‹ A la mémoire de Alphonse LusignanChapitre 4 sur 22 · MARGUERITE DE CIMETIÈRE · texte numérisé non relu

MARGUERITE DE CIMETIÈRE

Je ne sais si je l'ai déjà dit, mais ma grand'mère était petite, frêle, vive à la riposte, bonne pourtant comme toute les âmes trempées dans la foi, et par-dessus tout, charitable à faire reprendre au prophète Elie ce vieux manteau éternellement troué et râpé, qui nous arrive encore si parfumé, porté sur les ailes d'or de la légende biblique.

Les qualités de ma grand' mère se font rares en nos jours de politique et d'agiotage ; et si par

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hasard je vous avais déjà dit ce qu elles étaient, il est bon que je vous le dise encore.

Dans notre famille, ma ^rand'mère a joué le rôle des grands génies vis-à-vis de l'humanité.

Douce, prévoyante, parole convaincue, ferme et ardente, excellent conseiller, dévotion évangélique, chez nous elle a tout embaumé sur son passage. Aussi, lorsque nous la nommons, nos voix tremblent, nos cœurs s'émeuvent, et à cette heure même, une larme coule sur ma joue et se mêle à ces lignes.

C'est que, voyez-vous, son lot sur terre n'a pas été ce qu'il y a de plus rose.

Nous étions dix à la maison.

Tout cela criait et mangeait plus que pauvreté ne l'exigeait. Tout cela avait besoin de louanges, de réprimandes, d'avis, de douces paroles, de pénitences et de bonbons; et. Dieu merci, rien ne nous a manqué de ces choses nécessaires, les bonsbons inclusivement.

Quand, à travers les années, je me retourne vers mon enfance si lointaine et si joyeuse, je revois encore ma grand'mère, tricotant frileuse-

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ment au coin de son feu et racontant, à .ses petits enfants réunis autour d'elle, les infortunes du Chaperon-Rou^e, les fîjrandeurs de Peau-d'Ane, la conduite inconvenante de Barbe-Bleue et les pérégrinations du Petit-Poucet.

Comme on se pelotonnait ! et comme on se serrait les uns à cùté des autres, lorsqu'elle disait en nasillant :

— Ma grand'mère, pourquoi avez- vous de grandes dents ?

— C'est pour mieux vous manger, mes enfants I reprenait la même voix un peu grossie ; et tout ce petit monde efïrayé de se sauver et de s'éparpiller.

Le petit Chaperon-Rouge était l'épou vantail infaillible qui nous dispersait tous, lorsque mèregrande voulait se recueillir.

Augusta, Joséphine, Alice se réfugiaient alors auprès de maman, qui faisait le raccommodage du jour. Jules montait son superbe cheval de bois ; Arthur, revêtant ses habits pontificaux taillés dans du beau papier doré, disait sa messe ; Emile écoutait les ron.s-rons du chat et demandait à

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mon père comment était faite cette étrange musique que roucoulait l'inofiensif matou ; Henri sonnait de la trompette, comme si les modestes murs de la maison eussent été les murailles de Jéricho ; Napoléon, les doigts étendus devant la lampe, tâchait de façonner sur les tapisseries récalcitrantes l'ombre du profil d'un lapin, et mèregrande, joyeuse, libre et débarrassée de cette meute aboyante, se livrait alors au plaisir favori de la journée. Elle endormait le petit Charles.

Petit Charles était le Benjamin de ma mère Trop grand pour son âge, maigre, souffreteux. En le voyant on pressentait qu'un jour il partirait, et cesserait d'être notre frère pour devenir l'ange gardien de la famille.

Aussi, l'une des berceuses favorites de ma grand'mère était celle qui commence ainsi :

Les anges de ton âge Dorment le doux sommeil, Bercés dans un nuage Soyeux, frais et vermeil.

Leurs rideaux sont le voile De la mère d'amour ; Leur lampe est une étoile Du céleste séjour.

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D'autres fois, penchant sa figure ridée et blanchie, par l'expérience et par l'âge, sur le visage émacié du petit, grand'mère fredonnait doucement la triste complainte de Voitelin :

Dodo, l'enfant dodo ! Les malheureux vieillissent vite.

Dodo, l'enfant dodo !

Garde tes larmes pour tantôt !

Une respiration douce mais sifflante répondait à la lugubre ballade.

Charles s'endormait petit à petit, et mèregrande lui passait au cou le chapelet du pape, se levait alors sur la pointe des pieds, et allait le déposer sans bruit dans la petite couchette en noyer tendre, qui est devenue aujourd'hui l'héritage des sœurs grises.

Le chapelet du pape ! Ah ! c'était moi qui dans une de mes longues courses par le monde lui avait rapporté cette précieuse relique.

Dix fois dans le mois, grand'mère me faisait raconter comment je l'avais eu ; et, puisque ces choses me reviennent toujours à la mémoire, vaut autant vous les raconter tout de suite. Bien que

ma grand'mère soit morte, je suis persuadé que son âme m'écoutera avec autant de plaisir que jadis ; — et il me semble l'entendre dire en conduisant ses aiguilles dans la trame de son tricot :

— Eh ! bien, Henri, tu as donc eu la chance de voir le pape ?

— Oui, grand'mère, je lai vu ; je lui ai parlé, et il nous a bénis : vous en particulier.

— Allons, raconte-moi ça, mon enfant, et tâche de te bien rappeler toutes ses paroles ; la mémoire est un don du Saint-Esprit, et tous les jours je remercie le bon Dieu de me l'avoir conservée.

Alors les aiguilles s'arrêtaient dans le tricot ; ma mère déposait son dé et ses fuseaux sur le livre entrouvert de mon père, et toute la bruyante nichée se rapprochait pour saisir à qui mieux mieux les premières paroles de mon récit.

— Grand'mère, commençais-je alors, vous n'êtes pas sans ignorer que le pape demeure au Vatican, immense palais situé à droite de la sainte basilique de l'apôtre Pierre.

Or, par un dimanche tout ensoleillé, comme j'étais en train de dégringoler les (juatre piani

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de mon hôtel pour aller dîner à la trattoria del Lèpre, dans la via Gondotti, je m'arrêtai tout court sur une des marches du dernier escalier, car un bruit de voix sonores sortait de la loge du concierge.

Mon nom fut prononcé ; puis, j'entendis le bruit sec et métallique d'une mollette d'éperon battant le parquet en marbre.

C'était un dragon pontifical qui venait m'apporter un billet de Mgr Negroto, m'annonçant que Sa Sainteté me recevrait en audience, ce jourlà même, à deux heures précises.

Sollicitée depuis plusieurs jours, cette audience était sans cesse remise ; et puis, dois-je vous l'avouer grand'mère ? il fallait quitter Rome bientôt, et mon cœur se <lésespérait.

Mais il s'agissait bien de cela maintenant. La lettre du monsignor était là sur ma table, et il ne faut pas s'étonner si, ce jour- là, le dîner fut oublié.

Nous avions autre chose à penser.

D'abord, je dis nous ; car il fallait se procurer un long voile pour Joséphine, les femmes n'étant admises au Vatican que voilées et vêtues de noir.

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Il fallait rassembler tous les objets de piété que nous voulions rapporter bénits au Canada ; puis, trouver quelques minutes pour nous recueillir un peu ; car c'était à ne pas y croire, grand'mère : dans une heure nous allions parler au pape !

A une heure trois quarts pourtant, tout était prêt. Une voiture de place nous attendait, et bientôt nous traversions rapidement le pont Saint- Ange pour ne plus nous arrêter qu'en face de la statue équestre de Constantin. Nous étions au Vatican ; et ce fut l'âme joyeuse, le cœur léger, que nous passâmes entre les hallebardiers suisses et que nous montâmes l'immense escalier qui con- "duit à la salle des audiences publiques.

Une trentaine de personnes y étaient déjà réunies. C'étaient des prêtres, des religieuses, deux militaires, trois ou quatre bourgeois, un attaché d'ambassade, que sais-je, moi ? et mon œil se plaisait à errer curieusement de groupe en groupe, lorsqu'un bruit sec traversa la salle, et l'une des portes latérales s'ouvrit pour laisser passer trois prélats vêtus de violet.

Au milieu d'eux marchait un homme de haute

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stature, un peu replet, ayant le pas d'un officier de cavalerie, et portant droite et fîère une tête resplendissante de calme et de paix intérieure.

Nos genoux fléchirent involontairement ; à sa soutane blanche, nous avions reconnu Pie IX.

Mais lui, d'un geste tout paternel, nous fit relever, et commençant par la droite, il adressa cordialement la parole à celui qui se trouva le premier sur son passage ; c'était un trapiste. J'étais du côté privilégié, mais à la queue, tout à fait près de la porte de sortie ; cela me donna le temps de songer que ma pauvre tête ne trouverait pas une seule parole à prononcer. Et pourtant il approchait, grand'mère ; et à mesure qu'il s'av^ançait, j'entendais distinctement mon cœur battre comme un marteau de forgeron.

Déjà le pape était arrivé à mon voisin ; ma timidité était devenue de l'insouciance ; je me sentais entrer dans le rêve, lorsque tout à coup une voix claire, sympathique, fortement nuancée d'accent italien me dit en français :

— D'où êtes -vous, mon enfant ?

— Du Canada, répondis-je en levant les yeux.

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Le pape était là, debout devant moi 1

— Ah ! ah ! de mon pays de prédilection, con= tinua-t-il en souriant. Votre patrie est une terre de braves, une terre d'exemple et de bénédictions.

Puis, changeant brusquement de sujet :

— Votre évêque n est-il pas Mgr. . . . Geon, Regeon ?

— Mgr Baillargeon, Votre Sainteté.

— Ah ! bien, bien ! je me remets son nom maintenant ; c'est moi qui l'ai nommé, mais il y en a tant que je ne puis me les rappeler tous. Ah f j'ai bien travaillé pour votre pays. C'est moi qui ai érigé les diocèses de Bytown, de Trois-Rivières, de Saint-Hyacinthe, de Hamilton, de Sandwich et de. . . de. . . c'est le dernier, celui-là. . . il a presque un nom polonais, mais on m'a dit que c'était un nom sauvage.

— Probablement le diocèse de Rimouski, Votre Sainteté.

— Celui-là même, mon enfant. Ah ! si Dieu daigne préserver ma vie, je ferai encore autre chose pour vous, pour l'Amérique, avec l'aide du Saint-Esprit et de sa grâce.

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Puis, se tournant du côté de ma femme qui se tenait debout près de moi.

— Quelle est cette dame ? votre sœur, sans doute ?

— Pardon, saint père, c'est ma femme.

— Votre femme I mais vous êtes bien jeunes tous les deux, mes enfants.

— Que voulez- vous, saint père, j'ai cru prudent de ne pas attendre l'âge respectable des antiques patriarches, et je suis marié depuis un an.

Le pape se prit à rire de ce gros rire métallique qui lui était particulier, en disant :

— C'est bien, très-Vnen, mes enfants.

Puis, redevenant grave tout à coup :

— Maintenant, je vais vous bénir, ainsi que les objets de dévotion que je vous vois entre les mains.

Nous nous agenouillâmes, et c'est en ce moment que je demandai au pape l'indulgence in artieulo "iiiortis pour vous, grand'mère, ainsi que pour tous les membres de la famille.

Pie IX leva la main ; vous étiez tous bénis, et la faveur suprême nous était accordée.

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Le pape allait s'éloigner et traverser la salle, lorsqu'en retournant d'un pas, il laissa tomber cette question :

— Et que faites-vous là-bas, au Canada ?

— Je suis officier du gouvernement canadien, et à mes heures de loisir, je m'occupe de littérature.

Alors revenant vers moi et me regardant fixement, il dit en scandant chaque mot :

— La plume est une puissance plus grande que l'épée ; c'est par elle que la bible et l'Evangile nous ont été transmis. Servez-vous toujours de la vôtre avec des intentions de paix, de justice et de dévouement à l'Eglise notre mère.

Il devint rêveur une seconde, puis reprit :

— Quand vous serez retourné là-bas, mon enfant, dites à vos compatriotes que vous avez vu le pape, et que fort de la parole toute puissante de Dieu, il ne craint rien des embûches qu'on lui tend. L'Eglise catholique a soif de persécutions ; elles forment la sève de son tronc vivace, et plus elles sont fortes, plus la cime de l'arbre immortel grandit et s'élève majestueusement vers l'éternité.

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Il nous quitta alors, et parcourut jusqu'au dernier les divers groupes qui étaient disséminés dans la salle. Puis, lorsqu'une bonne parole eut été donnée à chacun, le pape s'approcha de quelques marches disposées au fond de l'appartement, et redressant sa haute stature, se prit à dire, d'une voix forte, à la foule prosternée de nouveau :

— Mes enfants, voici l'heure venue de vous donner ma bénédiction, je vous bénis, vous et vos parents, et cette bénédiction ira s'étendre jusqu'à la quatrième génération. Je bénis vos proches, vos amis, tous ceux qui vous aiment ; je bénis vos pays, vos évêques, vos prêtres, et tous ceux qui vous gouvernent, afin que vous soyez toujours dans la voie droite, et que vous y 'persévériez jusqu'au jour où, je l'espère, nous nous rencontrerons tous dans la félicité sans bornes.

" Elevez vos cœurs ! Priez, pour être tous pénétrés des dons et des lumières du Saint-Esprit, et au jour où, brisés par l'agonie, vous vous tordrez, pleins de terreurs, sur l'oreiller solitaire de la mort, vous vous apercevrez, quoi qu'en disent les

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beaux esprits et les libres-penseurs, que la bénédiction de l'humble vicaire du Christ peut encore et pourra toujours jusqu'à la fin des siècles anéantir la puissance du démon et de son cortège immonde. Allez en paix et soyez donc tous bénis, au nom du Père, au nom du Fils, et au nom du Saint-Esprit."

Un silence profond suivait toujours ce récit ; chacun se recueillait et semblait se répéter les dernières paroles du pape.

Appuyée dans sa berceuse, ^rand'mère joi^ait ses mains sur ses genoux ; alors les rôles paraissaient intervertis, et, la tête inclinée, elle semblait ainsi recevoir de son petit-fils cette bénédiction que Pie IX l'avait chargé de répandre sur tous les sienâ.

Puis sa voix tremblante disait :

— Et le chapelet, Henri, tu ne t'es pas trompé : c'est bien celui du pape ?

— Oui, grand'mère, c'est bien lui.

Alors elle se levait lentement, et s'en allait, appuyée sur sa canne de frêne, l'enlever des mains du petit Charles endormi.

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Elle baisait avec ferveur le saint souvenir ; ses lèvres tremblaient en murmurant VAve, et ses doigts roidis et noués par l'âge couraient pieusement sur les dizaines, à la file les unes des autres. Pour elle, la soirée s'envolait ainsi, portée par les anges aux pieds de Marie, et ce fut comme cela que le chapelet devint un des plus grands enseignements de notre famille.

Si vous vous en souvenez bien, nous étions une nichée de dix à la maison. Or, petit à petit, chacun de nous avait fini par sortir la tête hors du nid. L'imprudent mesurait l'espace un instant, battait de l'aile, puis finissait par prendre sa volée.

Les uns partirent pour l'étranger, d'autres pour le collège, d'autres encore pour le couvent, et un jour, grand'mère se trouva seule avec le petit Charles.

Que de douces choses et de leçons salutaires durent sortirent de ce tête-à-tête d'un siècle presque entier et d'un enfant de huit ans ; car mèregrande en était arrivée à ces moments que l'Ecriture appelle les années qui ne plaisent pas : elle avait quatre-vingts ans comptés.

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Inquiet et toujours souffreteux, l'aiguillon du mal avait développé l'intelligence de Charles qui ne cessait de s'enquérir de tout et sur tout; Grand'mère mettait alors à son service sa longue! expérience et là sagesse de ses vieux ans. C'étaient là les hochets de l'enfant, et rien n'égalait la joie charmante qu'il éprouvait lorsque la leçon, se cachait sous un de ces contes comme elle seule savait nous les dire.

Une nuit pourtant, ces lèvres fines et gauloises se fermèrent à tout jamais.

Une faible indisposition s'était déclarée ; puis, survint un léger étourdissement ; alors grand'mère avait voulu se faire transporter sur le canapé, où cinquante ans auparavant son mari était mort, et là, sans douleur et sans remords, elle avait remis son âme entre les mains du Créateur.

Dans la maison, ce fut pire que l'abomination de la désolation ; tout le monde sanglotait, et pourtant il fallut bientôt se séparer de la chère dépouille.

Grand'mère prit donc le chemin du cimetière,

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suivie d'un convoi bien mince ; les justes laissent si peu de traces ici-bas !

Mon compagnon de route et de tristesse fut le petit Charles. Sa main dians la mienne, il marchait à pas inégaux, les yeux rougis, sans trop savoir pourquoi ; c'était le premier mort qui traversait sa vie, et le pauvre enfant ignorait encore le profond mystère de la tombe.

Il fut silencieux jusqu'à la fosse ; mais lorsque les cordes crièrent, lorsque le cercueil, balancé au-dessus du trou, fut déposé sur son lit de terre, lorsque le premier coup de pelle du fossoj^eur eut gauchement fait rouler un gros caillou sur le couvercle de la bière, Charles me tira par la manche de mon habit et me força à me pencher jusqu'à son oreille.

— Pourquoi mettre grand'mère là-dedans, ditil ; est-ce que personne n'ira la réveiller ? Mais, regarde donc, Henri ! ils lui jettent des pierres.

— Pauvre enfant, mère-grande est là, parcequ'elle est morte ; ce trou est le chemin par où l'on passe pour aller voir le bon Dieu, et elle n'en sortira plus qu'au jour du Jugement ; alors seulement les morts se réveilleront.

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Pendant que la terre sa nivelait, Charles ne dit plus rien ; mais au treirblement de sa petite main, je sentis qu'il avait compris ; et ce soir-la, je l'entendis pleurer tout bas dans son lit.

Cette journée des funérailles avait été humide, et vers la veillée, le vent du nord-est se mit h souffler.

Dans la nuit, Charles eut un léger accès de fièvre, et, pour l'endormir, je fus forcé de remplacer grand'mère et de lui chanter la navrante berceuse de Voitelin :

Dodo ! l'enfant dodo !

Les malheureux vieillissent vile,

Dodo ! l'enfant dodo !

Garde tes larmes pour tantôt !

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