LES SOUVENIRS D'UN AMI
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Un des contemporains du professeur Jules Boeckel, M.le docteur Alfred Goguel, lui aussi ancien combattant de 1870, et qui prit part avec M. Boeckel à la campagne de la Loire, confia quelques souvenirs personnels au Journal de l'Est auquel nous les empruntons :
La mort si inattendue de mon vieil ami de toujours, le Dr Jules Boeckel, m'attriste profondément, m'émeut à tel point qu'il m 'esl difficile de rassembler de chers, de précieux souvenirs.'Elle m'enlève le dernier de mes camarades d'enfance... Telle fut l’action de son amitié sur moi qu'après la grande guerre, elle me ramena en
Alsace française après une carriere médicale de plus
d’un demi-siècle, à Paris.
Je fis avec cet ‘incomparable “he comme aide-chirurgien, la campagne de la Loire, au cours de la guerre qui nous arracha l’Alsace ; avec lui de fus à Coulmiers, le 9 novembre 1870, à Patay, le 2 décembre. Remonter si loin dans de communs et douloureux souvenirs explique mon désarroi intime...
On a parlé de l’homme, du chirurgien, du citoyen. On n'a rien dit de trop ! À moi de révéler un peu du cœur de celui qui avait la religion de l'amitié qu'il cullivait comme une antique et magnifique tradition de famille. Certes, je n'oublierai jamais le salon de la Grand’Rue où Mme Boeckel mère réunissail autour de son fils et de ses filles tout un essaim d'adolescents, et tant de parents, tant d'amis ! Jules Boeckel était alors le camarade choyé, aimé de {ous par sa grâce, son enthousiasme juvénile de joli garçon ignorant sans pose son pouvoir de charmeur.
Plus tard, cette tradition d’hospitalité s’est continuée chez lui, auprès de sa femme d’un esprit si fin, si aimablement et joliment caustique, d'un cœur et d’une bonté inaltérables, à ce foyer qu'ornaient deux
charmants enfants. Quel noble intérieur où chaque
ami trouvait sa place !
Quand, en été, en automne, nous venions de Paris saluer notre Alsace, c'était une oasis que ce cher logis du Quai St- Nicolas , temple de l'hospitalité.
‘On se retrouvait aussi au Hohwald où, dans les soirées costumées, improvisées, Jules Boeckel, $e-
couani ses soucis de la journée, redevenait le gai
compagnon plein de délicieuse gaminerie.
Musicien passionné, faisant chanter l’âme de son violoncelle, il aimait, les soirs de vacances, à tenir sa partie dans l'orchestre de famille. Plus tard, souvent, souvenir et rappel de nos belles années de jeu-
nesse, il reprenait son instrument abandonné el jouait un air qui nous avait charmés jadis.
Modestie, ce mot résume Jules Boeckel. Et quelle allure, franche, naturelle, vraiment française ! Pendant que j écris ces lignes, j'ai sous les yeux la pho-
tographie qu'il m'offrit au ASIN de la grande: -
guerre. Il est en cet uniforme de médecin-major qui lui allait si bien, qui donnait toute sa valeur à sa tête fine, tout leur relief à ses traits si nettement dessinés, à son front si noblement modelé. Et quelle clarté, dans les yeux, quelle perspicacité, quelle douceur pourtant ! Au pied de cette photographie, je lis la dédicace : «Affectueux souvenir d'un jeune poilu ! » Jules Boeckel avait alors plus de soixante-dix ans. Il est tout entier dans ces mots, avec sa crânerle el sa gaieté.
Qui ne l’a pas vu dans son service d'hôpital ne la pas vraiment connu. Lui entré dans une salle, c'étail la lumière partout. Soudain les figures ridées des pauvres vieux qu'il soignail avec un dévouement sans bornes el une bonhomie unique, se faisaient
rayonnantes. Certes, il élait le chirurgien à la mode,
mais plus encore si possible celui des humbles, des déshérilés, du petil peuple. Aux jours de consulta- Lions, les malades non payants avaient le pas sur les orandes dames et les bourgeois cossus. Je ne sortais jamais avec lui sans deviner, dans un salut populaire, accompagné d’un sourire, un geste d'opéré reconnaissant.
Un autre de mes-chers souvenirs ? La fête de Noël d'avant 1914, à son service de l'hôpital, à huis clos, loin de l'œil d’une police soupçonneuse. Couleurs françaises, gaieté française, refrains français, et pour terminer une retentissante « Sambre et Meuse ».
Familièrement, en vieux camarade, disons que Boeckel était le gamin de Paris, le chasseur alpin incarné dans un magnifique travailleur qui savail prendre au sérieux les grandes choses, s’enthousiasmer, vibrer avec toutes les forces de son âme. L’autre soir, encore, par un temps frais et pluvieux, il sortait tout illuminé d’une conférence, sa têle de mousquelaire émeérgeant du pardessus au col toujours relevé. À quelqu'un qui lui demandait : « Vous n'êles pas fatigué ? », il répondit avee une magnifique ardeur : « Oh ! je serais bien resté toute la nuit à écouter Benjamin Vallotton ! »
Il chassait du reste de race. Le père de Jules Boec-
kel, libraire et éditeur, fut jadis à la tête de la vie in-
tellectuelle strasbourgeoise. Cet ami des Colani, des Auguste Sabatier, des Coquerel, des Reuss, organisait des conférences, se passionnait pour le mouvement du protestantisme libéral, aimait les vives mais lovales discussions.
EL voici que le fils rejoint toutes ces belles jours du passé. Adieu, mon cher, mon vieil ami ! Merci pour tout ce que tu nous donnas d’exquis, pour Pare deur de ton âme française, pour ton amitié fidèle et douce, pour ta bonté qui nous éclairera jusqu'à la fin !
Docteur Alfred GOGUEL.
41 Mars 1928
À l'hôpital auxiliaire 101 à Lyon
Je suis un des civils privilégiés qui, au cours de la guerre, furent soignés par le Docteur Jules Boeckel à l'hôpital auxiliaire dont il était le médecin-chef à Lyon. Voici comment cela se fit. J'avais retrouvé à Paris le Docteur Alfred Riff qui était le médecin de ma famille à Strasbourg. Après la mort de sa femme, survenue, en 1915, en Suisse, où elle avait été én traitement chez un spécialiste et où le Docteur avait obtenu des autorités allemandes de l'accompagner, il n'avait pas voulu rentrer en Alsace, mais avait été se fixer avec sa fille dans la capitale française. Il y trouva un vaste champ d'activité, le nombre de médecins civils ayant été considérablement réduit par la mobilisation. Le Docteur Riff consacrait particulièrement ses soins aux réfugiés du Nord et de l'Est si nombreux à cette époque à Paris. En avril 1917, j'eus besoin de le consulter. Il jugea une intervention chirurgicale opportune pour une opération sans gravité, mais cependant assez délicate.
J'étais quelque peu perplexe. Mes modestes appoin-
tements de rédacteur ne me permettaient pas de
m'adresser pour cette opération à un prince de la science. Il me fallait donc aller à l'hôpital. C’est alors que le Docteur Riff me di :
Jules Boeckel médecin-major à Lyon
— Mais je suis certain que mon cousin, le Docteur Jules Boeckel, que vous connaissez bien et qui est actuellement médecin-chef d’un hôpital auxiliaire à Lyon, ne refuserail pas de vous rendre ce service. Je sais qu'il opère assez fréquemment des civils. Je vais lui écrire.
La réponse ne se fil pas attendre : le Docteur Jules Boeckel acceptait de me recevoir, et même dans des conditions particulièrement avantageuses. Il me demandait seulement de le prévenir de la date de ma venue à Lyon. C'est ce que je fis, et, le 7 mai, au Main, je pris le train.
On sait ce qu'étaient ces voyages pendant la guerre. Ce fut long. Un train bondé ; des arrêts interminables à toutes les stations. J° arrivai le soir en gare de Vaise, fatigué el de mauvaise humeur. Il pleuvait à torrent. Je pris, selon les indications du Docteur, le tramway qui devait me mener à proximité de l'hôpital auxihaire 101, installé au quai Pierre-Scize, sur la Fu dans les bâtiments de l'Ecole vétérinaire.
A peine les portes de l'hôpital franchies, je me trouvai en présence du Docteur Jules Boeckel, magnifique dans sa tenue de major. Il était accompagné d'une infirmière, l'air doux, modeste et pourtant quelque chose d’ énergique dans le régard. Après m'avoir salué et s'être enquis si j'avais fait bon voyage, le Docteur me désignant sa compagne me dit :
— Sœur Marie-Césarine qui fut mon aide fidèle et dévouée à l'hôpital de Strasbourg et qui, en dépit de difficultés immenses, a réussi à quitter l'Alsace et à venir en France. Les circonstances de guerre ne lui ayant pas permis de se rendre à Nancy, comme elle le désirait, pour y rejoindre sa Congrégation, elle s’est décidée à rester ici el à se consacrer à nos blessés. Sœur Marie-Césarine, apprenant la venue d’un Sirasbourgeois, a insislé pour vous soigner, bien que vous ne soyez pas dans son service.
Le Docteur me confia alors à la Sœur, qui me conduisit à ma chambre, une gentille petite pièce, simple, au premier étage, et dont la fenêtre donnait sur un vasle préau entouré d’un cloître voûté, car l'Ecole vélérinaire est un ancien couvent. Ma mauvaise humeur avail GÉnsc
C'est là que j'ai passé un mois, entouré des soins excellents du Docteur et des infirmières, notamment de la Sœur Marie-Césarine qui restait auprès de moi presque tout son lemps hbre. Tous les matins le Docteur Boeckel venait me voir. C'était un vrai réconfort. Il s’installait au bord de mon lit, allumait une. cigarelle, el nous causions. Quels charmants entreliens j'ai ens avec lui ! Notre conversation roulait nalurellement pour une grande part sur Slrasbourg, sur la guerre. Ni la mise sous séqueslre de sa fortune par les Allemands, ni la condamnation à mort qu'ils avaient prononcée contre lui n'avaient alléré sa sérénité. Quant à l'issue de la guerre, il était franchement optimiste. Quelque déprimantes que pussent être les nouvelles du front — c'était l'époque des combats sanglants au Chemin des Dames et en Champagne — quelque altristant que fût le spectacle des nombreux convois de blessés arrivant à l'hôpital, le Docteur Boeckel ne se laissait pas décourager ; il ne pouvait douter du triomphe des Alliés.
Ce. , } U— —
41 Mars 1928
Sa grande confiance dans nos chefs, sa foi invincible dans la victoire, il savait les communiquer à ceux qu'il soignait. Comme il vous remontait le moral !
Il s'intéressait, en outre, personnellement, à ses malades. Et iei je ne parle pas de moi qu’il connais-
sait de longue date, mais il apportait la même sym-.
pathie à tous ses blessés, au simple poilu comme à l'officier. Tous, il les traitait avec la même bonté, il les entourait des mêmes soins bienveillants et affectueux. Aussi tous avaient-ils un véritable culte pour lui: ils « adoraient » le « major ». Tout le personnel de l'hôpital, également, depuis la directrice jusqu’à la plus humble des servantes, en passant par les assistants, les infirmières et infirmiers avaient le même respect attendri pour le médecin-chef.
. N'ayant eu que des rapports assez lointains avec les blessés militaires, j’ai surtout appris tous ces détails par les longues conversations que j'avais journellement avec Sœur Marie-Césarine. Avec quelle chaleur elle me parlait de « son » Docteur ! Le dévouement que professait la Sœur pour son chef était vraiment touchant. |
Le Docteur Boeckel ne bornaït toutefois pas son ac-
tivité à son service médical et chirurgical. Jugeant
qu'il était de la plus grande nécessité pour le moral des blessés de leur offrir des distractions variées, il autorisait toutes sortes de jeux ; les convalescents pouvaient se promener dans les magnifiques jardins de l'Ecole vétérinaire. Enfin, le major payait lui-même de sa’ personne en organisant de temps à autre, ‘avec le concours de membres du personnel ou de blessés, des concerts où lui-même, virtuose du violoncelle, faisait sa partie. J’ai sous les yeux un programme intitulé : « Une heure de musique dans le jardin.
Samedi 26 mai, 4 h. 1/2 ». Sur les onze numéros de ce programme, le Docteur figure cinq fois, soit comme soliste, soit en faisant sa partie dans des trios ou duos. Le concert était composé de façon à contenter tous les goûts, les plus raffinés comme les plus simples : à côté d'œuvres de Mendelssohn, de Haydn, de Grieg et de Widor, il comportait des chansons populaires et comiques, des chœurs, exécutés par la Chorale de la 3° section, des déclamations. Ces concerts étaient des plus appréciés par tous les blessés quelque peu valides qui pouvaient y assister.
J’ajouterai qué le Docteur Boeckel jouait fréquemment, le dimanche, du violoncelle à l'office, à la chapelle de l’hôpital.
Je tiens à dire encore que dans l'intérêt et le dévouement que le Docteur Jules Boeckel apportait à son hôpital et à ses blessés, il fut admirablement secondé par Mesdames Boeckel, sa femme et sa fille, qui toutes deux avaient tenu à s’employer dans les services de l'hôpital. Personnellement je leur dois aussi de la gratitude pour le réconfort qu’elles m'ont apporté par leurs visites, alors que je ne pouvais pas encore quitter ma chambre.
Je n'ai pu donner ici qu’une très faible idée de l’admirable activité du Docteur Jules Boeckel pendant la guerre ; mais je suis persuadé que, de même que moi, qui ne passai qu'un mois à l'hôpital du quai Pierre-Scize pour une opération sans grande importance, tous ceux qu'il a traités pour des blessures de guerre, tous ceux que par ses soins dévoués il a guéris, ceux qu'il a sauvés de la mort, comme ceux dont il a relevé le courage par son affectueuse sollicitude, lui garderont toujours une profonde reconnaissance et n'oublieront jamais le major Jules Boeckel.
Ch. GEROLD.
Inauguration du buste d'Eugène Boeckel, dans les jardins de l'Hôpital de Strasbourg
41 Mars 1928
A l’Académie de Médecine
Es —
Dans la séance du 26 avril 1927, de l'Académie de Médecine, M. le Dr Eugène Gley s’exprima en ces termes
Le 19 avril, le jour même de notre précédente séance, notre collègue, M. G. Weiss, doyen de la Faculté de Médecine de Strasbourg, m’écrivait pour m’annoncer une triste nouvelle, la mort de l’un de nos associés nationaux qui pour bien des raisons nous étail particulièrement cher.
Correspondant de l’Académie depuis l’année 1895, élu pour des travaux de chirurgie que je né saurais
me permettre d'apprécier, mais dont la Société de.
chirurgie, dont il était membre honoraire, tiendra
certainement à rappeler les mérites, Jules Boeckel
devient associé national en 1914.
Si la haute estime en laquelle le tenaient les chirurgiens, ses collègues, lui avait valu ce litre, ce que nous savions de sa vie lui assurait la sympathique admiration de tous. Externe des hôpitaux de Slrasbourg en 1868, interne quelques mois avant la déclaration de guerre en 1870, il servit durant le siège de * ei de ‘il DURS échapper de la ville au moment de la capitulation (‘) et fit comme aide- “major toute la dure campagne de la Loire. La paix signée, il revint, comme on l’a dit, partager la captivité de ses concitoyens. Et alors de 1872 à 1914 se déroule une existence toute de travail et de dévouement aux malades de l'hôpital civil, d'utilité sociale, mais aussi de dignité française. Par ses soins la Gaz tte médicale de Strasbourg, dont il devient le directeur en 1874, reste un journal français. Tous les ‘ans il assiste au Congrès français de chirurgie, dès la fondation de celte réunion, et il en fut à plusieurs reprises nommé président d'honneur. Il refuse le titre de professeur à l'Université que l'autorité allemande: lui offre. Ge titre, il devait l’accepter en 1919, quand fuit rétablie l'Université française. Dans les salles de lPhôpital dent il est le chirurgien on ne parlé que le français, ies observalions des malades sont rédigées dans cette langue. En toutes circonstances, grandes ou petites, il maintient les droits de la pensée et de Ia science (rançaises, et toujours sans inutile éclat, sans mani-
lestations vaines, par des actes réfléchis, par une vo-.
ionté ferme, jamais défaillante. N'est-ce pas la forme
: plus efficace de l'esprit national ? Enfin, nous savions sa conduite pendant la grande guerre ; au mois de juillet 1914 il se trouvait heureusement en Suisse ; il vint tout de suite à Lyon, à la déclaration de guerre, eUY dirigea les services chirurgicaux d’un grand hôpilal militaire durant quatre années. En 1916, l'auallemande le condamna à mort et mit tous ses biens sous séquestre. A l’armistice il rentra dans Sir trasboure g aux côtés du maréchal Pétain. Toutes les peines, les tristesses et les douleurs des quarante-quatre années d’une domination que cet Alsacien de vieille souche, et done ce vrai Français, avait supporlée comme étrangère étaient du coup ‘oubliées. Et il vient, âgé de soixante-dix-huil ans, de terminer sa
(1) En fait, suivant un renseignement communiqué par notre collègue M. Weiss, c’est la sœur Marie-Césarime, .de l’hôpital civil, qui prévint J. Boeckel qu’on allait l'arrêter et qu’il devait partir au plus vite. Il gagna le pays de Bade,. puis la Suisse. La sœur Marie-Césarine le rejoignit à Lyon, ayant réussi, elle aussi, à passer en Suisse.
Lor1te
vie dans sa ville natale, honoré de ses compatriotes qui n'avaient pas seulement pour lui les sentiments de respectueuse amitié inspirés par sa noble vie médicale et par sa fidélité à la grande patrie, mais qui lui témoignaient aussi leurs sentiments d’inaltérable reconnaissance pour tous les services rendus à la petite patrie.
Dr Eugène GLEY, de l'Académie de Médecine, Professeur au Collège de France.
En apprenant la mort de son éminent collègue, M. le Dr Henri Hartmann écrivit ces lignes d'hommage :
C'est avec un sentiment de profonde tristesse que nous avons appris la mort de notre vieil ami, Jules Boeckel. Au cours d'une longue carrière, Jules Boeckel a sauvé de nombreuses vies humaines, a publié de mulliples travaux el à contribué, pour une large part, aux progrès de la Chirurgie. Ce n'est pas iei le lieu de rappeler en détail ses nombreuses publications, que l’on trouve presque toutes dans la Gazette médicale de Strasbourg, dont il fut l'âme et qui parut en français pendant toute la durée de l'occupation allemande. Qu'il nous suffise de dire que leur imporlance justifia pleinement sa nomination, de mem-
bre correspondant puis de membre honoraire de la.
ociété natior e irurgl - S té nationale de Chirurgie, de membre corres pondant, puis de membre associé de l’Académie de
Médecine, enfin de président du Congrès français de
Chirurgie. Tous ces titres, les plus élevés qu’un chi-
rurgien ue obtenir en France, J'ules Boeckel les a :
mérités par l'importance de son œuvre chirurgicale.
Il avait, du reste, de qui tenir. Son oncle, qui fut en même temps son maître, Eugène Boeckel, avait été, avant 1870, un des derniers agrégés de l’ancienne Faculté française de Strasbourg et avait, en 1895, présidé le neuvième Congrès français de Chirurgie. Jules continua les traditions de son oncle Eugène. Comme lui il fit de la grande et bonne chirurgie. Comme lui aussi, il dédaigna les honneurs dont auraient voulu le combler les oppresseurs de l'Alsace.
« C'est qu’au fond du cœur il avait conservé l'amour
sacré de la patrie, de la vraie, de la seule ». Cette phrase que Jules Boeckel a écrite à propos de son oncle dans l’hisioire qu’il fit de la Faculté de Strasbourg, on peut la lui- appliquer. Comme lui, Jules
Boeckel est, pendant toute son existence, en vrai Al-
sacien qu’il était, resté l’indomptable représentant de la France en pays asservi. Dès que la grande guerre,
éclalta, malgré son âge, Jules Boeckel reprit luniforme qu'il avait déjà porté en 1870 et vint mettre toute son activité, tout son pouvoir au service de nos blessés. Sous une apparence extérieure assez frêle, Boeckel avait conservé une force physique et une force morale, faisant l'admiration de tous ceux qui l'approchaient. Tout en étant extrêmement modeste il était d’une ténacité exceptionnelle. Ge noble ami n’est plus ; il a eu tout au moins, avant de mourir, la joie d’ assister au triomphe du droit et de pouvoir passer ses dernières années en pays dans son pays libéré.
Dr Henri HARTMANN, Professeur à la Faculté de Paris, Chirurgien de l’Hôtel-Dieu, Membre de l’Académie de Médecine.
Mars 1928
Le Général Humbert remet la cravate de Commandeur à Jules Boeckel — Place Broglie, 1920
Le Président du XXX° Congrès de l'Association française de chirurgie (Strasbourg Octobre 1921)