CHAPITRE VI
Agriculture et Cherté de la vie
Ces deux questions ont chez nous grande connexité et méritent d’être traitées sous un même chapitre. D'ailleurs, à l’Assemblée, elles se sont soudées l’une à l’autre par l’action de M. Sauvé qui, au cours de l'examen des crédits demandés pour cette partie du service provincial a pressé le ministère de réunir le Conseil d'Agriculture pour faire une enquête immédiate sur ce sujet si important de la cherté de la vie.
C’est devenu presque un lieu commun de dire que l'avenir du pays et surtout de notre province est intimement lié au développement de la plus importante de ses ressources, l’agriculture. Il faut pourtant ne pas se lasser de le crier bien haut, car peuple et gouvernants paraissent bien des fois l’oublier.
À la base de ce développement, se trouve comme son corollaire obligé l’accroissement de la population productive et des facilités données à cette population pour exercer son activité, Il en résulte aussi que la question du capital nécessaire à la progression de cette partie la plus essentielle à notre vie et à notre avancement économique devrait captiver l'attention de nos administrateurs de la façon :., plus sérieuse.
Cependant, si l’on examine la législation de ces dernières années et qu’ensuite on feuillette un peu les “Comptes publics,” on sera surpris de voir jusqu’à quel point le cabinet Gouin et ceux du même parti qui l’ont précédé, y ont donné une attention bien peu intelligente et bien peu entendue.
L’excuse que l’on donne est fort illusoire.
A la date du 8 décembre dernier, sur une demande de crédit pour les ‘cercles agricoles,’ le ministre, pressé par M. Sauvé, crut se mettre à couvert en se réfugiant derrière la déclaration bien asinine et bien fausse qu’il voudrait bien donner plus d’encoura-
gement à l’agriculture mais qu'il n'avait pas les fonds nécessaire pour cet objet.
S'il avait prié le trésorier et le premier ministre de prélever, pour cet objet digne entre toutes choses, de leur sympathie la plus active, une dime de dix pour cent sur les montants accordés pour :
Le gouvernement Fe OPUS TT $ 650,00000 L'entretien des 4difices législatifs, etc... 150,000.00 La législation. ......:...:::-:::: 500,000.00 La nnuvelle bibliothèque... .......:.:. 160,000.00 Les travaux publics. ............::.:. 1,000,000.00
il en aurait reçu plus d’un quart de million qui aurait certes été bien mieux employé.
Dans quelle situation déplorable se serait-il donc trouvé s’il n'avait eu, en ces dernières années, l’aide du trésor fédéral qui lui a versé, en 1914, $187,409.16, et en 1915 une autre subvention de $215,310.70?
Car, les crédits provinciaux ne se sont montés, cette dernière année, comme nous l'avons déjà fait observer, qu’à la somme de $470,000.93, à peu près le double de ce qui a été fourni la même année par le pouvoir fédéral.
De cette somme il convient de deduire la chiffre de $125,000
ayé pour salaires, frais de voyage, lectures, journaux. etc., et celui de $10,000 qui n’a pas été dépensé et r fait retour au trésor, de sorte qu’à peine $335,000 ont été véritablement appliquées à l’agriculture.
Quant à la législation en matière agricole;il suffit d'ouvrir les statuts pour s'assurer que les libéraux se sont contentés d’administrer, à la bonne franquette, les lois passées par les soins des cabinets conservateurs et de les adapter, tant bien que mal, aux conditions nouvelles créées par l'augmentation de la population, l'expansion du commerce, l'amélioration apportée par les années à l'exploitation agricole et la demande toujours croissante pour les produits de la ferme et du sol.
De 1867 à 1879, sous la direction intelligente des conservateurs, est fondée la première école vétérinaire à Montréal, et sont organisés le Conseil d'Agriculture et les conférences agricoles dont M. E.-A. Barnard, directeur de l'Agriculture fut l’apôtre zélé et infatigable.
On remarque, en 1873, l'établissement de la première beurrerie canadienne et en 1876 les premiers essais de culture de la
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betterave à sucre. En 1877, le Journal d'Agriculture commence sa publication régulière,
Du 8 mars 1878 au 31 octobre 1879, M. Joly eut assez à faire de se maintenir au pouvoir avec la seule voix prépondérante du président de l’Asssemblée Législative, qu’il n'eut guère le temps de s'occuper d'agriculture.
De 1879 à 1887, les conservateurs, ayant “epris le pouvoir, renouvellent les marques de l'intérêt qu'ils ont tvujours porté aux problèmes agricoles.
Ils encouragent la fondation de sociétés d'horticulture, fondent la première école de laiterie à Saint-Denis, et organisent officiellement la Société: d'Industrie Laitière de la province à Saint-Hyacinthe. Ils ordonnent une inspection générale des s0ciétés d'agriculture, inaugurent un cours de médecine vétérinaire à l’Université Laval, autorisent le Conseil d'Agriculture à ouvrir un livre généalogique de la race bovine et chargent une commission (1887) de faire une enquête sur les mesures requises pour améliorer l’agriculture. “Des régions entières changent leur système de culture épuisante pour en adopter un plus rationnel et plus favorable à la production fourragère et à l'amélioration des terres.”
Sous le ministère Mercier, on remarque principalement l’institution du “Mérite Agricole”, et de 1891 À 1897, les conservateurs continuent leur œuvre de dévouement aux intérêts agricoles.
Enumérons rapidement : école forestière et ferme-école à Oka, école d'industrie laitière à Saint-Hyacinthe, école ménagère à Roberval, établissement de syndicats de beurreries, organisation officielle des cercles agricoles, leçons d'élevage des porcs pour le ‘‘bacon”” et commencement d’une campagne en faveur des bons chemins, fondation de la société des éleveurs,conférences agricoles, concours de récoltes sur pied, de fermes les mieux tenues, des produits laitiers et conférences sur le: bons chemins.
De 1897 jusqu’à date, on ne remarque aucune mesure particulière prise par les différents cabinets qui ne soit la continuation de l’œuvre de leurs prédécesseurs ou un développement des bases premières jetées par leurs devanciers. Ainsi, l’encouragement aux stations fruitières, les concours de graines de semence, les sociétés coopératives de fromagers, l’encouragement de la culture du trèfle, les écoles sucrières, ets., ne sont que la suite du travail de pionniers des ministères conservateurs.
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Les libéraux démolissent aisément mais ils sont de médiocres constructeurs.
Nous avons cru qu’il était bon de ‘‘rendre à César ce qui appartient à César” et de donner à nos amis le mérite qui leur revient de droit, car il semble de mise, à raison de la longue durée de l’administration libérale, d'attribuer tout le travail de fondation, (A’étatablissement et d'amélioration du status agricole aux efforts et à l'initiative de nos adversaires.
L'histoire et la nomenclature des améliorations successives donnent le démenti à cette légende, La législation qui fit naître et grandir l’encouragmeent à l’agriculture est due en majeure partie aux différents cabinets conservateurs. Les libéraux récoltent ce que ceux-là ont semé.
Malgré leurs déclarations usuelles au sujet des progrès faits par l’agriculture sous leur égide, nous avons cependant, entendu le ministre spécialement chargé des intérêts agricoles dans la province, pousser le cri d’alarme et s’écrier il n’y a pas longtemps : “la terre se meurt.”
Et comment en serait-il autrement? Ce ministre et ceux de son parti qui l’ont précédé n’ont pas eu assez d’esprit d'initiative et de progrès pour sortir de la profonde ornière dans laquelle il était enlisé, leur chariot mal conduit.
Toutes les propositions i'1mendeinent, toutes les améliorations dictées par le bon sens et les nécessités de l’heure actuelle, sont promptement mises de côté si elles sortent de la routine qui règne en maîtresse au Palais législatif.
Le 20 décembre dernier, M. Sauvé discutait assez longuement la question du “crédit agricole,” institution, a-t-il dit ‘‘qui a pour but de prêter des capitaux aux travailleurs des champs pour les aider à développer leur culture, à réaliser des bénéfices plus appréciables et à vivre avec plus d’aisance et de confort.”
Il rappela une proposition identique faite par M. Arthur Plante, député de Beauharnois, le 6 mars 1899, et montra une fois de plus l’activité toujours en éveil des conservateurs pour la protection et l’avancement de notre industrie agricole.
Au cours d’autres débats sur le même sujet, M. Sauvé énumère les différents points sur lesquels le besoin d'amélioration et de changement de pratique est devenu impératif.
Il attire l'attention sur la nécessité d’une campagne d’instruction contre l’envahissement des mauvaises herbes qui fait perdre des millions à la province, sur le grand besoin de dévelop-
pement des industries greffées sur l’agriculture, pour procurer des marchés locaux et la prédication de la culture intensive.
Il prouve clairement que l’encouragement du retour à la terre est devenu impératif et a besoin d’une étude et d’un travail constants et illassables.
Les statistiques à ce sujet sont peu encourageantes et démontrent combien il faut une action énergique et soutenue pour enrayer le mal.
En 1901, sur une population totale pour notre province de 1,648,898 habitants, soixante pour cent habitent la campagne et quarante pour cent la ville. En 1911, sur une population globale de 2,003,332, le pourcentage d’urbains avait augmenté à tout près de 50%, tandis que la proportion des ruraux avait fléchi au même chiffre. C'était donc dix pour cent de notre peuple qui de producteurs qu'ils étaient, avaient franchi la barrière et étaient devenus des consommateurs.
Il faut aussi tenir çompte de cette partie fort importante de notre population rurale qui abandonne chaque année les campagnes pour aller chercher fortune dans les usines et les fabriques de la république voisine.
Depuis que l’industrie de la pâte de bois a pris en ces dernières années un si grand développement, nombreux sont les cultivateurs qui n’ensemencent leurs terres que peu ou point, donnant tout leur temps et toutes leurs énergies à la coupe du bois.
Pourquoi notre paternel gouvernement, si friand de commissions de toute espèce, n’en a-t-il pas institué une pour étudier cette si angoissante question de l’abandon de leurs terres par un trop grand nombre de nos habitants de la campagne et cet autre problème de la culture intensive pour faire contre poids aux grandes superficies qui demeurent quasi incultes par la migration régulière et toujours croissante de notre population agricole vers les villes où elle va chercher un travail plus rémunérateur et moins écrasant ?
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