‹ A la mer par le Capitaine MayneReidChapitre 40 sur 89 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

• Nous pensions tout d’abord nous coucher à la place où nous avions fait cuire notre outarde et où nous l’avions mangée; l’herbe y était épaisse et nous aurait fait un bon matelas, où nous aurions reposé très-confortablement.

Toutefois, si la chaleur était encore assez grande pour qu’il fût agréable de s’endormir en plein

air, il n’en serait pas de même un peu plus tard ; nous le savions par expérience. Quelle que soit la chaleur du jour dans cette partie de l’Afrique, les* nuits y sont parfois très-fraîches ; quand, à bord du navire, on couchait sur le pont, il venait un instant où l’on cherchait ses couvertures pour se préserver des brumes épaisses qui vous glaçaient : non pas que le thermomètre descendît très-bas, mais la différence avec la chaleur de la journée était si grande, que la sensation produite par cet abaissement de température est celui d’un froid très-vif auquel on est excessivement sensible.

Il avait fait ce jour-là plus chaud qu’à l’ordinaire, et la peine que nous avions eue à traverser la forêt d’élaïs, le temps que nous avions passé en plein soleil à la cime du dragonnier, les taillis épineux qu’il nous avait fallu franchir, tout cela avait augmenté pour nous le poids de la chaleur, et nous n’avions pas cessé d’être en nage depuis que nous étions partis; dépourvus de couvertures et n’ayant que des habits excessivement légers, nous devions, par prudence, aviser au moyen de nous trouver un abri, ne serait-ce qu’un arbre touffu dont la voûte nous empêcherait au moins de souffrir de la rosée.

Nous avions remarqué au versant de la montagne, à peu de distance de la cime, un petit bois qui paraissait devoir remplir toutes les conditions

voulues ; prenant donc notre mousquet, la peau du lion, quelques branches enflammées pour refaire un nouveau feu, surtout n’oubliant pas les reliefs de notre outarde, nous nous dirigeâmes vers le petit bois en question.

C’était une espèce de taillis comme on en trouve souvent dans les grands parcs d’Angleterre. Sa forme était ronde et il pouvait avoir un acre 1 d’étendue. Quant aux baliveaux qu’il renfermait, leur élévation n’excédait pas dix ou douze mètres, et, lorsque nous fûmes assez près pour en distinguer l’espèce, nous vîmes qu’ils appartenaient tous à la même famille. Leurs feuilles étaient grandes, oblongues, d'un vert brillant, digitées, c’est-à-dire que leurs folioles étaient disposées comme les cinq doigts de la main ; chacune de ces folioles était large comme de grandes feuilles entières, et de chaque bouquet de feuilles s’échappait une large fleur blanche qui pendait à l’extrémité d’un pédoncule très-allongé. Rien n’était plus beau que ces fleurs élégantes, qui contrastaient de la manière la plus heureuse avec la nuance verte des feuilles dont elles étaient environnées.

Tout d’abord nous ne fîmes pas d’autres observations à l’égard de ce taillis, dont l’aspect néanmoins avait quelque chose d’étrange. Il décrivait

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