‹ A la memoire de Pierre Belon, du Mans, 1517-1564Chapitre 8 sur 10 · CRUE · texte numérisé non relu

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ques, les Armeniens leurs armélines et les Mèdes des limons et des citrons. Encore, à cette heure, pour n’aller si loin, laissant l'Inde et l’Afrique, il ne seroit malaisé d’avoir maints arbres fruitiers dont les barbares jouissent à trois pas de nous. » De même pour les plantes des potagers. « Aujourd’hui, dit Belon, les jardiniers élèvent sans difficulté les épinards et les choux cabus. » Ce passage nous apprend que l’épinard était nouveau en Europe, au XVI siècle, et Belon est sans doute le premier naturaliste qui ait signalé la présence de ce légume dans nos cultures. Cette plante était inconnue aux Grecs et aux Romains: elle est originaire de l’ancien empire des Mèdes et des Perses.

Au point de vue botanique, certains chapitres des Remonstrances voudraient une étude de plusieurs pages. Nous mention- nerons surtout celui où il indique les « arbres qui portent des gousses, c’est-à-dire l’aubours, le caroubier, le tamarinde, l’acacia d'Arabie, le cassier, le baguenaudier, le genêt d’Espagne, le genêt commun et celui du Nivernais, qu'il nomme Genista Nivernensis, l’anagyris, le guainier, etc.» Le groupement des arbres à gousses est indiqué d’une facon très nette dans les Æemonstrances. Cet esprit philosophique avait, on le sait, un sentiment tres vrai des genres et de leurs affinités. Dans son livre sur les poissons, il rapproche les sciènes et les labres, les raies et les squales, les cyprins et les truites(l), etc.

Tel est le livre de Belon. Nous avons essayé d’en pénétrer l'esprit, d’en faire comprendre le sens élevé.

Vingt-cinq ans environ après l'établissement du jardin de Touvoie et postérieurement à l’apparition des Xemonstrances, un modeste apothicaire de Paris, Nicolas Houël, avait annexé à un hôpital, créé par lui et connu sous le nom de Maison de Charité chrétienne, un jardin de simples, « lequel, étant rempli de beaux arbres fruitiers et plantes odoriférantes rares et exquises,

(1) Voir dans la Revue scientifique notre article sur Pierre Belon et l'histoire naturelle des poissons, 1883, no 24, p. 741.

devoit apporter un grand plaisir et une grande décoration pour la ville de Paris ». Ce jardin fait partie aujourd’hui de l’ancienne école supérieure de pharmacie. |

Vers le milieu du XVI: siecle, Rondelet, célèbre naturaliste de Montpellier, « démontrait » aussi les plantes dans un petit clos de l’Université de médecine qui existe encore aujourd’hui comme jardin de l'École de pharmacie. Cet embryon de jardin botanique, comme le fait judicieusement observer M. J. Planchon, a eu son utilité dans le XVIT° siècle, puisque Richer de Belleval put y transporter en toute hâte les débris les plus précieux de sa collection du Jardin des plantes, alors que ce jardin fut saccagé pendant les opérations du siège de Montpellier. L'œuvre de Pierre Richer de Belleval, fondateur du Jardin des plantes de Montpellier, a été parfaitement mise en lumière par notre savant confrère de Montpellier(1). C'est comme médecin praticien, écrit M. Planchon, peut-être comme médecin d'armée, que Belleval s’était fait connaître dans le Languedoc. Des services qu’il rendit à Pézenas, pendant une épidémie, lui valurent la protection du duc de Montmorency, gouverneur de la province. Grâce à cette puissante recommandation, Henri IV fit de Belleval le titulaire des deux fondations nouvelles : d’une. part, la régence d'anatomie et de botanique ; d'autre part, la création d’un jardin consacré non seulement aux simples médicinales, mais à toutes sortes de plantes /unt étrangeres que domestiques. L’édit constituant la régence ou chaire nouvelle porte la date de décembre 1593, mais il ne fut enregistré. par le Parlement siègeant à Béziers que le 11 mars 1595. Les lettres patentes ordonnant la fondation du Jardin furent écrites à Vernon, en Normandie, le 8 décembre 1593. Elles durent

recevoir une exécution immédiate, car le jardin était complété en

(1) Lire l’intéressante brochure de M. J.-E. Planchon sur Pierre :Richer de Belleval, fondateur du Jardin des plantes de Montpellier. Montpellier, 1869. — Lire aussi, du même auteur, l’opuscule intitulé: Rondelet et ses disciples ou la botanique à Montpellier au XNTI: siècle. Montpellier, 1866.

So Gt 1596; son premier catalogue de plantes paraissait en 1598 et, dès 1600, l’illustre Olivier de Serres, qui le visita, put, dans son théâtre d'agriculture, lui donner par ses éloges une solennelle consécration. L'originalité saisissante du jardin de Montpellier fut d'être à la fois médical, économique, cultural, botanique dans le plus large sens du mot. » Après avoir esquissé sommairement le cadre du jardin de Belleval, M. Planchon ajoute : « Les détails en étaient nombreux, variés, éminemment pittoresques : des murs à créneaux, des rocailles ombragées, des grottes humides, des parcs de gazons et des prairies artificielles, un auditoire ou salle de cours avec facade monumentale ornée des bustes de Henri IV, de Marie de Médicis et plus tard de Louis XIII ; les écussons armoriés des ducs de Montmorency et de Ventadour; un pavillon pour les collections zoologiques occupant la place du Châteaud'Eau de notre Peyron ; des inscriptions dans le goût du temps, naïvement pédantesques ou adulatrices ; tout cela, perdu pour nous, donnait au jardin primitif sa physionomie propre et originale. Originalité trop vite effacée, car cette œuvre, vraiment immense, subit un échec du vivant même de son auteur, et Belleval eut la douleur de voir cet asile d’une pacifique science profané sous ses yeux par les brutalités de la guerre. »

L'origine du jardin royal des plantes médicinales, qui est devenu le Muséum d'histoire naturelle, ne se rapporte qu'au commencement du XVII° siecle. On attribue l’idée de la fondation de ce jardin à Jean Robin, médecin de la reine Marie de Médicis et « arboriste ou simpliciste » de Henri IV. A cette époque, il n’y avait d’autres botanistes que des médecins et des apothicaires. Depuis longtemps déjà, les herborisations étaient en honneur parmi les médecins, Plus d’un demi-siècle avant Jean Robin, notre illustre Belon, « docteur en médecine à l’Université de Paris, » explorait la forêt de Fontainebleau, le Nivernais, le Maine et l’Anjou. Il signalait, bien avant Tournefort, le melancier ou amelanchier (Codomalo Cretensium, Belon) « qu'on ne trouve en aucun lieu de la France, sinon dessus les

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