‹ A la mer par le Capitaine MayneReidChapitre 25 sur 89 · Palmier qui fournit de l’huile de palme · texte numérisé non relu

Palmier qui fournit de l’huile de palme

Puisque le millet et l’huile de palme sont les denrées les moins chères que l’on puisse se procurer en Afrique, ils sont nécessairement emportés par les négriers pour la consommation des captifs, dont on ne songe pas à varier la nourriture; leur unique boisson est composée d’eau claire; et c’est afin de pouvoir les abreuver qu’on trouve, dans la cale des navires qui les portent, cette quantité de grands tonneaux que j’avais remarqués dans celle de la Pandore. Quand la cargaison a été déchargée, ces tonneaux, remplis d’eau de mer, servent de lest pour le voyage de retour; une fois sur la côte où l’on prend les esclaves, comme l’embarquement a presque toujours lieu dans une rivière, les tonnes sont vidées et remplies d'eau douce pour les besoins de la traversée prochaine.

Ces explications données, revenons à notre skipper et à son noir monarque.

11 était évident que le capitaine de la Pandore était en belle humeur; il n’avait pas de concurrent auprès du roi Dingo , et le chiffre de la cargaison dépassait toute espérance. Sa Majesté ne semblait pas moins satisfaite de l’entrevue qu’elle venait d’avoir ; elle sortait à peu près ivre de la cabine du skipper, tenant de la main droite une bouteille de rhum à moitié vide, et de l’autre quelques morceaux d’étoffe de couleur voyante,

A LA MERÎ

quelques brimborions étincelants, dont le capitaine venait de lui faire cadeau. J1 traversa le pont en prenant des airs de matamore, faillit tomber une ou deux fois en marchant sur son grand sabre, fit un éloge pompeux de ses qualités guerrières, s^ vanta d’avoir pillé maints villages qu’il avait mis à sac ; et, se glorifiant du nombre de captifs qu’il avait faits dans sa vie, il rappela au capitaine la superbe cargaison qu’il lui avait rassemblée : cinq cents nègres, jeunes et forts, qu’il tenait enfermés dans le baracon (c’est ainsi qu’il appelait l’édifice dont j’ai déjà parlé), cinq cents esclaves qu’il livrerait le jour même, si tel était le bon plaisir du capitaine !

Mais le skipper n’était pas encore prêt; il fallait d’abord que les tonneaux fussent vidés et qu’on échangeât l’eau de mer dont ils étaient remplis contre la provision d’eau douce qui devenait indispensable.

Enfin, après avoir exalté ses prouesses dans un anglais tout émaillé de jurons, le roi Dingo Bingo retourna dans sa pirogue et fut ramené à terre. Quelques instants après, le capitaine de la Pandore , accompagné du contre-maître et de cinq ou six hommes de l’équipage, alla rejoindre Sa Majesté qui, pour compléter la débauche, donnait à ces messieurs un grand repas dans la case royale, qui s’élevait au bord du fleuve.

Je suivis la guigue 1 du capitaine avec des yeux d’envie : non pas que j’eusse le moindre désir de partager le festin du -roi Dingo Bingo; mais j’aspirais vivement au bonheur de me retrouver sur la terre ferme, de me promener au milieu de ces beaux arbres que je voyais du navire^ de m’asseoir à leur ombre, d’écouter les oiseaux qui chantaient dans les bois, d’être seul, d’ètre libre, ne fût-ce que pour un jour.

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