‹ A la mer par le Capitaine MayneReidChapitre 30 sur 89 · Outarde de la petite espèce · texte numérisé non relu

Outarde de la petite espèce

qu’il n’existait ni daim ni chevreuil en Afrique, à l’exception d’une seule espèce que l’on trouve vers le Nord, à une très-grande distance de l'endroit où nous étions. Je répondis à Ben que ce devait être une antilope, animal qui tient en Afrique la place des daims, des chevreuils et des cerfs. Ben n’avait jamais entendu parler d’antilopes et ne voulut point ajouter foi à mes paroles.

« Une antilope ! s’écria-t-il avec un certain mépris; non, non, petit Will ; c’est un daim, pas autre chose, mon garçon; mais quel dommage qu’il ne soit pas vivant! ça nous aurait fait une fameuse cargaison, n’est-ce pas, fanfan?...

— Oui, » répliquai-je d’un air préoccupé, car je pensais à autre chose. Le cadavre de l’antilope avait été déchiré par quelque bète de proie qui en avait mangé la moitié ; Ben me disait que c'était un chacal, peut-être un loup qui en avait fait son repas ; je le crus d’abord , et cependant les yeux de l’antilope me firent supposer que nous étions dans l’erreur. Quand je dis les yeux, je parle de la place qu’ils avaient occupée; le globe de l’œil n’existait plus, et l’orbite se trouvait parfaitement nettoyé. Cette circonstance me frappa; évidemment ce n’était pas l’œuvre d'un quadrupède; la cavité qui avait renfermé les yeux était beaucoup trop petite pour permettre à un chacal d’y intro-

duire sa gueule : c'était un bec d'oiseau qui avait produit ce résultat; le bec d'un oiseau qui mange de la chair morte, et' probablement c’était celui d’un vautour.

Le vautour. (Page 128.)

Mais quel était donc l’animal que Ben portait sur son épaule? Je le connaissais maintenant ; l’endroit où nous l'avions rencontré, le voisinage de la charogne, son immobilité à l’approche du chas-

seur, son aspect, sa tète chauve, son col entière- * ment nu, tous ces points me confirmaient que c’était bien un vautour. J’avais lu que cet animal est parfois si peu farouche qu'en certains cas il est possible de le tuer à coups de bâton, surtout lorsqu'il vient de remplir son estomac; or la présence de l’antilope à demi dévorée indiquait suffisamment que notre vautour s’était gorgé de charogne, ce qui expliquait la torpeur où nous l’avions trouvé.

J’étais donc bien convaincu de la nature de notre gibier. Mais il me coûtait d’annoncer ma découverte à mon pauvre compagnon; j’aimais mieux qu’il s’aperçut lui-même de la méprise qu’il avait faite. Je n’attendis pas longtemps : à peine avions-nous fait cent pas, que je vis Ben Brace dénouer subitement la corde qui attachait l’oiseau, attirer celui-ci par-dessus son épaule, le porter à son nez, et le rejeter en s’écriant :

« Un dindon ! ah! petit Will, non, non, ce n’est pas une dinde; mille sabords! c’est un damné vautour qui pue comme une charogne. »

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