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CHAPITRE V

La question scolaire de l’Ontario à la Chambre

Le 16 novembre fut discutée, à l’Assemblée, la position prise par le cabinet Gouin, au cours des élections de Mai 1916, au sujet de l’enseignement bilingue dans les écoles primaires de l’Ontario.

On sait que cette question, toute entière du domaine d’une autre province, fit cependant les frais principaux de la dernière lutte locale dans le Québec. Par un moyen détc 4 'ee démagogues libéraux l’avaient d’abord introduite dans l’# uérale. De là et de chute en chute elle devint la proie de nos po. ..iciens en quête d’agitation sur les questions de langue et de race.

Un certain nombre des candidats, plus prudents et mieux avisés, se contentèrent d’en faire l’objet d’une cabale sournoise et cachée, conduite sous le manteau, mais plus dangereuse parceque insidieuse et difficile à retracer et démolir. Ce travail souterrain s’appuyait sur deux principales bases. L'une était la motion Lapointe, présentée aux Communes le 10 mai 1916 par le député de Kamouraska, l’autre était la loi Galipeault passée par la législature de Québec en 1915.

On sait que le gouvernement de Sir Robert Borden ne put accepter la proposition Lapointe qui demandait l'intervention officielie auprès du cab'aet de l'Ontario, au sujet du règlement XVII, concernant l’enseignement du français dans les écoles de la province voisine. Il dut y refuser son appui d’abord à cause de sa nature même, car ce n’était qu’une tentative de rabaisser la question au niveau d’une manœuvre électorale, En plus, elle ne pouvait avoir aucun résultat pratique, car elle était purement du domaine provincial.

À ces raisons s’ajoutait celle plus grave, que le litige à ce

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sujet était ‘sub judice,” les tribunaux auxquels il avait été déféré r’ayant pas encore prononcé leur verdict.

La proposition fut rejetée, inais les ministres français et les députés de Québec qui les suivirent furent sujets aux invectives passionnées et à l’opprobre de la part de la tourbe des politiciens rouges et d’une certaine faction indépendante, fanatisée par les articles tendancieux du “Devoir” dont le directeur ne manqua pas cette occasion d'imputer aux conservateurs les pires intentions.

Comme aux libéraux toutes les munitions sont bonnes, pourvu qu’elles permettent de faire une trouée dans les rangs ennemis, ils s’en emparèrent au cours des élections dernières.

Lors de la session de l’Assemblée, en 1915, M. Galipeault, député de Bellechasse, sous l'inspiration de M. Gouin, avait soumis un projet de loi permettant aux municipalités d'appliquer, à même les fonds sous leur contrôle, une somme de deniers pour aider nos compatriotes de l'Ontario dans leur lutte scolaire.

Cette proposition, discutée à la Chambre, ne fut pas appuyée par le chef de l’opposition d’alors, M. Cousineau. Au nom du respect des minorités, il ne voulut pas s'associer à un mouvement qui aurait, en certains quartiers, forcé à la contribution, des personnes ayant une opinion -diamétralement opposée.

On assure, qu’au moment même où la discussion avait lieu, le premier ministre avait en portefeuille, un amendement tout préparé, qui plus tard présenté au Conseil Législatif, faisait disparaître cette partie défectueuse de la résolution. Elle fut cependant passée, telle quelle, à la Chambre et l’on ne manqua pas de représenter l’action de M. Cousineau, qui s’y opposa, comme un refus de s'associer à un mouvement national pour aider à nos compatriotes et un véritable déni de justice à leur endroit. .

Quand la loi eut été approuvée par l'Assemblée, M. Gouin fit sortir son amendement des ténèbres et le fit incorporer, au Conseil Législatif, dans la proposition originaire. A la suite de cet amendement, ce furent les commissions scolaires seulement qui reçurent le droit de donner leur contribution. Sous cette nouvelle forme, la loi devint acceptable et n’aurait rencontré aucune opposition si elle eût été ainsi présentée à la Chambre. Mais le tour était joué. M. Gouin avait atteint son but et ses acolytes vantant la libéralité de la nouvelle loi, et appréciant faussement la critique qui en avait été faite, s’en

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servirent pour ameuter le peuple contre les conservateurs. Ils y ajoutèrent la motion Lapointe et posèrent, comme ils l’avaient déjà fait à l’occasion-des écoles du Manitoba, comme les sauveurs de notre langue, de notre religion et de notre race.

Emportés par un zèle intempestif, plusieurs députés et candidats libéraux, prirent l’engagement de faire voter ls somme de $50,000 pour les ‘‘blessés de l'Ontario”. On entreprit alors d’extorquer le même engagement aux candidats oppositionnistes.

Pour donner plus d’ampleur à cette conspirstion libérale, dont le but principal était d’embarrasser les conservateurs et de les attirer dans un traquenard, on utilisa, jusqu’à son extrêmé limite, une lettre de M. Victor Morin, professeur à l’Université Laval de Montréal, président de la Société Saint-Jean-Baptiste et, ce qui ne gâtait rien, bon partisan libéral, implorant l’aide du cabinet Gouin en faveur de ‘‘nos frères de l'Ontario”. Cette lettre fut reproduite dans les journaux avec force commentaires et les candidats furent sommés de dire s’ils s’engageaient à voter pour l’aide en question, advenant leur élection. Les réponses reçues furent publiées en plus d’un cas et on fit de cette question sacrée entre toutes, un tremplin politique pour donner du ressort aux ambitions libérales.

A la séance du 18 novembre, M. Sauvé prit le premier ministre à partie, et insista pour qu’il fit une déclaration d’approbation ou de désapprobation de cette tactique déloyale et machiavélique. Il accusa le parti libéral tout entier d'exploiter le cri de race et de langue pour soulever l’électorat. Il rappela la correspondance Morin, l’usage qu’on en avait fait sur les tréteaux politiques, l’appui du silence donné par le premier ministre lui-même et la méthode, suivie en cette occurrence, de duplicité et de mauvaise foi.

Le premier ministre répondit d’abord en niant catégoriquement qu'aucun candidat ministériel n’eût touché à ces problèmes étrangers pendant la campagne. C'était volontairement dénaturer les faits.

Cependant, acculé à une réponse définitive, il reconnut l'existence de la lettre Morin qu’il déclara désarprouver entièrement.

Pourquoi, lui répliqua M. Sauvé, n’avez-vous bas pris cette position tranchée au moment de l'élection ?

C’est qu’il fallait alors faire flèche de tout bois. C'était

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bien pourtant quand il était devant le peuple qu’il incombait au premier ministre de qualifier comme elle le méritait cette odieuse machination. Il s’en est bien gardé.

Il ne sut répondre que par ne dénégation générale ainsi que par un ‘“‘tu quoque” bien enfantin. Pourquoi, dit-il à M. Sauvé, n’avez-vous pas protesté vous-même? La raison devait pourtant être apparente au chef du cabinet. M. Sauvé occupait alors la position d’un ancien député, candidat au renouvellement de son mandat; il n'avait ni titre ni autorité pour prendre pareille initiative. Et voyez-vous d'ici les dénonciations, s’il eût osé élever la voix pour protester contre la déception pratiquée par la tribu libérale.

La question fut finalement close à la Chambre par une déclaration nette et précise du trésorier en réponse à M. Sauvé:— “Ce n’est pas dit-il, l'intention de donner aucune subvention à la minorité canadienne-française de l'Ontario.”

Avons-nous entendu quelques protestations libérales après cette réponse qui était l’épilogue de la comédie rouge? Non pas. Ils ont ‘gardé de Conrart le silence prudent.”

Ce qui précède résume bien sommairement la honteuse exploitation, par les meneurs libéraux, d’une question aussi importante que celle de l’enseignement bilingue dans l’Ontario. Loi Galipeault, motion Lapointe, lettre Morin, engagement à faire voter une aide pécuniaire à nos compatriotes, silence complet sur ce projet lors de la session et finalement condamnation de la tentative Morin par Sir Lomer Gouin, suivie de la déclaration du trésorier. Malhonnôteté, duplicité, faux avancés, puis palinodies et dénégations, toute la collection des trompel'œil libéraux y a été utilisée, sans vergogne et au défi de toute vérité et de toute justice.

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