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roches de Fontainebleau où il croist moult volontiers » (1). Il découvrait dans le Nivernais une espèce de genêt qu'il a appelé Genista Nivernensis. Il recueillait, il y a environ trois cent trente ans, « dans les landes d’Oisé, au pays du Maine, une espèce de Cistus correspondant à celui de Grèce, mais beaucoup plus petit. » Ce ciste du Maine, très commun encore aujourd’hui dans les landes d'Oisé et de la Soulletière, est le Cistus pilosus (Æelianthemum alyssoides). Ainsi, dès le X VI siècle et jusqu'à une époque assez rapprochée de la nôtre, on comptait parmi les médecins beaucoup de botanistes de profession; aujourd’hui le nombre des médecins et pharmaciens botanistes diminue de plus en plus, malheureusement pour la science française.
Mais revenons à Jean Robin. Ce savant homme entreprit plusieurs voyages botaniques et fit venir de l’étranger quelques échantillons de plantes qu’il réussit à acclimater en France. En 1618, Robin présenta une requête au roi pour l'établissement d’un jardin médicinal dans l'Université de Paris. Mais la disgrâce de Marie de Médicis l’empêcha de donner suite à son projet, que reprirent avec succès Jean Héroard, Charles Bouvard et Guy de la Brosse, tous trois médecins de Louis XIII. Guy de la Brosse proposa d'acheter de ses propres deniers le terrain nécessaire pour cette fondation qui fut autorisée par lettres patentes du mois de mai 1635. Ce nouvel établissement, « situé au faubourg Saint-Victor, non loin de la rivière, » prit le nom de Jardin royal des plantes médicinales et le conserva pendant un siècle. Il eut pour intendant Guy de la Brosse et pour sousintendant Héroard. Le premier, médecin du roi, conserva en même temps la charge de surintendant du jardin jusqu’en 1730. À cette époque elle échut au physicien Charles Dufay de Cisternay,qui contribua puissamment à la prospérité de l'institution en désignant Buffon pour son successeur (1739). Le Jardin des
(1) Voir dans la Revue scientifique notre article sur Pierre Belon et la nomencla bure binaire, 1882, n° 24, p. 738.
plantes devint alors le Jardin du roi. A la mort de Buffon, la charge de surintendant revint au marquis Flahaut de la Billardière, qui émigra en 1791. Son successeur, le dernier surintendant du Jardin du Roi, fut Bernardin de Saint-Pierre. Plus tard la Convention nationale, conformément à un rapport présenté par Lakanal, érigeaitle Jardin du Roi en Muséum national d’histoire naturelle (10 juillet 1793). Dès lors cet établissement n’eut plus de surintendant. Sa direction fut confiée au conseil des professeurs administrateurs, présidé par chacun d’eux à tour de rôle.
L'histoire de la fondation du Jardin médicinal de l'Université de Paris, qui devint successivement le Jardin royal de plantes
médicinales, puis le Jardin du roi et enfin le Muséum national
d'histoire naturelle, est bien connue. Mais ce que l’on ignore
presque complètement, c’est que plus d’un siècle avant l’établis-
sement du Jardin médicinal de Paris, il existait déja à Touvoie, aux.environs de Mans, un magnifique jardin créé par Pierre Belon
‘et René du Bellay. Touvoie était alors un centre de naturalisation
horticole et sylvicole. Les acclimatations de Belon ont rendu
d'immenses services à notre pays et ses compatriotes ne savent
pas assez que c’est aux bienfaits de ce grand homme que les pro-
vinces du Maine, de l'Anjou et de la Touraïne ont dû le bonheur
d’être les premières en France qui aient cultivé les arbres à fruits
de toute espèce. Voilà le cêté utile de l'œuvre de Belon; maïs
l'utile seul n’ennoblit pas. Ces jardins où croissaient à l’envi les caroubiers, les rhododendrons, les lauriers-tins, les aubourgs, les micocouliers, les cembrots, les pistachiers, les arbres de vie récemment apportés du Canada ; ces jardins qui virent fleurir au XWI* siècle la nicotiane (!) et l'hellébore noir, « venu de graines
(1) On sait que Nicot, ambassadeur de France près la cour de Portugal,
- envoya de Lisbonne, en 1560, à la reine Catherine de Médicis, en même temps
que des graines de tabac, une petite hoîte pleine de tabac en poudre. La drogue fut du goût de Catherine, qui ne tarda pas à contracter la passion de priser, et on prétend que c’est par le tabac, connu alors sous le nom de catherinaïre