Disposées autour du tronc sur un même plan horizontal
2. Épi lâche, flexible et ramifié: celui de l’avoine, par exemple.
gravure qui était restée présente à ma mémoire; il n’en conserva pas moins son incrédulité.
« Veux-tu que je te prouve que j’ai raison? lui dis-je ; rien n’est plus facile à établir,
— Gomment cela? demanda Ben Brace.
— Si l’arbre saigne, lui répondis-je, il est évident que ce sera un dragonnier.
— Si l’arbre saigne? reprit mon compagnon; est-ce que tu es fou, petit Will? Qui a jamais entendu dire qu’il y avait du sang dans les ar- i bres ?
— Je parle de la sève.
— Que le diable t’emporte, il est bien certain qu’il y a de la sève dans tous les arbres, excepté quand ils sont morts.
— AJais non pas de la sève rouge.
— Comment ! tu crois que la sève de cet arbre que nous voyons là-bas est rouge?
— Aussi rouge que du sang, j’en suis presque certain.
— Essayons, mon enfant la chose est très-facile; une entaille de ce gros arbre, et nous verrons quel genre de sève coule dans ses horribles veines: car, sans lui faire du tort, c’est bien le plus affreux des madriers que j’aie rencontrés de ma vie; on n’en ferait pas le bout d’un mât, pas même une petite vergue ; mais il est assez laid pour servir de potence. »
En disant ces paroles, Ben se dirigeait vers le dragonnier et je le suivais tranquillement; rien ne nous- pressait, l’arbre ne s’enfuirait pas comme une antilope, ou un oiseau ; rien ne bougeait autour de lui, ni sur ses branches; il aurait fallu un vent plus qu’ordinaire pour agiter ses feuilles, qui se seraient rompues, mais non pas ébranlées. Il avait moins l’air d’un végétal que d’un arbre de fonte. Cependant, à mesure que nous approchions, son inflexibilité prenait, si l'on peut dire, un caractère plus doux par l’aspect de ses fleurs, dont le parfum se répandait même à une grande distance.
Immédiatement autour de l’arbre se trouvait une couche de grandes herbes jaunies comme les blés à l’époque de la moisson, mais bien plus fortes et bien plus hautes. On y voyait la passée d’un animal pesant qui s’y était même roulé en différents endroits. Ceci n’avait rien d’extraordinaire, dans un pays où abondent les animaux sauvages; des antilopes avaient pu venir se reposer à l’ombre du dragonnier et laisser leur forme dans l’herbe. Nous n’y attachâmes aucune importance, et Ben, tirant son grand couteau, l’enfonça d’une main vigoureuse dans le tronc colossal du prétendu palmier.
Ni l’un ni l’autre nous ne vîmes la sève qui s’échappa du corps de l’arbre : car, au moment où
A LA MERL
le coutean frappa l’écorce, un animal bondit à ■vingt pas de l’endroit, où nous étions placés, et nous regarda tout surpris de notre audace.
Il n’était pas besoin detre un grand naturaliste pour reconnaître l’animal qui nous regardait de la sorte : à son pelage fauve, à sa crinière abondante, à cette face énorme où brillaient des yeux jaunes et féroces, où des lèvres frémissantes, ornées de longues barbes, découvraient d’effroyables canines, personne ne pouvait s’y méprendre : c’était un lion qui dormait dans les grandes herbes et que nous venions de réveiller. Un enfant l’aurait immédiatement reconnu.
La terreur nous avait paralysés : nous restions immobiles, contemplant avec effroi l’énorme félin, qui semblait éprouver moins de colère que de surprise. Par bonheur, cette anxiété ne fut pas longue ; après nous avoir considérés pendant quelques instants, le lion poussa un grondement sourd, laissa retomber sa queue et s’éloigna d’un air maussade, comme le font en général tous les lions en présence de l’homme, surtout quand ils n’ont pas faim et qu’on ne les attaque pas.
Il marchait avec une extrême lenteur, se couchait à des intervalles rapprochés, et tournait la tète par-dessus son épaule, atîn de regarder s’il était poursuivi. Nous étions loin d’en avoir la pensée; au contraire, nous avions été nous mettre
de l’autre côté du gros arbre, ee qui n'aurait pas servi à grand’chose si le lion avait eu la fantaisie de nous attaquer; mais, quoique l’animal ne s’éloignât pas aussi vite que nous l’aurions bien voulu, il ne témoignait aucune intention de reve- : nir sur ses pas, et nous commençâmes à nous
rassurer quelque peu. . *
Il nous aurait été facile de nous enfuir, puisque la plaine était découverte ; mais nous avions peur d’attirer le lion sur nos pas ; quelques bonds lui auraient sûfli pour nous rejoindre, et, d’un seul coup de son énorme patte, il nous aurait mis en pièces, ou, comme disait mon compagnon avec plus d’élégance, « il nous aurait envoyés dans le milieu de la semaine prochaine. »
Le lion se serait probablement retiré sans nous rien dire, si on l’avait laissé tranquille ; mais mon ami Ben était d’une audace qui allait parfois jusqu’à la témérité : il s’impatienta de voir que notre ennemi s’éloignait avec autant de lenteur, et l’idée folle de l’effrayer par un coup de la reine Anne qui, pensait-il, lui ferait prendre la fuitej ayant traversé l’esprit de Ben, celui-ci déchargea son mousquet dans la direction du félin.
Je suis certain que l’animal fut touché; mais que pouvait sur lui notre plomb à bécassine, alors même qu’il eût été plus près de nous?
Toutefois l’effet produit par ce coup de feu sur
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le moral du lion fut diamétralement opposé à celui que le chasseur en avait attendu. Au lieu de s’enfuir comme Ben l’avait espéré, l’énorme félin poussa un rugissement furieux, et, se retournant aussitôt, accourut en bondissant vers l’endroit où nous étions.