indignement la confiance téméraire.
A la session qui nous occupe, la tactique et la stratégie du premier ministre n’ont pas sensiblement différé de celles qui ont marqué les précédentes sessions.
s mêmes causes produisant les mêmes effets, la discussion a naturellement ramené les errements caractéristiques de l'espèce, issus qu'ils sont de faux principes identiques.
Logiquement, les méthodes usuelles ont dû être mises au service de l'explication des mêmes problèmes administratifs. Comme ils roulent à peu p : : toujours dans le même orbite, leur solution est forcément entachée de tares semblables à celles qui ont marqué de leur empreinte les sessions antérieures.