Toile goudronnée
fut enlevé, on ouvrit les écoutilles de l’avant et de l’arrière, et chacun à son gré put parcourir les entreponts.
La curiosité me fit descendre, et ce que je vis dans la cale me remplit de terreur et me confirma ce que j’avais soupçonné. Notre chargement, ainsi que je l’avais entendu dire, avait bien l’air de se composer d’eau-de-vie, d’énormes tonneaux remplissaient à peu près toute la cale; on y voyait, en outre, du fer en barres, plusieurs caisses de marchandises et une pile de sacs, probablement remplis de sel.
Rien de tout cela direz-vous, n’était fait pour m’effrayer : aussi n’étaient-ce pas ces objets qui avaient provoqué mon effroi ; c’était un monceau de ferrailles qui gisait sur le bas pqnt et dont les formes hideuses m’inspiraient une horreur profonde : car, malgré mon inexpérience, j’y reconnaissais des menottes , des carcans, de grosses chaînes munies d’anneaux. Pourquoi la Pandore était-elle chargée de ces instruments de torture?
Je ne tardai pas à le savoir; le charpentier faisait une espèce de grille avec de fortes pièces de chêne, et c’était pour clore le passage des écoutilles. Gela suffisait pour m’éclairer; j’avais lu maint récit des atrocités commises dans cet affreux passage : plus de doute, la Pandore était un négrier.
Pont et gaillard d’un négrier.