‹ A la mer par le Capitaine MayneReidChapitre 23 sur 89 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Je n’ai pas entendu la conversation qui eut lieu entre ces deux coquins, mais je puis vous en dire le résultat. Sa Majesté avait dans le voisinage, probablement dans cette espèce de grande maison que j’avais aperçue au milieu des arbres, une foule de pauvres nègres dont il voulait se défaire; il en avait acheté'une partie dans les provinces de l’intérieur, et s’était procuré les autres en les chassant avec ses guerriers, ni plus ni moins que des bêtes fauves. Il était même probable qu’il se' trouvait, parmi ses victimes, quelques-uns de ses propres sujets : car les potentats africains ne se font pas le moindre scrupule de trafiquer des membres de leur tribu, lorsqu’ils sont à court d’argent ou de cauries', et que la chasse à l’esclave n'a pas été heureuse.

Le roi Dingo-Bingo avait donc à vendre un de ces troupeaux humains; et le sourire joyeux qui

1. Cyprea monela, coquillage blanc univalve qui sert de mon-* naie courante sur une partie de la côte d’Afrique, dans la Sénégambic, la Nigritic, etc.

rayonnait sur la face du capitaine, lorsque reparurent les deux amis, prouvait que la bande était nombreuse et que le négrier n’aurait pas besoin d’aller chercher ailleurs le complément de sa cargaison. Il arrive souvent que par l’effet d’une compétition désastreuse, il devient très-difficile de compléter son chargement ; et les traitants des côtes, blancs et noirs , car il s’en trouve de toute couleur, se montrent alors d’une extrême exigence. Le prix de la marchandise forme dans ce cas-là un déboursé considérable, et les profits sur lesquels le négrier comptait sont diminués d’autant. Mais, lorsqu’il n’y a pas de concurrence, le prix d’achat est une simple bagatelle. On peut s’approvisionner de balles noires, comme disent les traitants , pour quelques brimborions qui ne •valent pas qu’on en parle ; l’acquisition du navire, le salaire de l’équipage, nécessairement nombreux, constituent presque tous les frais du négrier; quant à là nourriture de la cargaison, c'est tout au plus si elle entre en ligne de compte : elle se réduit à si peu de chose ! du millet africain , plus ordinairement appelé sagou , et de l’huile de palme de qualité inférieure, que l’on se procure aisément sur toute la côte de Guinée.

Le millet est bien connu, mais on appelle ainsi, en différentes contrées, diverses graines qui, bien qu’elles portent le même nom, sont loin d’avoir

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